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Paul Furlan va quitter le maïorat de Thuin: les trois raisons de son départ

InterviewPaul Furlan (PS) est le bourgmestre de la Ville de Thuin depuis l’année 2000. Actuellement, il combine cette fonction avec celle de député au Parlement Wallon. Mais cela ne vas plus durer très longtemps. 

Paul Furlan quittera le maïorat de Thuin le 24 mars. Il remettra son écharpe à la présidente du Centre Publique d’Action Sociale (CPAS) de la commune, Marie-Eve Van Laethem. “C’est une décision mûrement réfléchie. Cela fait plusieurs mois que ça cogite. J’ai consulté mes proches, ma famille, mon administration, mon chef de parti... Car il n’y a pas de retour possible.”

Interrogé par nos soins, le Thudinien a évoqué trois raisons à son départ: “D’un point de vue global, j’ai mis en place une équipe jeune et talentueuse qui est tout à fait capable de me succéder. J’ai commencé la politique avec le groupe ‘Autrement’. À l’époque, je me plaignais que de nombreux aînés s’accrochaient à leurs postes et ne laissaient pas de place aux jeunes. Aujourd’hui, j’ai 57 ans et je ne veux pas suivre cet exemple. La plus jeune conseillère communale de mon parti a seulement 20 ans. Quand on a donné ce qu’on a pu, il faut pouvoir céder le témoin.”

Reste la question: pourquoi a-t-il pris cette décision en cours de mandat? “C’est une volonté de ma part. Si cela s’avérait possible, je souhaitais offrir l’opportunité à d’autres de prendre leurs responsabilités et par la même occasion, de se faire connaître en vue des futures échéances. C’est vrai que j’ai été élu. Mais les gens n’ont pas voté uniquement pour ma personne. Ils ont voté pour une méthode de travail, pour une équipe.”

Défis personnels

La deuxième cause de sa prochaine démission a trait à une réflexion personnelle: “Je veux relever de nouveaux défis et sortir de ma zone de confort. Je veux me prouver que je suis apte à faire autre chose.” 

Par contre, il n’a encore aucune idée de la nature de ces défis: “Je n’ai pas encore eu le temps d’y réfléchir sérieusement. Je tiens à insister sur le fait que je n’ai reçu aucune promesse. Je ne suis demandeur de rien. Cela dépendra des opportunités qui se présenteront ou pas. Vous savez, l’activité de bourgmestre occupe 50% de mon temps. Si je ne me trouve pas de nouveaux objectifs à moyen terme, je vais m’embêter.”

N’y voyez donc pas la prémisse d’une pré-retraite! “J’en ai parlé avec mon président de parti. Je peux me porter candidat pour d’autres fonctions. Je reste président de Charleroi Métropole. Les autres bourgmestres impliqués dans le projet m’ont tous demandé de rester. J’ai accepté car c’est le genre de défis qui me plaît. Et ce n’est pas une question d’argent puisque ce titre est entièrement bénévole.

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J’ai pris des renseigne­ments pour reprendre des cours universi­tai­res

Paul Furlan, Parti Socialiste

J’ai aussi pris des renseignements pour reprendre des cours d’université en philosophie. J’ai contacté l’Université Libre de Bruxelles, l’Université de Liège et la Sorbonne à Paris. Des entreprises privées m’ont également demandé de les rejoindre, mais j’ai décliné leurs offres. C’est encore bien trop tôt pour moi.”

S’il n’occupera plus de fonctions décisionnelles dans sa commune, il reste actif au Parlement Wallon: “A un moment donné, il faut se concentrer sur ses aspirations personnelles. J’ai dirigé la commune pendant plus de vingt ans et j’estime qu’il est temps d’y insuffler un vent nouveau. Je n’y ai pas été contraint par la loi ou par mon parti. Si je reste au Parlement Wallon, c’est parce qu’il s’agit d'une fonction législative. Dans ce cadre-là, mon expérience est un atout dans les débats parlementaires.”

Décumul

Enfin, Paul Furlan espère que la remise de son maïorat sera l’occasion de relancer un débat de fond: “J’ai défendu le décumul total intégral. Je ne veux pas me placer en chevalier blanc de la cause. J’ai moi-même cumulé pendant vingt ans. Mais je trouve que je n’ai pas assez été entendu sur ce point. Le cumul est la facette visible d’un problème global. Notre modèle de gouvernance date du 18e ou du 19e siècle. Dans le même temps, on en demande de plus en plus aux élus.

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Pourquoi ne pas diminuer le nombre d’échevins et les revalori­ser?

Paul Furlan, Parti Socialiste

J’espère que l’on pourra réfléchir à un autre fonctionnement. Si je prends la commune de Thuin comme exemple, pourquoi ne pas diminuer le nombre d’échevins? Dans le même temps, on pourrait les revaloriser. Il faut bien se rendre compte qu’ils prennent un risque professionnel énorme. Et ce que je propose est tout à fait désintéressé puisque cela ne me concernera plus. On peut aussi penser à revaloriser les conseillers communaux. Eux aussi réalisent un boulot monstre!”

Fierté

À l’heure d’écrire les dernières lignes de son histoire de bourgmestre, l’élu socialiste est particulièrement fier d’une partie de son boulot accompli: “C’est peut-être le fait que Thuin a toujours été une ville innovante dans sa gouvernance. Quand j’ai repris les rênes, la commune était en situation de faillite. Aujourd’hui, elle est en boni. Elle a été la première dans de nombreux domaines: le budget participatif, le Programme Stratégique Transversal (PST), la généralisation des 36 heures de travail pour les 60 ans et plus, la politique environnementale...”

Né en 1962, l'ex-Ministre Wallon des Pouvoir locaux, emporté par la tempête Publifin, siège aussi depuis plus de vingt ans au Parlement Wallon.