Tatoueurs et confinés, leur vie loin des aiguilles

Depuis la mi-mars, comme beaucoup d’autres commerces, plus aucun salon de tatouage n’est ouvert. Trois tatoueurs liégeois nous racontent comment ils sont parvenus à surmonter cette épreuve étrange, ce qu’ils ont réalisé durant ces presque deux mois de confinement et comment s’organise la reprise.

Illustration.
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Illustration. © Sarah Moran Garcia

Fin décembre 2019, Virginie, alias Miss Sucette, a ouvert “Dernier Bastion”, avec son copain. Tout roulait pour eux et pour le tattoo shop situé en Neuvice, jusqu’à ce que le coronavirus passe par là et mette un stop au rêve du couple.

Cette mésaventure a été un coup dur pour elle, mais elle se disait que ça ne durerait pas longtemps, puisque, au départ, il n’était question que de deux à trois semaines de confinement. Toutefois, au bout d’un mois et demi de confinement, elle a commencé à trouver le temps long. Elle a, malgré tout, pu en tirer parti : “Je passe le plus clair de mon temps à dessiner et préparer les tatouages de mes clients. Ça n’a l’air de rien comme ça, mais ça me prend beaucoup de temps. Entre la préparation des projets et le tatouage en lui-même, il me reste en général peu de temps à consacrer à des dessins et illustrations personnelles. J’ai donc profité de ce confinement pour mettre sur papier plusieurs idées que j’avais en tête, mais surtout pour réapprendre la mise en couleurs sur papier.”

Chez elle, Virginie a aussi pu compter sur le soutien passif de Bibi la mascotte.
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Chez elle, Virginie a aussi pu compter sur le soutien passif de Bibi la mascotte. © D.R.
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C’est assez drôle, à force de dessiner sur la peau des gens, j’avais un blocage par rapport à l’encrage sur papier. Je n’arrivai plus à avoir un résultat qui me plaisait. Le confine­ment m’a permis de réapprend­re des techniques et à me faire plaisir.

Miss Sucette, Tatoueuse chez Dernier Bastion

D’un point de vue plus personnel encore, le confinement lui a permis de réfléchir à ce qu’elle voulait pour son futur. Son grand projet ? Acheter un terrain à la campagne, y bâtir une ferme et y accueillir alpagas, poneys nains et cochons. “Je suis originaire des Ardennes, près de Durbuy, et j’y retourne très régulièrement. Ne pas pouvoir y aller pendant deux mois m’a fait pendre conscience de mon amour pour cette région et à quel point la nature est importante pour mon bonheur et mon épanouissement”, commente Virginie.

Pas contre un prolongement du confinement

Depuis le 16 mars, le salon “Grizzly INC” où travaille Élise, alias Doud, est fermé. Pour elle, qui adore son métier, ça a été un coup dur. D’autant plus que cette fermeture s’est accompagnée d’un confinement en solo. “La première semaine, c’était vraiment chaud. Mon rythme de vie a été perturbé, mais j’ai fini par en trouver un nouveau, donc ça va beaucoup mieux. Maintenant, mes amis et les contacts sociaux me manquent, c’est vrai”, explique Élise.

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Très honnête­ment, si le confine­ment était prolongé, ça ne me dérange­rait pas tant que ça.

Élise, Tatoueuse chez Grizzly INC

Élise est parvenue à tirer parti du confinement, à le tourner à son avantage. En effet, elle explique avoir trouvé des moments pour elles, des moments pour être productive. “Ça faisait un moment que je n’étais pas convaincue par ce que je faisais. Rester chez moi, ça m’a permis de tester de nouvelles choses”, explique-t-elle. Elle a aussi pu travailler sur d’autres projets qui n’ont rien à voir avec le tatouage. Et en quelque sorte, elle remercierait presque le confinement pour cela.

Pour Élise, bosser à la maison a été plutôt agréable.
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Pour Élise, bosser à la maison a été plutôt agréable. © D.R.

Plus de temps pour travailler sur sa marque

Mike, aka Mike Them, bosse chez Gueules Noires. Il n’a pas été surpris par l’annonce du Conseil National de Sécurité. Il explique que cela faisait déjà quelques jours que les clients annulaient leurs rendez-vous ou demandaient des reports. Toutefois, il admet que ça a été très dur pour lui de fermer le shop sans savoir quand lui et ses collègues pourraient reprendre.

“Pour un indépendant, fermer ça veux dire plus de rentrées d’argent. Pourtant, on a toujours un loyer, des charges et des factures à payer”, explique-t-il. Heureusement, comme Virginie et Élise, il a eu droit au “droit passerelle”. Mais cela ne couvre jamais toutes les dépenses quotidiennes et mensuelles. Il espère donc pouvoir redémarrer rapidement pour limiter la casse.

Mike a hâte de tâter à nouveau de l'aiguille.
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Mike a hâte de tâter à nouveau de l'aiguille. © D.R.

D’un point de vue plus personnel, les premières semaines du confinement ont été plutôt cool, selon lui. “J’ai pris ça comme des congés prolongés. Mais au fur et à mesure, j’ai eu du mal à ne rien faire, et surtout à rester enfermé. Les moments entre potes me manquent énormément”, regrette-t-il.

Malgré tout, de cette crise, Mike a, lui aussi, retiré quelques aspects positifs, comme le fait d’avoir enfin eu le temps de dessiner pour lui. “Ce qui est rare”, selon lui. Il a aussi pu travailler sur sa marque “YOKAI”, en élaborant de nouvelles crèmes de soin, notamment, 100% bio, faites maison et spécialement conçues pour les tatouages, ainsi que sur la prochaine édition du “CARITATIF TATTOO DAY”.

Un travail qui doit être repensé

Même si tout est très flou pour nos trois Liégeois, et pour les tatoueurs de manière générale, ils font a priori partie de la phase de déconfinement qui débutera le lundi 18 mai. Il est toutefois à noter qu’aucune annonce spécifique concernant le secteur n’a été faite par le CNS.

Dans tous les cas, ils se préparent peu à peu à la reprise. Virginie, Élise et Mike savent qu’il va falloir repenser leur façon de travailler. Déjà, parce que les tatoueurs vont devoir être encore plus attentifs qu’ils ne l’étaient auparavant en matière d’hygiène, mais aussi parce que les clients devront également se montrer très prudents en portant les masques adéquats et en respectant les mesures sanitaires. Ensuite, il sera question de travailler en mode “salon privé”. Seules les personnes qui auront rendez-vous pourront pénétrer dans le shop, mais jamais accompagné.

Du côté de Grizzly INC, Élise explique que le salon rouvrira le 18 mai, mais qu’un seul tatoueur sera autorisé par pièce et qu’il ne pourra prendre qu’un client par jour. Une situation qu’elle espère temporaire. Chez Gueules Noires, seuls deux à trois tatoueurs seront autorisés au salon, ce qui signifie qu’ils ne pourront travailler plus de trois jours par semaine chacun afin de répartir les heures équitablement.

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Ces mesures ne vont pas être mises en place pour une ou deux semaines seulement. Malheureu­se­ment, je pense que les mesures sanitaires prises lors du déconfine­ment resteront la norme pour nous, dans les mois à venir.

Mike, Tatoueur chez Gueules Noires

Du côté de Dernier Bastien, en revanche, on ne s’avance pas trop concernant une possible réouverture le 18 mai. Virginie nous explique qu’ils ne décideront de la réouverture que lorsque que le CNS aura officiellement fait une annonce concernant les tatoueurs.

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