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"Un beau parleur", "pire que les 24h vélo": retour sur la visite d'Emmanuel Macron à Louvain-la-Neuve

VideoEmmanuel Macron a fait escale à Louvain-la-Neuve ce mardi matin. Au programme, une conférence studieuse avec des étudiants belges sur le thème de l'Europe, marquée par un incident avec un protestataire que nous avons pu rencontrer, mais aussi un petit bain de foule avant de déjeuner au Musée L. 7sur7 était sur place.

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La cité universitaire de Louvain-la-Neuve n'a évidemment pas été choisie par hasard dans le périple du chef d'État français. Cette rencontre, avec près de 1.000 étudiants, dans cette UCLouvain où de nombreux français font leurs études, est un moyen de "parler librement", comme l'a rappelé Emmanuel Macron au début de la conférence à l'Aula Magna.

Avec comme thème "Nous, demain, l'Europe", le président français et Charles Michel ont ainsi répondu à la dizaine de questions, certaines préparées, d'autres spontanées, au cours d'un débat qui ne se voulait pas vraiment formel. Dans cette visite d'État très officielle, Emmanuel Macron a pu sortir du cadre protocolaire fixé auparavant grâce à la fraîcheur des étudiants. Et cela fait du bien.

Comme à son habitude, Emmanuel Macron s'est montré à l'aise oralement dans cet exercice. Certains n'ont pourtant pas hésité à le titiller par des questions sur l'influence des lobbies ou sur l'inégalité dans les universités. Emmanuel Macron a pris le temps de répondre à chacun des points évoqués.

Un protestataire perturbe la conférence

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L'ambiance s'est cependant réchauffée quand deux étudiants ont brandi une banderole alors que le chef d'État français répondait à une autre question. "Le sang coule de leurs mains. Renseignez-vous", peut-on lire. Emmanuel Macron n'a également pas évité le sujet: "Il faut que vous me disiez des mains de qui." L'étudiant en colère (son interview se trouve ci-dessous) l'a alors aussitôt interrogé. "Pourquoi matraquez-vous vos étudiants? Pourquoi êtes-vous le seul pays qui jette des grenades contre sa propre population?" 

Emmanuel Macron lui propose alors de débattre, mais le jeune homme, quitte la salle, tout en continuant de jeter des papiers par terre. "Ne mettez pas des papiers partout, quelqu'un va les ramasser et ce ne sera pas vous", rappelle à l'ordre le président, ce qui provoque les applaudissements du public.

"Beau parleur"

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L'incident clos, le débat se poursuit dans une ambiance toujours studieuse. Au bout d'un peu plus d'une heure d'échange, il est temps pour Charles Michel et Emmanuel Macron de rejoindre le Roi et la Reine au Musée L. 

En quittant l'Aula Magna, deux étudiants parviennent à réunir les deux hommes politiques sur un seul selfie. À peine remis de leurs émotions, ils se confient à nous avec lucidité. 

"J'ai une bonne image de lui, maintenant il faut toujours se méfier de ce que les politiques disent. Pour être honnête, si j'avais été un électeur français, j'aurais voté pour lui par rapport aux autres choix proposés. Il n'y a pas vraiment d'alternative", estime l'un, tandis que l'autre est encore plus mesuré: " Il faut toujours garder de la distance. C'est un peu un beau parleur."

"Pire que les 24h vélo"

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Aussitôt l'évènement terminé, il ne fallait pas traîner. Tout ce petit monde était attendu 800 mètres plus loin, place Galilée. Ils sont des centaines à patienter là-bas, parfois depuis des heures. Pour cause, Emmanuel Macron, et son épouse Brigitte Macron, Charles Michel, le roi Philippe et la reine Mathilde vont effectuer un parcours piéton balisé d'une cinquantaine de mètres. 

Les observateurs, dont une majorité d'étudiants, se sont amassés le long des barrières, parfois en hauteur, dans le but de les apercevoir. "C'est pire que lors des 24 heures vélo", s'exprime une étudiante en référence au monde présent.

"Manu, t'es pas le bienvenu"

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Emmanuel Macron et Charles Michel rejoignent la place Galilée en voiture. "C'est une ville piétonne, ils auraient pu faire comme tout le monde", ironise un homme. C'est finalement le Premier ministre belge qui ouvre le défilé dans une ambiance bon enfant. Brigitte Macron, le Roi et la Reine suivent son rythme, tandis qu'Emmanuel Macron met plus de temps à traverser la place. 

Pour cause, le président français est de nouveau interpellé par une dizaine de protestataires qui ont placé une banderole en hauteur: "Migrants, biodiversité, travailleurs, étudiants: leur profit coûte leur vie". À ce slogan s'ajoute un chant: "Manu, t'es pas le bienvenu." 

