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L'expert américain Jean-Pierre Isbouts prend la pose devant la réplique de "La Cène" au sein de l'abbaye de Tongerlo. © Joel Hoylaerts / Photonews

Un de Vinci dans une abbaye belge? "C'est sûr à 85%"

UpdateLéonard de Vinci a-t-il lui-même peint la réplique de "La Cène" qu'abrite l'abbaye de Tongerlo? Un expert américain de l'artiste florentin en est persuadé.

Si vous êtes de passage à Tongerlo, petite bourgade en province d'Anvers, ne ratez pas son abbaye, qui abrite notamment un musée dédié à Léonard de Vinci. Vous pourrez y admirer, entre autres, une réplique de "La Cène", considérée comme la meilleure copie et la plus fidèle à la fresque originale peinte à Milan entre 1495 et 1498 et dont seuls 20% sont encore visibles en raison de l'estompement des couleurs.

Des indications tendent à démontrer que Léonard de Vinci lui-même a collaboré à sa réalisation et pas seulement ses élèves. La réplique de Tongerlo est protégée comme bien mobilier depuis 1986 et est aussi reconnue comme patrimoine majeur de la Flandre.

De Vinci, disparu il y a pile 500 ans
Alors que l'on célèbre aujourd'hui le 500ème anniversaire de la mort du génie florentin, une équipe de l'institut de micro-électronique et composants (IMEC) de Louvain a examiné l'imposant tableau de Tongerlo à l'aide d'une caméra hyperspectrale.

"Nous avons "scanné" quatre personnages, à savoir les apôtres André, Jean et Jacques, et Jésus lui-même. Concrètement, nous scannons la même image 150 fois avec un filtre de couleur différent, puis nous relions ces images ensemble. De cette manière, il est possible de découvrir des esquisses ou des reconstructions invisibles à l'œil nu", explique à Het Laatste Nieuws Wouter Charle, ingénieur à l'IMEC. La technique utilisée à l'IMEC a permis d'éviter de toucher à la toile, de devoir la nettoyer et ainsi lui ôter une partie de son pigment.

"Mais nous restons prudents. Le professeur Isbouts voit des choses dans ces scans que je ne suis moi-même pas capable de voir. Nous élaborons l'image, c'est à lui de l'analyser. Nous sommes donc dans l'expectative", commente l'ingénieur. (Lire la suite sous la photo)

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Citation

"Quand je l'ai vue pour la première fois, je suis littérale­ment resté bouche bée"

Jean-Pierre Isbouts à propos de la réplique de "La Cène" de Tongerlo

Des centaines de milliers de touristes visitent chaque année 
l'église Santa Maria delle Grazie de Milan pour admirer la peinture originale, en mauvais état, de Léonard de Vinci. Et ils n'hésitent pas à débourser plusieurs dizaines d'euros pour le faire. 

Trois euros pour admirer un original de De Vinci
"Ici, c'est seulement 3 euros et vous pouvez prendre votre temps", sourit Ivo Cleiren, conservateur au Musée de Vinci à Tongerlo. "L'abbaye a acheté la copie le 2 février 1545 aux héritiers d'un certain Jean Legrand", précise-t-il. Selon l'historien de l'art et expert de de Vinci Jean-Pierre Isbouts, c'est le roi de France Louis XII, impressionné par le tableau original, qui aurait commandé une copie à l'artiste toscan.

Il existe de nombreuses répliques de "La Cène", mais très peu ont été réalisées à grandeur nature comme celle de Tongerlo, qui daterait de 1507.

"Quand je l'ai vue pour la première fois, je suis littéralement resté bouche bée", se souvient Jean-Pierre Isbouts. "Cette copie est bien plus proche de la peinture originale que les versions que j'ai vues à Londres et à Paris. La réplique de Tongerlo est attribuée à son élève Andrea Solari, mais je suis presque sûr, à 85% même, que de Vinci lui-même a sorti ses pinceaux pour la coréaliser." 

Jean, la clé
Tous les regards se posent sur Jean, situé à gauche de Jésus sur la fameuse toile. "De Vinci l'a peint tellement de fois qu'il en est devenu sa signature", dit Isbouts. "Dès lors, peut-être qu'il a été peint sans croquis en dessous", souligne-t-il. "Si l'on observe le subtil dessin du nez et des lèvres, cette figure ressemble très fortement à une autre œuvre de Léonard, la Joconde. Seul Léonard maîtrisait cette technique du 'sfumato' au XVIe siècle, cette transition très progressive du clair au sombre, vous donnant une impression humaine en trois dimensions. Vous pouvez également voir le reflet du cou sur la mâchoire inférieure, caractéristique de de Vinci à cette époque."


"Grâce à la science, j'espère obtenir des preuves concluantes", conclut l'expert américain qui analysera les données fournies par l'IMEC dans les mois à venir. Pour étudier plus en profondeur les données de l'IMEC, l'Américain sera épaulé par des scientifiques d'Europe et de Russie.