François de Brigode et Yves Losseau ont distribué des repas aux démunis de Charleroi
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François de Brigode et Yves Losseau ont distribué des repas aux démunis de Charleroi © Yves Loisseau

Yves Losseau a reçu le soutien de François De Brigode pour aider les démunis carolos

InterviewYves Losseau est un ancien avocat d’Anderlues. Aujourd’hui retraité, il vit depuis quatre ans en Côte d’Ivoire où il participe à des projets humanitaires. Suite à la crise du coronavirus, il est de retour temporairement dans la région carolorégienne. Et il ne pouvait pas y rester sans venir en aide aux plus démunis à Charleroi.

Le présentateur du Journal Télévisé (JT) de la RTBF, François De Brigode, est venu prêter main forte à Yves Losseau le week-end dernier. Ensemble, ils ont distribué des repas aux personnes dans le besoin sur le parking du magasin Action à la rue de Montigny à Charleroi.

“Les 72 rations de vol-au-vent et les 50 tiramisus, tout est parti et plus encore car il a fallu piocher dans les réserves pour donner quelque chose aux derniers arrivants. Je ne sais pas si c’est l’effet ‘François De Brigode’ qui a joué et qui a attiré plus de monde ou si c’est simplement parce que c’était Pâques” a écrit Yves Losseau dans un de ses posts Facebook.

Prise de contact

Présent chaque samedi et dimanche, ce dernier estime qu’entre 60 et 70 personnes font appel à son aide au cours d'une journée: “François De Brigode s’est lui-même proposé de m’assister.”

Pourtant, ils ne se connaissaient pas auparavant: “Je suis un ami de Valérie Druitte (NDLR. la rédactrice en chef de la cellule Régions à la RTBF). Un jour, le sujet des actions de solidarité en faveur des démunis est arrivé sur la table en réunion de rédaction par son intermédiaire. François De Brigode lui a alors dit qu’il aimerait bien me donner un coup de main. J’étais évidemment d’accord. Il n’a posé qu’une seule condition: il souhaitait venir incognito. C’est en tant que citoyen qu’il souhaitait agir. Il était d’ailleurs bien camouflé.”

Saisir l’occasion

Le journaliste ertébéen portait effectivement un masque. Pour information, s’il habite désormais à Bruxelles, il provient de la région de Charleroi. Grâce à lui, l’initiative d’Yves Losseau a connu un regain d’intérêt médiatique. “Cela fait plaisir. Mais je ne cherche pas à attirer l’attention sur moi. Je veux faire passer un message à la population: c’est faisable. Alors, faites-le! La crise du coronavirus nous donne l’occasion de changer les paradigmes de la société. Il ne tient qu’à nous de réagir. Et dans le verbe ‘réagir’, il y a ‘agir’. Tout est entre nos mains. Il suffit d’un peu de courage pour se lancer” lance l’ex-avocat.

Lui-même a saisi une opportunité qui s’est présentée à lui: “Au mois de février dernier, j’ai repris la démarche qu’avait entamée un ancien groupe de gens. Ils avaient laissé tomber à cause du coronavirus. La dame qui était la figure centrale du projet a 50 ans et elle avait quelques soucis de santé. Elle travaille d’ailleurs depuis chez elle actuellement.”

Démunis fragilisés

Or, il ne se rend que trop bien compte que les déshérités sont encore plus fragilisés avec l’apparition du coronavirus: “Avec le confinement, il devient impossible aux SDF de faire la manche. L’accès aux bancs publics est interdit. Or, ces personnes ont besoin de s’asseoir et de s’arrêter un instant. Elles éprouvent également plus de difficultés pour se nourrir. Il y a bien l’ASBL Faim du Mois qui distribue des vivres tous les mercredis et les samedis en fin d’après-midi sur la Place de la Digue à Charleroi. J’ai entendu dire que la Maison pour Associations à Marchienne offrait aussi la possibilité de s’asseoir et de boire de la soupe. Mais un SDF qui vit dans un squat à Montignies-sur-Sambre a six kilomètres à parcourir pour y arriver. Pensez-vous qu’il va les faire?”

Les Restos du Cœur sont aussi à disposition, mais pour notre interlocuteur, ce n’est pas la panacée: “Leur salle n’est plus ouverte au public. 200 personnes avaient l’habitude de se rassembler là-bas. C’était un endroit convivial où elles nouaient des liens sociaux. Maintenant, elles doivent faire la file pendant deux heures pour recevoir un sachet à emporter.”

