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Les informateurs royaux Didier Reynders et Johan Vande Lanotte. © Photo News

Un mois plus tard, aucune majorité n'est en cours de formation

Le brouillard est épais un mois après les élections. 

Depuis le 26 mai, à l'exception de la Communauté germanophone, aucune coalition majoritaire ne s'est constituée ou n'est même en voie de formation.

La situation a rarement voire jamais été aussi compliquée dans l'histoire politique de la Belgique. Les succès du Vlaams Belang en Flandre et du PTB en Wallonie combinés à un recul sans précédent des partis traditionnels et aux exclusives prononcées par les uns à l'égard des autres empêchent, jusqu'à présent, la constitution de coalitions disposant d'une majorité.

À Bruxelles, les négociations étaient sur le point de démarrer quand l'Open Vld a brusquement actionné le frein. Les négociateurs bruxellois ont demandé un entretien avec les formateurs francophone et flamand. Celui-ci a eu lieu mardi, il est qualifié de constructif mais jusqu'à présent les négociations de formation, qui doivent en principe réunir le PS, Ecolo, DéFI, Groen, le sp.a et l'Open Vld ne sont pas officiellement sur les rails. Les libéraux flamands doivent faire le point sur la situation. L'un des problèmes est l'absence du MR, parti frère libéral, dans la coalition francophone.

Le coquelicot en Wallonie

La Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles se sont quant à elles lancées dans l'aventure du "coquelicot". Le PS et Ecolo ont entamé des discussions et veulent y associer la société civile. À deux, socialistes et écologistes n'ont pas de majorité. Le retrait du cdH et le njet du PTB devraient les pousser vers le MR mais ni l'un, ni l'autre ne veulent s'allier aux libéraux. Ecolo a mal vécu la campagne virulente menée contre lui par le MR et ne serait en outre pas nécessaire d'un point de vue arithmétique à la réédition d'une alliance arc-en-ciel (socialiste, écologiste, libérale). Quant au PS, s'il a pu conserver sa première place francophone, il n'a pas évité l'un des pires scores de son histoire. À l'heure où le PTB constitue une menace sérieuse et où les sociaux-démocrates sont à la peine en Europe, il n'est pas question pour le parti d'Elio Di Rupo et de Paul Magnette de s'allier avec un MR qui porte encore la marque de 5 années de coalition avec la N-VA. 

L'alliance avec la "société civile" serait une façon de donner une légitimité à un gouvernement minoritaire, de tenter de convaincre tout ou partie du cdH de le soutenir et de placer le PTB devant un dilemme: soit cautionner un gouvernement réunissant socialistes et écologistes, soit ouvrir la porte au MR.

Cette implication de la société civile demeure extrêmement floue. Elle ne ravit pas non plus tout le monde chez les premiers concernés. La secrétaire générale de la CSC, Marie-Hélène Ska, a ainsi jugé l'idée "à côté de la plaque".

En Flandre, le formateur Bart De Wever (N-VA) en est toujours au stade des consultations. Après deux tours de discussion avec tous les partis, sauf le PTB, un troisième tour est en cours avec le seul Vlaams Belang. À deux, les formations nationalistes n'ont pas de majorité mais la longueur des palabres laisse penser que d'une manière ou d'une autre, la N-VA va tenter d'associer le parti d'extrême-droite. Le jeu est risqué car le CD&V, l'Open Vld et le sp.a ont rappelé qu'ils ne rompraient pas le cordon sanitaire et la N-VA pourrait devenir infréquentable aux yeux des partis francophones.

Le rapport final des informateurs attendu lundi

Au niveau fédéral, la situation semble quant à elle complètement bloquée. Les deux informateurs royaux, Didier Reynders et Johan Vande Lanotte, devraient présenter leur rapport final lundi mais le nord et le sud du pays semblent plus éloignés que jamais et les chances de réunir le PS et la N-VA demeurent proche de zéro. La seconde veut rencontrer le premier uniquement pour parler du confédéralisme. Or, le premier n'entend pas aborder le sujet et ne veut donc pas rencontrer la seconde.

En attendant, le compte à rebours budgétaire est enclenché. L'Europe attend un projet de budget pour la mi-octobre. La situation des finances publiques risque de se détériorer à nouveau et sans gouvernement ni majorité, aucune mesure ne pourra être prise pour y remédier.