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Des premiers pas au cinéma très convaincants: c'est l'effet papillon

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C'est toujours délicat de passer de la musique au cinéma, ou l'inverse, en tout cas d'un domaine à l'autre. On avait donc peur que Bénabar se plante en beauté dans Incognito, film d'Eric Lavaine. Et en fait, pas du tout! Bénabar se révèle être bon acteur dans cette comédie sympathique, emmenée en beauté par un Franck Dubosc au top de sa forme et un Jocelyn Quivrin halluciné.

Passées les premières minutes où on ne peut s'empêcher de voir le chanteur, même sous les cheveux noirs de son personnage, le jeu de Bénabar prend de l'aisance, et on se surprend à rire franchement des gags et quiproquos qui s'enchaînent sans discontinuer.

Le pitch est le suivant: Lucas (Bénabar), chanteur, connait un vrai succès populaire grâce à des chansons écrite par un ami (Jocelyn Quivrin), malheureusement décédé. C'est du moins ce qu'il croyait... jusqu'à ce qu'il tombe nez-à-nez avec lui. Plutôt que de lui avouer immédiatement la supercherie, il a la brillante idée de demander à Francis (Franck Dubosc), mime raté avec lequel il vit depuis dix ans, qui passe ses journées à jouer à la Wii cul nul et à s'inventer des histoires, de prendre sa place. Le but de Lucas: passer incognito pendant les trois jours à venir.

On pourrait penser que Bénabar a choisi la facilité en acceptant de jouer un chanteur mais le personnage qu'il interprète est très différent de ce qu'il est réellement. En gros, autant Lucas est un peu mégalo (il affiche sur les murs de son appart les preuves de sa réussite) et joue un peu à la rock star, autant Bénabar est un mec simple, agréable et humble. Preuve en est avec cette interview, qu'il nous a accordée hier soir, alors qu'il était de passage à Bruxelles pour l'avant-première du film.

Comment vous trouvez-vous dans le film?
J'ai renoncé à avoir un avis. Je pense que je suis vraiment débutant avec toutes les maladresses et les approximations que ca comporte. J'ai encore beaucoup de travail si je veux faire acteur compétent. Je trouve que le film fonctionne. Evidemment, j'ai un petit pincement d'horreur dès que je me vois à l'écran. J'ai l'impression que je porte le film à moi tout seul. Je sais que ce n'est pas tout à fait vrai. J'ai renconcé à avoir un avis objectif. C'est très fiévreux quand je me vois à l'écran.

L'envie d'être un acteur compétent, elle est là?
Pourquoi pas? Mais j'évite de me projeter. Ce n'est pas une coquetterie, c'est de la superstition. On ne sait jamais de quoi demain sera fait, et particulièrement au cinéma. Il faut vraiment qu'il y ait un réalisateur qui ait envie de te faire travailler. Je ne me pose pas trop de questions. Il y a des choses qui m'intéressent mais je ne vais pas mourir si on ne me propose plus rien. Ca fait partie du jeu. Je sais que c'est une opportunité inouïe d'avoir eu un rôle, j'essaie déjà de m'en réjouir.

C'est plus facile de jouer un chanteur quand on en est vraiment un? Ou au contraire, c'est plus compliqué?
A mon avis ça doit être quelque part au milieu. C'est plus facile, en tout cas plus rassurant. Parce qu'aux yeux du public je suis déjà chanteur et donc une partie du personnage est déjà avancée. Mais en même temps, il fallait faire attention à ce que je ne sois pas ce
que je sois dans la vie. Il y avait à la fois construire un personnage, ce qui est le boulot normal d'un acteur. Et en même temps, en retirer un autre, c'est-à-dire mon personnage de Bénabar qui n'est déjà pas moi. Il fallait trouver la bonne place. Je n'ai pas de vision ou d'analyse réelle sur le tournage ou sur le métier d'acteur. C'est quelque chose de très confus.

Comment vous sentiez-vous lors du tournage? Pas trop angoissé?
Non, j'avais déjà résolu ça avant. A savoir si j'étais légitime ou pas. C'est un faux problème. Si tu acceptes un truc, tu dois te trouver légitime sinon c'est un manque de respect par rapport au réal et vis-à-vis du public. J'avais déjà réglé ce truc-là. Mais il y avait un peu l'angoisse de ne pas être au niveau. Même si le tournage s'est passé dans de très bonnes conditions... on a vraiment beaucoup rigolé. Il y avait un côté copain, chaleureux. Mais comparé aux talents de Franck et Jocelyn, qui sont et je ne dis pas ça pour attirer une réponse, des supers acteurs, j'espérais juste ne pas planter toute l'affaire, ne pas être le maillon faible.

Vous êtes au cinéma, en tournée, vous vous apprêtez à être papa pour la deuxième fois... Ce n'est pas un peu étourdissant tout ça?
Pas vraiment. Je prends ça avec du recul. La tournée, ça fait garder les pieds sur terre. Le cinéma pourrait être étourdissant. Hier, on a fait du jet pour aller d'un endroit à un autre. Ce sont des trucs de cinéma, un peu spectaculaire. Une tournée, tu es dans un bus avec des musiciens, tu es dans une loges, tu as un contact immédiat avec le public. Même si les gens sont bienveillants, si tu es très mauvais, tu vas le ressentir. Il y a quelque chose de très physique et terre-à-terre dans une tournée. Ca permet de garder les pieds sur terre.

Vous avez tourné Incognito en Belgique. C'était plus cool qu'être en France?
Ce qui est cool c'est que tu ne rentres pas chez toi le soir. C'est comme tournée. C'est bien. Tu te consacres à fond à un truc. Tu n'as pas tes histoires de factures... Ca peut être des détails mais je trouve ça vraiment plus confortable. Après Bruxelles, j'ai un attachement particulier à cette ville. J'y ai vécu, j'étais touché de tourner ici.

Lucas expose ses disques d'or dans son appartement. Comme vous?
(Il rigole.) Ah oui, complètement... Non, je suis vraiment à l'opposé de ça. Tout est rangé, un peu trop d'ailleurs, ça cache peut-être quelque chose, une espèce de refoulement bizarre. Tout est rangé dans un placard. J'ai un petit garçon de cinq ans, je ne veux pas qu'il voit les trophées de son père partout, c'est vraiment castrateur.

Tout a l'air de formidablement bien se passer bien pour vous, pour le moment. Que peut-on vous souhaiter de plus?
Ca se passe très bien, oui. Je touche du bois (il tend sa main vers la table devant nous). Je suis un privilégié, j'en suis conscient.

Déborah Laurent