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Un gardien de prison en colère: “Monsieur le Ministre, je ne vous respecte pas”

Ce vendredi, le Conseil National de Sécurité (CNS) se réunit pour juger d’un éventuel début de déconfinement en Belgique. Certaines mesures sont évoquées dans une partie de la presse. Les prisons belges ne semblent pas concernées. Le Ministre fédéral de la Justice, Koen Geens (CD&V), vient seulement d'indiquer que des ordinateurs portables sont en passe d’être distribués aux détenus afin qu’ils puissent ‘recevoir’ des visites virtuelles de leurs proches.

Philippe (prénom d’emprunt) ne porte pas vraiment le Ministre de la Justice, Koen Geens, dans son cœur. Ce gardien de prison carolo d’une prison belge a voulu nous transmettre une lettre ouverte sur son vécu au sein de son établissement pénitentiaire. Il a toutefois émis deux conditions: ne pas citer son vrai prénom et le lieu de la prison dans laquelle il travaille. “Je risquerais des problèmes” nous a-t-il dit.

Les mesures de précaution liées à la gestion de la crise du coronavirus constituent le sujet central de ses préoccupations. Voici le texte que Philippe nous a transmis in extenso!

“Avons-nous enfin reçu des masques au boulot, en tissu? Obligation de les porter avec risque de non-reconnaissance (NDLA. comme maladie professionnelle) si on est contaminé et qu’on ne le portait pas! Notre ministre nous ignore totalement pendant des semaines et ensuite, on nous met la pression en menaçant les agents encore présents sur le terrain. 

Dans certains établissements, les directions refusent que le personnel porte des masques personnels. C’est le grand vide juridique alors que nous avons travaillé durant trois semaines sans fourniture de masques et que nous prenions des masques artisanaux.

Monsieur le Ministre, je ne vous respecte pas! Et j’espère que vous aurez le courage politique de présenter votre démission une fois cette crise derrière nous! Signé un de vos pantins et respect à tous les collègues qui sont encore présents, la boule au ventre ainsi que notre directrice qui se fait beaucoup de soucis pour nous.

Et j’ajoute que ces masques sont lavables à 70 degrés mais nous ne pouvons pas rentrer à la maison avec pour les laver car nous pourrions ramener le virus à la maison.

Et nos uniformes alors? Aucun risque de ce côté ou je rentre à poil à la maison pour plus de sécurité?

Malgré cette crise, ce ministre et sa collègue Maggie (NDLR. De Block, Ministre fédéral de la Santé) préservent à tout prix les finances de leurs départements au péril de notre santé et celles de nos proches! C’est ignoble alors que l’Europe débloque des fonds et dit de ne pas regarder à la dépense pour nous préserver de cette pandémie!!!”

Contacté par nos soins, le délégué permanent de la Confédération des Syndicats Chrétiens (CSC) pour les établissements pénitentiaires, Didier Breulheid, estime toutefois que des investissements ont eu lieu depuis le début de la crise du coronavirus: “Nous n’avons pas de chiffres à notre disposition. Mais j’imagine que certains coûts ont été engendrés pour fournir aux surveillants de prison des moyens de protection individuelle. Je pense, par exemple aux masques même si les détenus en fabriquent. Il faut tout de même acheter la matière première. Et puis, il y a aussi les gels hydroalcooliques et les papiers pour s’essuyer les mains.”

Insécurité

Mais cela ne suffit pas à son bonheur: “Nous jalousons un peu les moyens mis dans les hôpitaux même si ce n’est pas non plus la panacée pour eux. Nous estimons que les agents pénitentiaires sont en insécurité à cause d’un manque de moyens financiers. Pourtant, j’avais alerté les autorités par mail dès le 28 février. À l’époque, elles m’avaient répondu qu’elles suivaient les consignes édictées par Sciensano (NDLR. l’Institut scientifique de santé publique). La situation évolue très lentement. Aujourd’hui, chaque surveillant dispose d’un masque par jour qui doit être lavé quotidiennement à l’intérieur de l’établissement pénitentiaire. Et si ce n’est pas possible, il est acheminé à la prison de Marche-en-Famenne qui possède toutes les commodités nécessaires.”

Inquiétude

Mais l’inquiétude est bel et bien de mise parmi les agents pénitentiaires: “De plus en plus de détenus sont malades au sein des prisons. Il manque du personnel pour pouvoir s’en occuper. Une unité spéciale pour le Covid-19 est prévue à Lantin. Le médecin responsable n’y est cependant pas favorable. Il manque d’infirmiers. Au niveau organisationnel, nous sommes complètement dans le flou. Il n’y a aucun vestiaire pour les 1.000 travailleurs. Nous ne savons pas quelles procédures doivent être mises en place alors que les syndicats doivent être associés à la discussion.

Citation

Ce n’est pas l’idéal pour éviter les contacts

Didier Breulheid, Délégué permanent de la CSC pour les établissements pénitentiaires

 Cette cellule Covid-19 est envisagée à la polyclinique de la prison. Mais les malades doivent notamment passer à proximité de la section des femmes pour s’y rendre. Ce n’est quand même pas l’idéal pour éviter les contacts. Cela signifie également que les autres pathologies ne seraient plus prises en compte car une radio du thorax est systématiquement effectuée pour chaque patient afin de prévenir d’une éventuelle tuberculose. En plus, nous savons qu’il existe une chambre sécurisée de quatre lits à la Citadelle. Elle a été fermée car il n’y avait pas assez de cas. L’endroit y est pourtant plus propice à cette problématique.”

Ces dernières années, des coupes budgétaires ont affecté le secteur de la justice. Avant la crise du coronavirus, les surveillants pénitentiaires du Royaume avaient d’ailleurs mené plusieurs grèves en guise de protestation.

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