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J.R. Storment, Oliver, Jessica et, à droite, Wiley © LinkedIn/J.R.Storment

Au top de sa carrière, il perd brutalement son fils: “Ne travaillez pas trop tard, câlinez vos enfants”

Dans un émouvant message publié sur LinkedIn, un entrepreneur de Portland fait part de son expérience dramatique au monde professionnel. Patron d'une entreprise technologique à succès, l’Américain fait face à une tragédie dans sa vie privée: la perte de son fils de huit ans, Wiley. Ce drame lui a fait prendre conscience de l’importance des choix professionnels que l’on fait et de la place parfois trop envahissante que l’on laisse à son travail. 

J.R. Storment regrette aujourd’hui amèrement d’avoir donné la priorité à sa carrière plutôt qu’à sa famille. Et d’avoir par conséquent accordé trop peu de temps à son petit garçon, Wiley. En ouvrant son coeur et sa vie privée au réseau social professionnel, il a voulu avertir ses semblables et leur éviter de commettre la même erreur irréparable que lui. Son post intitulé “Il est plus tard que vous n’imaginez” est devenu viral.

“Ce que j’aurais dû faire et ce que je ne le verrai jamais faire”

Des remords et de la honte. Voilà les sentiments avec lesquels le chef d’entreprise campe depuis plusieurs semaines alors qu’il doit commencer le deuil de son enfant. Il réalise que son succès professionnel éclair, via l’entreprise Cloudability qu'il a fondée en 2011 alors que ses jumeaux Wiley et Oliver venaient de naître, l’a privé de bien des facettes de son rôle de père. Wiley, huit ans, est inopinément décédé d’une crise d’épilepsie en pleine nuit il y a trois semaines. Un choc immense pour le père de famille, dont le monde et les certitudes se sont effondrés. “Les trois dernières semaines ont été un flux sans fin de regrets dans mon esprit”, écrit-il. “Ces regrets se rangent dans deux catégories: les choses que j’aurais voulu faire autrement et les choses que je ne l’aurai jamais vu faire”.

Il explique comment il a appris la mort de son fils. “Il y a trois semaines, après avoir quitté la maison à l’aube pour me rendre à une série de réunions et quelques minutes après avoir admis devant mes collègues que je n’avais pas pris une vraie semaine de vacances en huit ans, j’ai reçu un appel de ma femme en plein meeting. Nous avons un accord: que l’un de nous appelle, l’autre doit absolument décrocher. Quand j’ai vu son nom s’afficher, j’ai quitté la pièce immédiatement. “Hey, qu’est-ce qu’il se passe? - J.R., Wiley est mort. - Quoi? ai-je répondu sans y croire. - Wiley est mort, a-t-elle répété. - Quoi? Non!, ai-je hurlé. Non!. - Je suis désolée, je dois appeler les secours”. Voilà l’intégralité de notre conversation. J’ai foncé dehors, mais n’avait pas de quoi ouvrir le garage. Je suis rentré dans le bureau en hurlant “Que quelqu’un me conduise! Conduisez-moi”. Un collègue s’est exécuté. 

La dispute de la veille, le bisou pas donné le matin

Il raconte la dispute née d’une broutille et la réconciliation avec son fils le soir avant son décès, les câlins avant qu’il ne s’endorme et l’attente sans pouvoir voir Wiley dans sa chambre après sa mort, parce que lorsqu’un enfant meurt inopinément de la sorte, les lieux sont considérés comme une scène de crime potentielle aux États-Unis. Il raconte comment il a perdu pied et comment il a commencé à être hanté par les regrets. En effet, le matin où il a appris la mort de son fils, J.R. Storment était pressé et préoccupé par son travail. “Aucun de ces rendez-vous professionnels ne me semble important aujourd’hui, mais ce matin-là, après plusieurs appels de travail de la maison, j’ai quitté mon domicile sans aller embrasser les garçons ni voir s’ils dormaient bien”, se reproche-t-il. Wiley était mort durant la nuit et c’est sa mère qui l’a retrouvé inanimé après avoir cru à une grasse matinée.

“On me demande souvent en ce moment: Que peut-on faire pour aider?  Serrez vos enfants contre vous. Ne travaillez pas trop tard le soir. Bien des choses auxquelles vous passez probablement votre temps maintenant et que vous regretterez lorsqu’il sera trop tard. Je présume que vous avez vous aussi dans votre agenda un nombre incalculable de réunions prévues avec les gens avec qui vous travaillez. En faites-vous autant avec vos enfants? S’il y a une seule leçon à retenir de tout ceci, c’est que je dois rappeler aux autres (et à moi-même) de ne pas rater les choses qui comptent. Je ne suis pas encore retourner travailler. Alors si vous m’avez envoyé un mail ou laissé un message, je n’ai probablement pas répondu. Et quand je serai de retour, il se pourrait que je proclame la faillite de ma boîte mail”, écrit-il sur LinkedIn.

“J’espère que par notre tragédie, vous reverrez vos priorités”

“La grande question est de savoir comment retourner travailler sans me laisser à nouveau un jour avec les mêmes regrets qu’aujourd’hui. Pour être honnête, j’ai envisagé ne plus jamais travailler”. Sur l’amour qu’il portait à sa carrière: “À mon sens, il est important de voir ce que notre travail nous fait gagner, comment il nous fait évoluer et ce qu’il nous permet d’offrir à notre tour. Mais ce job doit préserver un certain équilibre que je n’ai quasi jamais connu. L’équilibre qui nous permet d’apporter quelque chose au monde mais pas au détriment de soi ou de sa famille”.  

Il dresse aussi la liste de tout ce qu’il regrette d’avoir refusé à Wiley: du temps sur ses genoux quand il travaillait, du temps de jeu tous les deux, lui avoir trop souvent dit ‘non’ à cause du travail, et de manière plus générale, d’avoir reporté des choses et des projets en famille qu’il est désormais trop tard pour faire tous les quatre. “De ses cendres sont (re)nées des connexions humaines. Merci pour avoir été l’une des miennes. Et j’espère que de par notre tragédie, vous envisagerez de revoir vos propres priorités”.