D'autres personnes présentes sifflent ces manifestants, tandis qu'Emmanuel Macron prend le temps de lire le slogan, avant de faire un signe du pouce, et de reprendre là où il en était, sourire aux lèvres. Il finit son parcours en un peu moins de dix minutes.

Un "gilet jaune" qui n'en est pas un

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"Je pense que son image en Belgique est assez similaire à la France. Au début, il a été rapidement populaire car il est jeune, dynamique, face à l'extrême droite. Et maintenant, c'est devenu comme Hollande, les gens râlent assez vite", analyse un étudiant.

À noter la présence de quelques "gilets jaunes". Le geste de l'un d'entre eux n'était pas vraiment par conviction politique, puisque ce dernier reprenait en cœur le chant "Manu! Manu!" quand le président français passait. 

Si ce court moment a rassemblé autant de monde, il faut dire qu'ils sont nombreux à être cependant venus par curiosité, à en croire les témoignages récoltés, et à ne pas vraiment s'intéresser à cette visite officielle. On pense notamment aux étudiants qui avaient cours dans les environs, l'évènement avait de quoi occuper leur pause du midi.

Le protestataire témoigne pour 7sur7: "J'ai choisi de partir de moi-même"

Une fois la foule dispersée, certains restent encore à discuter et à se montrer respectivement les photos qu'ils ont réussi à prendre. "J'ai serré la main d'une des personnes les plus puissantes du monde", peut-on notamment entendre. Parmi eux, nous distinguons l'étudiant qui a interpellé Emmanuel Macron pendant la conférence.

Louis Godrie, étudiant en philosophie à l'UCLouvain, a accepté de répondre à nos questions.

Quel est le but de votre action?
Le but de l'action est de dénoncer toute leur politique, que ce soit Emmanuel Macron ou Charles Michel, car leur raisonnement est le même dans tous les domaines: l'efficacité, la rentabilité, et l'argent. On ne met plus les moyens pour les vies, mais on prend des vies pour des moyens. On leur reproche notamment l'appauvrissement de la population, l'écart grandissant des inégalités, la répartition des richesses scandaleuse, la politique migratoire meurtrière etc..

Comment s'est articulée votre action?
La première partie avait été annoncée par un communiqué de presse. On a fait une action devant, à l'extérieur (des dizaines de manifestants se sont rassemblés devant l'Aula Magna, ndlr). Des personnes étaient habillées en costard avec les mains peintes en rouge, la référence est que les responsables politiques ont du sang sur les mains. Il y avait des banderoles et des slogans.

Et ensuite, la deuxième partie était à l'intérieur, l'intervention pendant la conférence. Les papiers lancés étaient des QR codes où le scan emmenait vers un dossier factuel de ce que nous reprochons aux dirigeants politiques.

Qu'avez-vous pensé de la réaction d'Emmanuel Macron?
Emmanuel Macron réagit toujours comme cela, il ne fuit pas le débat, il aime ça. Un peu à la OSS 117, il va directement sourire, puis minimiser, puis se redresser par l'ironie etc... C'est pour ça que sur le moment j'ai crié tout ce que j'avais à crier. J'avais fini mon message, je savais que sa réponse allait être scandaleuse et que plus je restais, plus lui gagnait. Donc j'ai choisi de partir de moi-même.

Quel est votre ressenti sur l'accueil réservé au président français et au premier ministre belge par les étudiants de l'UCLouvain?
C'est une honte qu'on se lève et qu'on applaudisse ces gens-là comme c'était le cas au début du débat. De marquer notre respect pour ces gens avec ce qu'ils ont et ce qu'ils sont, ça m'a profondément choqué. Je me suis levé pour ne pas me faire repérer avant mon action.

Quelle image a Emmanuel Macron en Belgique selon vous?
En Belgique, on a déjà du mal à se rendre compte de notre propre situation avec Charles Michel qui se fait manipuler par la N-VA. Donc on ne comprendra pas la situation en France. Tout ce qu'on voit d'Emmanuel Macron, ce sont ses sorties scandaleuses.

Par exemple, quand il dit qu'il faut traverser la rue pour trouver du travail, on en parle beaucoup en Belgique. On a pas la mentalité de réagir et de se solidariser avec les luttes françaises pour partager nos problèmes.

Au final, êtes-vous une vraie organisation, ou s'agit-il d'une action éphémère?
Ce n'est pas une organisation, ni un mouvement, on s'est mis ensemble car on a constaté qu'il y avait un besoin. C'est une revendication citoyenne. Nous n'avons aucune raison de nous arrêter ici car ils vont continuer leurs mesures.

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