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Ce fou rire de Louise Bourgoin a coûté cher

InterviewLouise Bourgoin est une actrice qui a du chien. On l’a découverte annonçant la pluie et le beau temps sur Canal Plus et très peu, ensuite, ont fait aussi drôle qu’elle. Doria Tillier, peut-être... Depuis ses aventures météorologiques, Louise a fait du chemin. Elle qui foulait le tapis rouge en tant que Miss Météo à l’époque, transformant le moment en vraie prestation théâtrale, l’arpente désormais de façon plus traditionnelle. Pour défendre un film, comme ce fut le cas en 2015 pour “Je suis un soldat”, ou en tant qu’égérie de la marque L’Oréal Paris, comme cette année.

Le cinéma et la beauté sont intimement liés. La preuve? Vous aviez coupé vos cheveux pour “Je suis un soldat” et tout le monde ne vous parlait que de ça...

C’est le cas pour toutes les femmes qui se coupent les cheveux. Je vois la pauvre Chris de Christine and the Queens, on lui a posé beaucoup de questions à ce sujet. Ce n’est pas un geste anodin de couper ses cheveux courts pour une femme. Pour beaucoup de gens, c’est un acte qui symbolise une forme d’affranchissement, de rébellion, étrangement, on n’a pas posé ce genre de questions à Jean Seberg dans le film de Godard. Il y a quelque chose de plus archétypal dans ce qu’on attend du féminin et du masculin aujourd’hui. Ce n’est pas normal.

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Louise Bourgoin à Cannes en 2015 pour le film "Je suis un soldat". © DR

Vous trouvez ça réducteur? Au lieu de s’affranchir de tout ça avec le temps, on y revient sans cesse à cette définition de la féminité qui passerait par les cheveux longs...

Je trouve étrange qu’en 2019, les cheveux courts soient toujours un sujet. Mais ça l’est. Quand je lis un script et que la femme a les cheveux courts, c’est souvent qu’elle a vécu un traumatisme grave ou qu’elle préfère les femmes. Ce n’est jamais une coupe normale, sans incidence.

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J’ai trouvé la solution pour être un peu détendue: je mets des robes faciles. Je ne mets pas de robes qui donnent de complexes.

Louise Bourgoin

Vous aviez dit à l’époque que les cheveux courts, ça collait mieux à votre caractère, franc et direct...

Si je n’étais pas actrice, je porterais les cheveux courts parce que je trouve ça beaucoup plus pratique. Je ne trouve pas ça moins féminin. En plus, ça allège la silhouette, ça fait des tenues moins mièvres, ça donne beaucoup de modernité à n’importe quelle tenue. Ca permet d’avoir un vestiaire moderne même si on a des vêtements classiques. Malheureusement, les réalisateurs ont très peu d’imagination et pour eux, les femmes veulent avoir les cheveux longs. Pour le travail, je les garde longs mais je trouve ça très encombrant.

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Louise à Cannes cette année. © Photo News

L’année passée, j’avais assisté à un workshop chez L’Oréal pour parler du slogan. Parce que oui, c’est une marque de cosmétiques mais il y a une réelle envie de faire passer un message. C’est ça que vous aimez chez eux?

Il y a une vraie volonté d’empowerment de la marque. Le maquillage, c’est fun et c’est un vrai outil d’émancipation aujourd’hui. Autrefois, ça pouvait être considéré comme un carcan, une pression sociale alors qu’aujourd’hui, c’est quelque chose qui permet au contraire plutôt de s’affranchir et de s’émanciper.

Ca fait partie des raisons pour lesquelles vous avez accepté de devenir égérie?

Exactement. Et puis les temps ont changé, c’est important pour une actrice d’être soutenue par une marque. Ce n’est plus du tout comme il y a vingt ans comme une sorte de chose honteuse qu’on cache. C’est au contraire un soutien pour faire les bons choix de films en parallèle. Des films peu ou pas payés, parce que les films d’auteurs ont de plus en plus de mal à se monter. C’est important d’être soutenue par une marque pour garder sa liberté et avoir un maximum de visibilité à travers le monde pour parler de ses projets.

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Vous dites souvent que le cinéma populaire n’a rien d’honteux, qu’il vaut mieux être vue largement plutôt que de faire en permanence un cinéma réservé aux initiés. C’est un peu ça avec L’Oréal: c’est une marque grand public.

