Plein écran
Christian Delorme © Capture d'écran

De la marche contre le racisme à Plus Belle La Vie

Christian Delorme est prêtre. Il fut l'un des initiateurs de la marche contre le racisme et pour l'égalité de 1983. Son rôle dans le film "La marche", qui s'inspire de cet événement largement médiatisé à l'époque, est joué par Olivier Gourmet. Mais vous aurez bientôt l'occasion de voir celui qu'on appelait le curé des Minguettes à l'écran: il jouera son propre rôle dans "Plus Belle La Vie". Il viendra aider Karim Fedala a ne pas venger son fils, Abdel, victime d'une agression raciste. "Je suis toujours impliqué dans des combats pour le respect et l'égalité. Je sais à quel point c'est toujours un combat", regrette l'homme de foi.

"Ce qui me réjouit et à la fois m'interroge, c'est le fait que trente ans après, on constate qu'il y a eu un événement qui a eu un impact dans l'histoire de la France, qui a représenté un tournant dans la société française et on a besoin d'y revenir. D'un côté, c'est gratifiant parce qu'on a vécu quelque chose qui a une dimension historique. De l'autre, ça inquiète parce que si on revient à cet événement, ça veut dire qu'on a loupé quelque chose. Ces jeunes qui sont partis du quartier des Minguettes, dans la banlieue lyonnaise, ont tendu la main à la société française. Et la société française n'a pas su la prendre. Nous avons été reçus par le Président de la République mais ça n'a pas été relayé à d'autre échelons."

Plein écran
Christian Delorme en 1983. © Capture d'écran

Le racisme semble prendre une place plus importante, plus violente aujourd'hui. Comment expliquez-vous cela?
Il y a une libération de la parole raciste. Les populistes gagnent en audience. En période de crise, c'est régulier, les gens se vivent concurrents les uns par rapport aux autres. Ils ont peur d'être dégradés. C'est un phénomène psychologique: ils ont besoin de dégrader d'autres gens pour ne pas se retrouver en bas de l'échelle. On observe ça partout. Il faut comprendre ce qui se passe pour soigner la maladie de la société. Mais je reste confiant: la société bouge. Si je compare à 1983, je constate qu'il y a une grosse classe moyenne issue de l'immigration. Il y a des choses qui avancent dans le bon sens quand même.

Comment avez-vous réagi quand vous avez vu le film "La Marche"?
J'ai été très heureusement surpris. Je savais que ce n'était pas une reconstitution historique mais plutôt une évocation. Je suis venu très ouvert à ce que j'allais voir. J'ai été surpris parce que le film est beaucoup plus proche de la réalité qu'il ne le pensait. Les relations entre les marcheurs étaient formidablement bien rendues. Je retrouvais des scènes que j'avais vues. Le fait que la plupart des acteurs, le réalisateur sont issus de cette immigration coloniale fait que ça ne sonne pas faux. Quand on leur pose la question à ces jeunes acteurs, ils le disent: "Mais c'est ma vie".