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C'est la scène la plus difficile à regarder du film "Scandale".

Cette scène a provoqué l’effroi lorsqu’elle a été tournée, au moins autant qu’elle choque sur grand écran

7sur7 à HollywoodC’est une scène qui glace le sang. Nous l’avons analysée avec les différents protagonistes du film, lors de notre rencontre à Los Angeles. Dans le film “Scandale”, au cinéma mercredi, Kayla, jeune journaliste de Fox News jouée par Margot Robbie, décroche un entretien avec le patron de l’entreprise, Roger Ailes. Elle entre dans le bureau confiante, prête à lui exposer ses ambitions. La discussion professionnelle change de ton rapidement. Roger Ailes ne la jugera que sur une seule chose: la longueur et la beauté de ses jambes. 

“Scandale” raconte l’histoire vraie de la chute du patron de Fox News, après plusieurs accusations de harcèlement sexuel. Il avait une habitude avec les femmes qu’il employait: il les obligeait à soulever leur jupe et à faire une pirouette afin d’admirer la marchandise. Sur le visage de Margot Robbie, qui relève sa jupe si haut qu’elle dévoile ses sous-vêtements, on lit l’horreur, la gêne et la peur aussi. La scène, pourtant assez silencieuse, ne dure que quelques minutes mais fait basculer le film dans une autre dimension. Roger Ailes a pris le pouvoir, l’employée a perdu sa dignité.

Sur le plateau, les hommes ont compris

Charles Randolph, l’un des producteurs du film avec Charlize Theron, nous expliquait récemment à Beverly Hills que cette scène avait provoqué l’effroi sur le plateau de tournage. “Je pense que les hommes ne comprennent pas à quel point ces expériences peuvent être dévastatrices, à quel point elles peuvent changer et compliquer la vie d’une femme. Quand on l’a filmée, ce fut une journée éprouvante. Jay Roach, le réalisateur, moi et je pense la plupart des hommes de l’équipe, on a vu dans les yeux des femmes qui étaient présentes sur le plateau à quel point ce type d'événement pouvait être dévastateur. Elles étaient bouleversées.”

John Lithgow, génial interprète de Winston Churchill dans la série “The Crown” et qui joue Roger Ailes dans “Scandale”, nous expliquait: “C’est l’une des scènes les plus difficiles à regarder mais c’est aussi celle qui était la plus difficile à jouer. C’était très perturbant. Mais nous savions que le film dépendait de cette scène. Nous savions que ça allait tordre les tripes du public. Margot est une superbe actrice, elle est très intelligente. Nous n’avons répété qu’une vingtaine de minutes. Trois semaines avant de tourner cette scène, elle était sur “Once upon a time in Hollywood”. Elle faisait des allers-retours pour être partout où elle devait être. On n’a lu la scène qu’une fois ou deux mais on en a surtout parlé. On se faisait confiance. Vous savez... C’est drôle de jouer la comédie. On peut faire une scène terrible, terrifiante, effrayante ou une scène drôle ou mélancolique. Si la scène est bien, vous êtes exaltés. C’était le cas. C’était dérangeant mais nous étions exaltés à la fin. Quand elle quitte le bureau, vous voyez sur son visage qu’elle a perdu son innocence et qu’elle ne sait même pas comment c’est arrivé.”

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John Lithgow dans le rôle de Roger Ailes. © DR

De sympathique et avenant à prédateur en quelques minutes

John Lithgow analyse les attitudes de Roger Ailes. “Ce n’était pas seulement un prédateur à ce moment-là. Il y a aussi une certaine vulnérabilité. Dans la première moitié de la scène, Roger est charmant, encourageant. C’est un excellent mentor, séduisant, il parle de l’entreprise, il pose des questions sur sa famille. Et puis, il dit: Lève-toi et tourne. Et là, la scène devient effrayante. Le changement est rapide.”

Kayla est le seul personnage féminin fictionnel du film. Il a été inspiré par différentes expériences rapportées par plusieurs femmes travaillant chez Fox News. Dans la scène dramatique dont il est question ici, Roger Ailes est assis dans le fauteuil tandis que Kayla est debout. Elle pourrait quitter la pièce au lieu d’exécuter les fantasmes de son patron. “Kayla ne se lève pas pour partir parce qu’elle ne comprend pas tout de suite que c’est du harcèlement sexuel”, nous raconte Margot Robbie. “Roger Ailes était malin, il les poussait, petit à petit, pour les mettre à l’aise, puis il reculait. Et la fois d’après, il poussait encore plus loin.”

“C’est ce qui s’est passé. Je pense que c’est difficile pour elle de définir les choses. Elle essaie de trouver des justifications. Elle compartimente. Elle se retrouve du coup à nouveau dans cette situation. Et ça empire, ça empire. Il y a tellement d’histoire sur ces tactiques. La victime ne se rend pas compte tout de suite qu’elle est piégée, elle se sent complice de ce qui lui est arrivé. Et on monte les femmes les unes contre les autres, en prenant des carrières en otage. Ça devient tout simplement impossible pour elles de se lever et de partir.”

Margot Robbie estime que c’est la première fois à l’écran qu’on montre le harcèlement sexuel dans toutes ses nuances. “Ce n’est pas une histoire de victimisation. C’est bien plus compliqué que ça.”