C’était important d’incarner une marque qui s’adresse à toutes les femmes, de tous les âges. Il y a une femme sur deux qui a plus de 50 ans et elle est représentée à 15% dans les médias. Il y a une vraie volonté de la part de L’Oréal de choisir des égéries singulières, matures, qui ont un certain âge, une certaine expérience. Il y a une proximité, une sincérité, un naturel, une spontanéité qui est recherchée par la marque qui me convient tout à fait. Je n’aimerais pas du tout incarner une marque de luxe avec des prix obscènes et des sacs à main à 3500 euros. Ca créerait une distance qui ne me correspond pas du tout. J’aime que ça soit une marque démocratique, accessible à toutes, avec des prix autour de 10 euros.

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Je n’aimerais pas du tout incarner une marque de luxe avec des prix obscènes et des sacs à main à 3500 euros. Ca créerait une distance qui ne me correspond pas du tout.

Louise Bourgoin

Et dans le cinéma alors? Plutôt films d’auteurs ou films populaires?

Il y a de très bons films populaires. Parfois on aime un script et puis on est déçu parce que ce n’est pas réalisé comme on l’aurait souhaité. Il y a des films d’auteur mauvais et d’autres qui gagneraient à être vus par plus de monde. Pareil pour les films populaires. Pour mener une carrière à bien, il faut essayer de slalomer entre ces deux mondes. Il y a un vrai cinéma d’auteur et artistique et un autre dit de divertissement qui est intéressant. Mais pour moi ce sont deux métiers différents. Il faut savoir faire les deux. Si on ne fait que des films vus à 10.000 ou 20.000 personnes, on ne reste pas.

Quel type de cinéma est le plus simple pour vous?

J’ai eu beaucoup de plaisir à tourner avec Arnaud Ducret dans une vraie comédie mais c’est un autre métier que d’habiter un personnage comme celui de Sandrine dans “Je suis un soldat”. Là, c’est un petit film, tourné en trente jours, c’est une économie de moyens. La tension n’est pas la même sur le plateau. Il n’y a pas de budget, il n’y a pas de temps à perdre. Une fois, j’avais eu une crise de fou rire et le réalisateur était effrayé parce que le temps coûtait très cher. J’avais arrêté de rire très vite. On se changeait derrière des voitures. J’aime les deux. En France, c’est un peu con mais entre 2011 et 2016, j’avais fait beaucoup de films d’auteurs et moins de comédie et j’avais des ouï-dire qui disaient que Louise Bourgoin ne voulait pas faire de comédie. Comme si c’était une position alors que pas du tout, j’attendais d’en faire une qui me plaise. Je n’ai pas d’a priori.

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En télé, on peut vous voir dans “Hippocrate”. Parlez-moi un peu de ce qui est votre première série...

J’ai fait un casting parmi d’autres actrices, j’ai eu la chance d’avoir le rôle. C’est un très beau rôle, peut-être l’un des plus beaux, qu’on m’a offert. J’ai toujours eu envie de travailler un personnage sur la durée. On peut approfondir les choses. On lit un personnage sur 400 pages et pas 100. On a beaucoup plus d’empathie pour lui, on peut le cerner psychologiquement, il est plus détaillé. Il vous apparait plus facilement. Le travail est prémâché, c’est plus facile pour un acteur.

Vous arrivez à lâcher le personnage en rentrant chez vous quand un tournage dure aussi longtemps?

Je n’ai pas réussi. En plus, on n’a pas les mêmes vies: Chloé n’a pas d’enfant. Mais j’ai arrêté d’essayer: je n’ai pas eu envie d’en sortir. Ce sont des horaires intenses. De 5h30 à 22h tous les jours, on ne fait que ça. L’avantage, c’est qu’on a des vraies pauses.

Le cinéma, finalement, c’est quelque chose d’intime: vous construisez le personnage seule, avec vos propres références. Et là, à Cannes, on vous demande de sortir de ça et d’aller parader sur le tapis rouge. Vous vivez ça comment?

J’ai trouvé la solution pour être un peu détendue: je mets des robes faciles. Je ne mets pas de robes qui donnent de complexes. Du coup c’est agréable. Je vois des films en avant-première, je suis contente. C’est plutôt un plaisir qu’une torture. 

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