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Comment peut-on en arriver là alors qu’on s’est tant aimés?

Critique cinémaIl est réalisateur au théâtre, il sait ce qu’il veut, il aime des choses que personne n’aime vraiment comme être réveillé au plein milieu de la nuit par son enfant. Elle est actrice, elle adore jouer avec son fils, elle ne met jamais personne mal à l’aise. Charlie a sous les yeux la longue liste des choses que Nicole aime chez lui. Nicole tient dans les mains la liste des choses qu’il aime chez elle. Parce que dans une séparation, il est toujours bon de se rappeler des sentiments qu’on a eus pour l’un pour l’autre. Ça permet d’éviter une guerre sans merci.

Quand on les rencontre, Charlie et Nicole sont déjà séparés. On comprend qu’ils se sont aimés très fort. De cet amour est né un petit garçon, âgé aujourd’hui de 8 ans. On sent que la rupture fut lente: c’est une accumulation de griefs, de reproches, d’insatisfactions. Au début, Charlie et Nicole sont d’accord pour ne pas faire intervenir d’avocats. Ils pensent qu’ils arriveront à s'arranger, à trouver des compromis. Beaucoup le croient, au départ... Mais quand Nicole quitte New York pour Los Angeles parce qu’elle vient d’être engagée pour tourner une série télévisée et qu’elle emmène leur petit garçon avec elle, forçant Charlie à s’adapter à cette vie qu’il n’a pas choisie, les choses dégénèrent.

Nicole prend une avocate réputée pour se faire entendre et Charlie est bien obligé de s’aligner. Très vite, ils se retrouvent coincés dans un système qui les dépasse. Ils ont beau répéter que leur divorce se fait à l’amiable, leurs avocats ne les écoutent pas et même une guerre absurde en leur nom. Le film de Noah Baumbach s’inspire de son divorce avec Jennifer Jason Leigh et l’avocate de Nicole, la toujours incroyable Laura Dern, ressemble à s’y méprendre à l’avocate que Jennifer avait engagée à l’époque: Laura Wasser, l’avocate des stars qui s’est occupée des divorces d’Angelina Jolie, de Jennifer Garner ou de Britney Spears.

“Marriage Story” nous rappelle brutalement que les sentiments n’ont pas leur place dans un divorce. Peu importe pourquoi, combien de temps et avec quelle intensité on s’est aimé, la rupture est un business. C’est ce qui surprend le plus dans ce film: tout est froid, calculé, méthodique, stratégique. On partageait tout et on ne partage plus rien. On se cache pour pleurer et on ferme la porte derrière soi. C’est dur mais c’est une réalité qu’on voit assez peu au cinéma.

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Dans la salle, les larmes dévalent sur les joues quand Adam Driver s’effondre, enfin, pris de sanglots incontrôlables après une dispute amère, vicieuse, injuste, de près de dix minutes avec la mère de son fils. Ils sont sonnés par tout ce qu’ils viennent de s’envoyer à la figure, par l’idée qu’on puisse en arriver là alors qu’on s’aimait vraiment. Il y a de l’étonnement dans leurs yeux. Le choc. L’abnégation, enfin. Ça sonne tellement vrai que ça replonge quiconque ayant déjà vécu une rupture douloureuse dans des souvenirs qu’on passe notre vie à essayer d’oublier. On pleure encore quand il chante “Being Alive” de Stephen Sondheim, seul au micro.

“Marriage Story” est un film aussi drôle que tragique. C’est la vie dans toute sa complexité, l’amour et ses contradictions, ses hauts, ses bas, ses combats, ses ratés. C’est beau, c’est au cinéma aujourd’hui et ça sera sur Netflix le 6 décembre.

  1. Comment ces dix dernières années ont révolutionné le cinéma

    Comment ces dix dernières années ont révolution­né le cinéma

    Avant, lorsque l’on voulait voir un film, il suffisait d’aller au cinéma. On y voyait pendant une heure et demi des acteurs jouer leur texte, selon une mise en scène méticuleusement construite. Désormais, il est possible que le décor soit entièrement composé à l’ordinateur, peut-être même aussi les acteurs. Et surtout, le dernier film hollywoodien à gros budget est disponible sur la télé de notre salon.