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Le père de Mawda (tout à gauche sur la photo) a écouté ce que les policiers impliqués dans la course-poursuite ont déclaré lors de la reconstitution qui s'est tenue ce vendredi dans un hangar sur le terrain d’entraînement de la police de Ghlin. © Gianni Barbieux

Qui conduisait vraiment la camionnette lorsque Mawda a perdu la vie?

De nouveaux doutes surgissent sur l’identité du chauffeur qui conduisait le van lors de la course-poursuite fatale à la petite Mawda le 17 mai 2018 après la nouvelle reconstitution de ce tragique événement vendredi. L’homme arrêté en avril dernier est-il vraiment le bon chauffeur? En raison des déclarations du policier qui a tiré la balle fatale à la fillette, cela ne semble plus être aussi certain...

Une dizaine d’heures durant, le père de Mawda a écouté ce que les policiers impliqués dans la course-poursuite ont déclaré lors de la reconstitution qui s'est tenue ce vendredi dans un hangar sur le terrain d’entraînement de la police de Ghlin. Shamdin Ali, 26 ans, a regardé le policier qui a tué accidentellement sa fille rejouer les événements. V. G., le policier, a ainsi montré où il se trouvait par rapport à la camionette prise en chasse, comment il a levé la main lorsqu’il a décidé de tirer sur le pneu avant gauche du van pour l’immobiliser, comment il a été déstabilisé par un coup de volant donné par son collègue, déviant ainsi la balle de sa cible initiale. Une balle qui a finalement transpercé la vitre de la camionnette et touché la petite Mawda à la joue.

Le témoignage de l'agent de police a soulevé des doutes quant à l’identité du chauffeur du van. Pour rappel, une fois la course-poursuite terminée, les policiers ignoraient lequel des trente migrants se trouvait au volant au moment des faits. Le lendemain, tous les migrants avaient été libérés. Ce n'est que quatre mois plus tard que les enquêteurs ont retrouvé la trace du présumé chauffeur au Royaume-Uni. Interpellé en Grande-Bretagne, cet Irakien de 26 ans a été livré à la Belgique en avril dernier. Il a été inculpé d’entrave méchante à la circulation avec la circonstance aggravante que celle-ci a provoqué la mort de la fillette.

Un an et demi plus tard

Tous les soupçons pèsent sur lui car ses empreintes et son ADN ont été retrouvés sur le levier de vitesse et le volant du véhicule. “La reconstitution montre qu’il est loin d’être certain que notre client conduisait la camionnette “, affirment désormais ses avocats Dimitri De Béco et Thomas Gillis. “Il le nie depuis son arrestation.  Les enquêteurs doutent encore davantage après cette nouvelle reconstitution”, expliquent-ils à nos confrères du journal Het Laatste Nieuws.

Pourquoi le témoignage du policier sème-t-il le doute? Son avocat n’a pas voulu en dire plus. “Mon client a décrit la nuit telle qu’il s’en souvient”, s’est contenté de répondre Me Laurent Kennes. “C’est justement le problème”, réagit Mieke Van den Broeck, l’avocate des parents de Mawda. “On a entendu beaucoup de policiers aujourd’hui. D’abord l’homme qui a tiré. Puis son collègue qui conduisait la voiture de police. Puis dix autres agents qui ont participé à la course-poursuite. Ils racontent les événements tels qu’ils s’en souviennent. Mais les faits remontent à un an et demi désormais.” 

Enregistrements audio

Mieke Van den Broeck regrette que les enregistrements audio de la communication entre les policiers n’ont pas pu être entendus lors de cette nouvelle reconstitution. Ils auraient pu prouver que le policier ignorait effectivement qu’il y avait des migrants dans la camionnette lorsqu’il a tiré. Une partie de ces enregistrements ont par ailleurs été perdus.

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La petite Mawda a perdu la vie dans une course-poursuite avec la police sur l’autoroute en mai 2018. © Handout The Guardian
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