Une aide ménagère carolo témoigne: “C’est stressant!”

InterviewLes dernières mesures du Conseil National de Sécurité (CNS) préconisent le télétravail et limitent l’activité des métiers pour lesquels cette solution est inenvisageable. Pourtant, certaines aide-ménagères sont toujours sur le pont.

Aide-ménagère à domicile (photo d'illustration)
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Aide-ménagère à domicile (photo d'illustration) © Photo News

“C’est stressant! Je ne me sentais pas bien lorsque je faisais mon boulot”. Aide-soignante, Patricia (49 ans) poursuit: “Je nettoyais la salle de bain et je changeais les draps sans aucune protection. J’ai dû moi-même acheter des gants.” En effet, sa société de titres-services basée à Gilly (Charleroi) ne lui en fournissait pas. Des masques non plus.

Clients différents

Depuis peu, elle a stoppé son activité: “J’ai moi-même dû demander à un de mes clients pour pouvoir rester chez moi. Je lui ai expliqué la situation. Il m’a dit: ‘Si vous décidez de vous mettre en chômage économique, c’est votre décision’”.

Ses autres clients ont pris l’initiative d’eux-mêmes: “Je travaillais chez une infirmière. Dès le début, elle m’a dit de ne plus venir chez elle. Une dame de 85 ans chez qui je me rendais chaque mardi et jeudi a paniqué et elle m’a aussi demandé de ne plus s’occuper d’elle.”

Inquiétude grandissante

Aujourd’hui, c’est pour toutes ses collègues toujours en activité qu’elle témoigne: “Jeudi dernier, je suis passée d’une maison à une autre. Mais j’allais chez des étrangers. Je ne sais pas où ces personnes sont allées ni même qui elles ont rencontré. C’est dangereux! Un de mes clients est même revenu d’une semaine passée en France.” Ce jeudi, la situation s’est encore aggravée chez nos voisins d’outre-Quiévrain. Près de 1.700 morts y sont désormais recensés à cause du coronavirus.

“Au début de la crise, je ne m’inquiétais pas trop” indique-t-elle pourtant. “Mais quand j’ai vu la vitesse avec lequel le nombre de contaminés augmentait, je me suis posée des questions.”

Syndicats

Ce vendredi, les syndicats du secteur des titres-services appellent une nouvelle fois les autorités à la fermeture de leur secteur. "Nous demandons à la Première ministre de prendre les mesures nécessaires pour protéger correctement les quelque 140.000 aides-ménagères", insistent-ils en front commun. 

Selon Federgon, la fédération qui représente entre autres ce secteur, l'activité y est déjà de facto au point mort à 95% car de très nombreuses entreprises ont elles-mêmes pris la responsabilité de fermer leurs portes et d'ainsi réduire le risque de propagation du coronavirus.

Cherchez l’erreur!

"Nous répétons ici ce que tout le monde sait déjà: la distanciation sociale est tout simplement impossible à appliquer dans le secteur des titres-services", selon les syndicats. "Le gouvernement Wilmès demande aux citoyens de rester chez eux. Les parcs et les terrains de jeux seront fermés. En revanche, on demande aux aides-ménagères de se rendre au domicile des clients. Ces clients, qui sont soit des personnes âgées, soit des ménages entiers, sont mis en quarantaine à leur domicile. Cherchez l’erreur!”

Federgon a également demandé à plusieurs reprises la fermeture du secteur. “Mais, entre-temps, les entreprises ont pris leurs responsabilités et ont fermé leurs portes elles-mêmes", pointe Paul Verschueren, responsable recherche et affaires économiques chez Federgon. “De ce que nous pouvons déduire, 95% du secteur est de facto au point mort. Nous n'avons donc pas compris pourquoi le secteur n'a pas été fermé par le gouvernement fédéral.”

D'une part, les gens doivent garder leurs distances et éviter les contacts mais, d'autre part, les aides-ménagères se rendent auprès d'environ un million de familles, s'étonne-t-il. Ce qui conduit, selon lui, à une situation potentiellement dangereuse en raison de la multiplicité des contacts.

Évolution

D'après Federgon, la situation de ces travailleurs a beaucoup changé depuis le début de la crise du coronavirus. "Auparavant, ils travaillaient dans des maisons vides: les enfants allaient à l'école, les parents au travail. Aujourd'hui, ces familles sont chez elles en raison des mesures de confinement, ce qui rend la distanciation sociale presque impossible. En tant qu'employeur, vous n'avez aucun contrôle sur ce point.”

Le gouvernement fédéral en concertation avec le Conseil National de Sécurité (CNS) se positionnera sur cette situation ce vendredi soir. Une nouvelle liste de métiers essentiels devrait être élaborée d’ici là. La Première ministre, Sophie Wilmès, a demandé aux partenaires sociaux du Groupe des 10 (NDLR. là où se réunissent les instances dirigeantes des organisations syndicales et patronales) de se mettre en contact avec le CNS afin d’affiner cette liste.

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