Un corbillard évoluant sur la N80 à Alken, dans le Limbourg, jeudi 2 avril 2020
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Un corbillard évoluant sur la N80 à Alken, dans le Limbourg, jeudi 2 avril 2020 © Yves Steukens

Une photo vaut mille mots: ce cliché pourrait devenir l’icône de la crise sanitaire

En route vers Hasselt pour son travail ce jeudi matin, un quinquagénaire de Saint-Trond a soudain eu froid dans le dos. Sur cette route expresse d’ordinaire très fréquentée mais devenue déserte, Yves Steukens s’est retrouvé derrière un corbillard. Il a eu le réflexe d’immortaliser cette image iconique avec son smartphone.

Yves Steukens, livreur d’outillage pour le bâtiment et la rénovation de la voirie, était en route vers un client à Oudsbergen, sur la N80. Mais au moment d’atteindre la frontière avec la commune d’Alken, point noir de l’épidémie de Covid-19 en Belgique, il a eu la surprise de se retrouver derrière un véhicule de pompes funèbres. 

“Ici, on connaît tous quelqu’un qui se bat contre le virus”

Il a été frappé par le côté emblématique de cet instant: “Il n’y avait pas une âme sur cette route d’habitude surchargée. En une fraction de seconde, j’ai décidé de faire une photo avec mon smartphone. Car cette image dit tout simplement tout sur la manière dont les Trudonnaires se sentent actuellement”, résume-t-il dans Het Laatste Nieuws. 

“Ce virus a fortement ébranlé notre ville et notre région. Tout le monde connaît quelqu’un qui se bat contre le Covid-19 actuellement. D’ailleurs, deux de mes amis luttent pour leur vie depuis plusieurs jours et mon oncle de 72 ans va de plus en plus mal”, confie le Limbourgeois.

“Il ne faut pas voir le drame pour le ressentir”

Mine Dalemans, photographe chez nos collègues d’Het Laatste Nieuws, estime que cliché pourrait devenir l’icône de la crise sanitaire en Belgique. “Tous les jours, nous, les photographes de presse, nous immortalisons des moments qui racontent une histoire. Parfois, vous appuyez sur le déclencheur et vous vous dites: ‘Voilà, c’est exactement ça’. Ce que la photo raconte, sa composition, la lumière et surtout, le plus important: le sentiment qu’elle procure. Une photo en dit plus long que mille mots si vous arrivez à transmettre cette même sensation au lecteur. C’est ce qui se passe ici avec ce cliché. Vous comprenez le confinement au travers de cette route expresse vide. Le corbillard vous conte le coronavirus, mais vous exprime également la tristesse qui en découle. C’est ce qui rend cette photo si réussie, c’est qu’elle est vraie”, analyse-t-elle. “Il ne faut pas toujours voir le drame pour le sentir”, conclut la photographe.