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Chris, Robbe et Katia © VDT

Robbe récolte des centimes contre le cancer: “Il a déjà perdu son papa, il veut encore sauver sa maman”

L’action de solidarité flamande “Kom Op Tegen Kanker” peut compter sur la tirelire bien remplie de Robbe Dupont. Le petit garçon, du haut de ses 7 ans, est lui-même à l’origine de l’initiative. S’il comprend si bien l’importance de la recherche, c’est parce que la maladie a touché sa famille de plein fouet. Il y a un an et demi, il perdait son papa d'un cancer de l'œsophage. Maintenant, c’est sa maman qui souffre d'un cancer du sein. “Je ne veux plus que d’autres personnes tombent encore malades. Je vais aider”, a-t-il lancé un jour.

Tous les dons sont importants. Alors Robbe Dupont et ses euros feront eux aussi la différence. La différence par son message et son engagement, aussi. C’est donc fièrement que le petit garçon a apporté sa “fortune” à la banque KBC de Boutersem, en compagnie de toute la classe de 2ème B: une tirelire remplie de centimes d’euro. Ensemble, les enfants ont fait peser, compter et verser la somme à l’association contre le cancer: 150 euros. Un beau moment, même si Robbe a eu le cœur un peu lourd le soir suivant. “Il ne pouvait plus regarder tous ses centimes collectionnés”, sourit tristement sa maman, Katia. “Il a du mal avec les adieux”. 

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Accompagné de toute la classe, il est allé faire peser et verser ses centimes à l'association contre le cancer © VDT

“Papa est mort le jour des farces”

Katia se bat contre un cancer et la chimiothérapie l’étrille. Mais chaque conversation avec son fils la fait sourire de fierté. La tirelire de pièces brunes du petit garçon et la manière dont il a mobilisé toute son école la font fondre: “L’idée lui est venue lorsque nous étions dans la voiture. Un animateur parlait de ces pièces brunes à la radio. À la fin de son intervention, Robbe a dit ‘Merci, Monsieur’. J’ai demandé pourquoi il disait cela et il m’a dit: ‘Ce Monsieur récolte des sous pour les gens malades comme toi et papa’. La semaine suivante, il emportait une vieille boîte à l’école, il voulait aider. Et soigner maman”.

“Son père, Chris, est tombé malade en janvier 2016. Cancer de l'œsophage, un an à vivre maximum. Finalement, on a eu deux ans. Il est mort le 1er avril 2018. Robbe était en troisième maternelle. ‘Papa est mort un jour de farces’, avait-il conclu. Ils ont passé beaucoup de temps ensemble, lui et son père, durant les dernières semaines de sa vie. Bien sûr, il a eu du mal à avoir son père alité, malade, mais Chris et moi ne voulions pas garder de secret pour lui. Et je ne veux toujours pas en avoir d’ailleurs”, résume Katia.

“J’ai cru que 2019 serait enfin notre année. Puis j’ai senti une petite boule...”

“Nous avons eu beaucoup de peine durant les mois qui ont suivi les funérailles. D’abord, vous êtes submergé par les émotions. Après, il n'y a plus rien. Vous voulez rire à nouveau, mais vous avez l’impression que vous n’en avez pas le droit. J’étais contente de voir arriver 2019. Cela allait être mon année”, se rappelle Katia. Et puis elle a senti quelque chose. Une petite boule. 

“Le 1er février, le verdict est tombé. Cancer du sein. Mais comment cela est-il possible? Pourquoi moi? Je pouvais encore accepter le diagnostic, mais pour Robbe? Comment annoncez-vous à votre enfant de six ans qu’après avoir perdu papa, maman a attrapé la même maladie? Chris et moi avions 14 ans de différence, et que je sois plus jeune était son réconfort: Robbe aurait au moins toujours sa maman auprès de lui et ça le soulageait. Et voilà que j’étais malade? J’ai pris des gants pour le dire à Robbe. ‘Je ne veux pas que tu meures’, m’a-t-il dit. ‘Cela n’arrivera pas’, lui ai-je répondu. Mais aucun doute, il a dû percevoir mon angoisse...”

“J’ai écrit tout ce que j’avais à lui dire dans un carnet, au cas où”

“C’est fou comme on peut réagir sereinement dans des moments pareils. J’ai appelé le notaire et j’ai tout préparé. Qui devait s’occuper de Robbe si je n’étais plus là. Le notaire m’a conseillé de tenir un journal. ‘Inscrivez la manière dont vous voulez que votre fils soit élevé’, m’a-t-il dit. ‘Ce que vous voudriez lui dire lorsqu’il sera grand’. La veille de mon ablation du sein gauche, une intervention risquée pour moi, j’ai écrit, écrit, écrit. Comme si c’était ma dernière chance de dire tout ce que j’avais à lui dire”, se souvient-elle.

“Mais maintenant, Robbe va plutôt bien. Il va chez un psychologue et s’en sort. L’urne avec les cendres se trouve dans sa chambre. Il a beaucoup de beaux souvenirs et on en parle avec son papa”, explique la mère.

La chimiothérapie suit péniblement son cours, mais Katia ne va pas si mal. Elle a pourtant déjà subi 12 séances de chimiothérapie lourde, des rayons à 16 reprises et prend 12 comprimés de chimiothérapie par jour actuellement. Mais elle ne s’en plaint pas. “Les médecins estiment qu'on est sur la bonne voie. Tout devrait être parti bientôt. J’adore la chanson ‘Laat de zon in je hart’ (célèbre chanson flamande d’espoir). Si je devais décéder, j’aimerais qu'on la passe à mon enterrement”, conclut la courageuse mère.