François De Brigode et Yves Losseau en pleine discussion
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François De Brigode et Yves Losseau en pleine discussion © Yves Loisseau

Et les établissements de l’HORECA sont tous fermés. Ce qui pose de sérieux problèmes pour les sans-abris: “Ils s’y rendaient pour qu’on leur remplisse leurs bouteilles d’eau ou pour faire leurs besoins. Leur précarité est plus grande.”

Yves Losseau ne sait pourtant pas se démultiplier: “Il y a quelques jours, je suis passé à Gosselies. J’ai rencontré beaucoup de gens dans le besoin. Une grande majorité d’entre eux n’était même pas SDF. C’étaient des quidams qui bénéficient du RIS (NDLR. Revenu d’Intégration Sociale). Les gens doivent toujours payer leurs logements, leurs loyers, leur électricité... J’ai fait la connaissance d’une maman d’un enfant de huit ans. Elle n’avait plus que 13 euros pour finir le mois.”

Règles à suivre

Néanmoins, il concède que la période actuelle n’est pas la plus simple pour suivre son exemple: “Il est obligatoire de respecter les règles de distanciation sociale. Personnellement, je dispose d’une grande camionnette équipée d’une cuisinière. Ce qui me permet de distribuer des repas chauds. Il y a aussi une table à l’intérieur et une espèce de toboggan est déployée pour fournir les plats à distance. Si je n’avais pas cet outil, ce serait plus compliqué. Surtout que la police et la Ville de Charleroi effectuent de nombreux contrôles pour vérifier que tout est en ordre! Il y a peu de temps d'ici, deux personnes s’étaient assises un instant à proximité de ma camionnette. Les policiers m’ont demandé de les faire bouger... Mais sinon quoi? Est-ce qu’ils m’auraient empêché de poursuivre mon action? C’est en tout cas le sentiment que j’ai eu. Pourtant, je ne suis en rien responsable de ces personnes. Ce sont des situations qui ne sont pas normales. La misère, on ne la cache pas. On s’en occupe.”

Investissement

Et puis, ce genre d’initiatives n’exige pas uniquement un investissement en temps. C’est aussi un investissement pécuniaire: “Pour deux journées de distribution et 140 repas, cela coûte 300 euros. Heureusement, il y a des dons. En dix jours, j’ai récolté 700 euros. Et grâce à la venue de François De Brigode et du sujet qui est passé au JT, je pense que plus de 1.500 euros ont dû être versés.”

Des sous qu’il convient d’utiliser à bon escient: “Je fais bien attention à ne distribuer qu’une portion par personne. De par mon expérience, j’ai appris que certains en demandent parfois plus pour des amis. Mais en réalité, c’est pour eux manger davantage. Ce qui prive d’autres personnes de nourriture. J’ai d’ailleurs fait suspendre un panneau qui annonce cette règle à tout le monde. Bien sûr, il m’arrive de faire des exceptions. Si une compagne ou un enfant sont malades et sont incapables de venir, par exemple. Vous savez, c’est comme pour tout. Certains profitent du système. Mais les vrais pauvres ne l’étalent pas au grand jour.”

Reconnaissance

Cependant, si une telle démarche demande un certain engagement, Yves Losseau en tire de la satisfaction: “Avant mon départ pour la Côte d’Ivoire, je prenais part à toutes sortes d’autres actions de ce type. Mais aujourd’hui, je remarque que je reçois beaucoup plus de marques de reconnaissance qu’avant. Je bavarde et je fais connaissance avec certaines personnes. Ils me remercient en me disant que sans nous, ils n’auraient pas à manger. Je ne sais pas pourquoi, mais ils ne sont pas au courant que les Restos du Cœur proposent des colis. C’est donc vers moi qu’ils viennent.”

L’ancien homme de loi et sa camionnette sont présents pour eux chaque samedi à 18h. “Mais je viens souvent une demi-heure plus tôt car certains attendent depuis une heure.” Et chaque dimanche à 15 heures. Sans compter qu’Yves Losseau sera également d’attaque le lundi 1er mai puisque c’est un jour férié. Bon à savoir: il ne fournit pas uniquement des plats préparés, mais aussi toutes sortes d’articles de première nécessité comme du papier toilette.

Dons

Si vous souhaitez soutenir financièrement le projet d’Yves Losseau, il suffit de verser la somme d’argent de votre choix sur ce compte bancaire à son nom: BE41 1030 1264 3010. Avec en communication: repas SDF.

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