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Emilia Clarke: “Je pense à la mort dès que j’ai mal à la tête mais je n’ai plus peur”

7sur7 à HollywoodElle parle fort et rit beaucoup. Emilia Clarke est étonnamment expressive. L’actrice n’a rien à voir avec le rôle qui l’a révélée, celui de la mère des dragons dans “Game of Thrones”. “J’ai dû faire l’actrice très, très fort pour incarner Kaleesi”, nous disait-elle récemment à New York en ponctuant sa phrase d’un éclat de rire franc. “Game of Thrones” terminé, les acteurs doivent désormais opérer un tournant délicat. Ils doivent montrer qu’ils savent jouer autre chose que le personnage qui leur a permis d’accéder à la notoriété. “Personne n’a envie d’être hanté par un scénario”, note Emilia. C’est notamment pour ça qu’elle a accepté le rôle de Kate dans le film “Last Christmas”. 

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Comme son nom l’indique, il s'agit d’un film de Noël porté par la chanson du même nom, signée Wham!, qu’on nous rabâche depuis qu’elle existe, chaque année, en période de fêtes. Kate est très douée pour anesthésier ses sentiments. Elle évite avec précaution et beaucoup d’alcool tout ce qui s’apparente à une émotion depuis qu’elle a frôlé la mort à la suite d’un problème de santé. Kate est paumée et Emilia Clarke la comprend. “Je connais ce sentiment. Quand j’ai quitté l’école d’art dramatique où j’ai étudié, j’ai cru que ça serait facile, que j’aurais du boulot dans mon domaine même si ce n’était pas le job de ma vie. Mais à la place, j’étais soit sans emploi, soit je faisais des jobs alimentaires en espérant un job d’actrice. C’était effrayant et perturbant. Tu veux embrasser ton destin mais tu ne peux pas parce que ça ne dépend pas de toi.”

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Elle ne savait plus à quel saint se vouer quand Game of Thrones est arrivé. “J’ai été très chanceuse. Mais aujourd’hui, soyons honnête, vous ne me verrez plus jouer avec des dragons”, se marre-t-elle, aspirant à autre chose. “Je ne veux pas dire que je cherchais à faire quelque chose de complètement différent parce que ça pourrait vouloir dire que je n’ai pas passé un bon moment sur cette série, ce qui est totalement faux. Mais j’ai envie de m’élever en tant qu’actrice. C’est moins pour les gens qui voient mon travail, c’est plus pour moi que je le fais. Sinon tu t’ennuies à toujours faire la même chose. Et tu ennuies les gens qui, quand ils te voient, se disent: Ah oui, même personnage, encore une fois…”

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Dans le film, Kate a été opérée du cœur. Dans la réalité, Emilia Clarke a été opérée, par deux fois, du cerveau. Elle avait 24 ans quand elle a fait un anévrisme. Elle venait de tourner la première saison de “Game of Thrones” quand elle a été terrassée. Elle a failli mourir. “C’était le choc. C’est quelque chose que j’ai en commun avec Kate. Le concept de mortalité, c’est un concept trop grand pour que vous puissiez le comprendre quand vous êtes si jeune. La vie et la mort, le truc sur lequel on peut tous philosopher jusqu’au jour de notre mort… C’était bien trop grand pour l’accepter. Je comprends ce qu’elle ressent. Les gens s’attendent à ce que vous soyez juste heureuse d’avoir échappé à la mort mais c’est plus compliqué que ça. Quand vous avez traversé ça, vous vous sentez perdue, seule, confuse, effrayée. Vous vous sentez terrifiée.”

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“J’ai failli mourir mais je ne l’ai pas dit, j’avais trop peur de me faire virer”

Aussi étrange que cela puisse paraître, Game of Thrones lui a probablement sauvé la vie. “Je me suis battue de façon inconsidérée pour Game of Thrones. Je rêvais d’être actrice depuis mes 3 ans, je l’étais enfin et je risquais de tout perdre. C’était hors de question! J’étais convaincue que j’allais m’en sortir. Il ne pouvait pas en être autrement Je travaillais sur la série et je n’arrivais pas à croire en ma chance. Quand je suis tombée malade, je me disait : Sérieusement? Je suis malade MAINTENANT? Je ne l’ai pas dit à HBO”, nous confie-t-elle en rigolant. “Ça peut sembler drôle mais ça ne l’était pas. Je ne l’ai dit à HBO que quand j’ai appris que mon personnage allait mourir. Dix jours avant que ça arrive. Notamment parce que j’avais peur de me faire virer avant l’heure.”

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Elle raconte : “Je n’ai rien dit à personne à l’époque mais j’ai passé quatre à cinq semaines à l’hôpital. J’ai profité d’un break et puis je suis retournée bosser. J’étais trop jeune pour accepter ce qui pouvait se passer. J’étais jeune et, je sais que je le suis encore, mais à l’époque, les choses étaient différentes. Les premiers rôles féminins comme le mien n’étaient pas si communs. J’étais convaincue que s’ils apprenaient que j’étais malade, ils me vireraient parce qu’en tant que jeune femme dans l’industrie, c’est ce qu’on m’avait dit. Donc j’ai voulu régler mon problème par moi-même.”

“Je me sens honteuse d'avoir été malade”

Elle a fini par parler de sa tumeur au cerveau dans un article pour le New Yorker.“Je l’ai écrite avec un journaliste. On a eu une session d’écriture de quatre heures et à la fin, j’ai senti que je m’étais délestée d’un poids significatif. Mais quand c’est sorti, j’ai vraiment compris l’ampleur du truc. J’étais là : Ok, je ne vais pas parler aux gens pendant un moment, je vais aller me cacher un peu. Je me sentais et je me sens toujours honteuse de ça. Ce qui est tordu, je ne devrais pas l’être et personne ne devrait être honteux d’être ou d’avoir été malade. Mais ça va me prendre encore un peu de temps pour bien vivre le fait que tout le monde sait que j’ai été malade.”

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“Hollywood rend la maladie trop glamour”

Aujourd’hui, Emilia n’a “plus peur” même si elle “y pense” toujours dès elle a mal à la tête. Elle espère être porteuse d’espoir pour les jeunes qui traversent les mêmes difficultés qu’elle à l’époque. “J’ai perdu mon père il y a trois ans et c’est là que j’ai pensé au concept de mortalité. C’est aussi pour ça que j’ai lancé ma fondation l’année de son décès. Parce que je sais ce que tu ressens, je sais ce que c’est de se remettre d’une maladie. Ça ne se joue pas dans l’année qui suit. Il te faut 2, 3, 4, 5 ans pour t’en remettre parce que ton esprit continue d’essayer de comprendre ce qui t’est tombé dessus. Ça te rend débilitant à moins de faire partie d’un show récompensé d’une multitude de prix pour te pousser à reprendre le travail”, sourit-elle. 

“C’est quelque chose de très étrange et, je ne le souhaite à personne, mais vous devez l’expérimenter pour vraiment comprendre ce que ça fait. Je crois qu’Hollywood rend tout ça trop glamour. La vie est formidable mais c’est bien plus compliqué et perturbant que ça semble l’être au cinéma. En parlant de ce que j’ai traversé, je voulais que les gens, et les jeunes en particulier, à qui ça arrive puissent se dire qu’on peut se remettre totalement d’une hémorragie cérébrale. J’en suis la preuve.”

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