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Ce dessin d'Igor Preys montre une sœur de la victime, Sophie, qui témoigne lors d'une séance du procès d'assises de trois médecins devant la Cour d'assises de Flandre orientale, à Gand, le mardi 21 janvier 2020. © BELGA

Un cas d'euthanasie devant les assises: “Je ne comprenais pas pourquoi elle pouvait mourir”

Mise à jour“Elle était profondément malheureuse”. C’est ce que Sophie Nys a déclaré mardi matin devant la cour d’assises au sujet de sa sœur Tine, qui a été euthanasiée en 2010. “J’ai été témoin des tentatives de suicide”.

Tine Nys a été euthanasiée le 27 avril 2010 sur la base de ses souffrances psychiques. Selon ses proches, les médecins ont mis un terme à la vie de la jeune femme avec amateurisme et n’ont pas respecté les conditions de la loi sur l’euthanasie. L’une de ses sœurs a déposé plainte en se constituant partie civile et la justice a enquêté sur l’affaire. 

“Elle n’est pas morte de manière décente”

“Je ne pouvais pas comprendre pourquoi elle pouvait mourir. Nous étions convaincus qu’elle n’allait pas obtenir une troisième signature (pour la procédure d’euthanasie, ndlr)”, a expliqué mardi Sophie Nys, devant la cour d’assises de Flandre orientale, au sujet de sa sœur Tine. “Tine n’est pas morte de manière décente. C’était l’intention, mais ça a échoué.”

Le président de la cour a demandé à Sophie Nys quand elle avait appris la volonté de sa sœur. “J’ai reçu un appel téléphonique de mon autre sœur Lotte, qui m’a expliqué que Tine voulait être euthanasiée”, a-t-elle déclaré. “J’étais tellement bouleversée. Je pensais que l’euthanasie n’était possible qu’en phase terminale. Je me sentais complètement bloquée. Je me souviens, je voulais moi-même mourir à ce moment-là.”

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Ce dessin d'Igor Preys montre (de gauche à droite) le psychiatre accusé, le médecin généraliste accusé et le médecin exécutant accusé représentés le premier jour du procès d'assises de trois médecins devant la Cour d'assises de Flandre orientale, à Gand, le vendredi 17 janvier 2020. © BELGA

Trois signatures

La témoin a alors accompagné sa sœur chez un médecin et ressentait un sentiment de colère. “J’ai dit que ce n’était pas possible”, a raconté Sophie Nys. “Nous avons reçu un signal fort du médecin, indiquant que ça n’allait pas fonctionner. Je ne connaissais pas la loi. Tine a dit qu’elle avait besoin de trois signatures. Elle en avait déjà deux, pas encore de troisième.”

 La famille a également tenté de l’en dissuader, en vain. “Je ne pouvais pas comprendre pourquoi elle pouvait mourir. Ce nouveau diagnostic d’autisme, cela m’a donné de l’espoir. Il y avait encore beaucoup de travail à faire, mais ils ont dit qu’elle recevait le traitement. Nous étions convaincus qu’elle n’allait pas obtenir une troisième signature. Elle avait tellement de joie de vivre et de force pour (continuer à) vivre. Les gens peuvent s’en sortir après avoir touché le fond et reconstruire leur vie. Tine était un exemple pour nous.”

Après l’euthanasie, Sophie Nys a continué à chercher des réponses. Elle a souligné qu’elle n’avait pas l’intention d’entamer les procédures pour un procès au départ. “J’ai d’abord essayé de mieux comprendre le dossier médical de Tine. Je pensais qu’il y avait quelque chose que je ne savais pas. Je voulais un point de vue objectif sur ce qui s’était passé. La perspective d’affronter un procès et la justice était très intimidante. Je suis contente qu’on puisse mourir dans la dignité en Belgique et dans certaines circonstances. Mais Tine n’est pas morte de manière décente. C’était l’intention, mais ça a échoué.”

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Une des soeurs de Tine Nys © Photo News

“Une relation difficile avec sa mère”

Interrogée par le président de la cour d’assises Martin Minnaert, Sophie Nys a raconté sa relation avec Tine, son aînée. “Il n’y avait que deux ans de différence et j’avais plus de contacts avec elle”, a-t-elle expliqué. “Nous étions différentes. J’aimais Prince et elle aimait Madonna, mais nous avions une relation normale. Elle n’était certainement pas mise de côté ou socialement inadaptée.”

La sœur de Tine, Sophie, a expliqué que Tine avait une relation “difficile” avec sa mère. “Mes parents avaient surtout un problème avec les mensonges. Si Tine fumait en cachette ou si elle disait qu’elle allait aux scouts mais qu’elle allait voir son amoureux, ils en faisaient tout un drame”. D’après Sophie Tys, sa famille “n’a pas toujours été idéale”. “Il y a eu des vagues, des périodes où la paix n’était pas présente à la maison. Je n’ai pas appris de mes parents comment trouver les bons mots pour résoudre les problèmes”. Mais elle a aussi connu de nombreux moments de bonheur. “Quand j’étais enfant, j’avais de bons contacts avec ma sœur Tine. Bien que, comme toutes les sœurs, il y ait parfois eu des tensions. Quand nous faisions la vaisselle, nous nous disputions parfois”.

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Christine Mussche et Walter Vansteenbrugge, les avocats du médecin exécutif Joris V.H. © Photo News

Tentatives de suicide

Concernant les tentatives de suicide, Sophie Nys a confirmé que sa sœur était “profondément malheureuse”. “J’ai vécu les tentatives de suicide et je suis allée lui rendre visite lors de la plupart de ses hospitalisations. En 1997, c’était la plus grave, je m’en souviens encore très bien. Les relations n’ont pas toujours été bonnes. Avec le premier diagnostic de trouble borderline, j’ai essayé d’accepter qu’elle se débattait avec ses sentiments, qu’elle pouvait être déprimée et toucher le fond.”

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Joris Van Hove © Photo News

“Où était la famille quand Tine avait besoin d’elle?”

Les avocats Walter Van Steenbrugge et Christine Mussche assistent le médecin exécutif Joris Van Hove. À l’audience, ils ont déclaré: “Les médecins ne sont que des personnes. Ce sont des gens qui ont de longues semaines de travail et qui sont parfois terriblement fatigués. Ils connaissent parfois leurs patients depuis si longtemps qu’une amitié se développe. Leur mettre la mort de Tine sur le dos est exagéré. Cette férocité n’aurait-elle pas été meilleure lorsque Tine était encore en vie? Où étaient les parents et la famille de Tine lorsqu’elle était dans le pétrin et avait désespérément besoin d’eux? Un tribunal n’est pas un lieu de vengeance ou de règlement mal placé”.

C’est la première fois que des médecins doivent comparaitre devant la justice, depuis l’entrée en vigueur de la loi sur l’euthanasie, en 2002.