En apnée avant l’explosion finale: première claque pour “Les Misérables”

Vous avez aimé “La Haine”? Vous devriez aimer “Les Misérables” en lice pour la Palme d’Or au Festival de Cannes.

Pour voir plus souvent son fils qui vit avec son ex, Stéphane, flic de Cherbourg, se rapproche de Paris et se fait muter en banlieue. Il débarque au commissariat un jour de grande chaleur et au lendemain d’une belle victoire de l’équipe de France de football. “Il fait chaud, tant mieux, les gens resteront à l’intérieur”, note la patronne. Et puis tout le monde est content: la France a gagné, les gamins devraient être calmes.

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Pour sa première sortie avec ses collègues dans la cité de Montfermeil en Seine-Saint-Denis, Stéphane doit se taire et observer. Ici, tout le monde se connaît. Il y a des codes et des hiérarchies à respecter. On se dévisage et on menace ceux dont on croise la route, dans l’idée de se faire respecter. On se débrouille comme on peut pour garder la tête hors de l’eau. Les filles fument des joints à l’arrêt de bus, les gamins tentent de se faire offrir des hamburgers... Jusqu’au jour où l’apaisement relatif et l’entente fragile s’arrêtent brutalement.

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Au deuxième jour du Festival, “Les Misérables” nous met une bonne claque, de celles qui pourraient réveiller les instances au pouvoir si elles n’étaient pas complètement aveugles. Ladj Ly est prêt à aller montrer son film à l’Elysée dans l’espoir de faire bouger les choses. Le réalisateur de 39 ans connaît son sujet: il a grandi à Montfermeil et il avait filmé les émeutes de 2005 dans les banlieues françaises en qualité, alors, de documentariste. Quinze après, rien n’a vraiment changé et c’est justement ce qui lui a donné envie de faire ce film qui sonne comme un avertissement.

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Ladj Ly se place du côté des policiers, à cran, sur le fil, pour raconter son histoire. Face à eux, les gens ne sont pas forcément anti-flics et ne cherchent pas les ennuis pour le plaisir. C’est la misère du quotidien et l’absence totale de projets d’avenir qui les poussent aux petits délits. On regarde le film comme en apnée tant la tension est vive, jusqu’à l’explosion finale, d’une grande violence. “Ici, la colère, c’est le seul moyen de se faire entendre”, dit-on dans le coin, début du film. 

On se rend compte que les Misérables, c’est tout le monde: les habitants de la cité délabrée et les policiers désoeuvrés qui font ce qu’ils peuvent, et parfois donc n’importe quoi, pour faire respecter leur autorité. “C’est cette multitude de souffrance et de violence”, souligne le comédien Damien Bonnard, interprète de Stéphane.

Pour Ladj Ly, la violence sociale du film fait écho à celle des “gilets jaunes”. Eux aussi, ils sont brimés par la police sans raison valable. “Cela fait six mois que les gilets jaunes sont dans la rue et revendiquent aussi des droits, qu’ils se prennent des coups de flashball. En six mois, aucune solution n’a été apportée, on a envie de dire aux politiques: c’est votre rôle de trouver des solutions”.

Et le vôtre de réfléchir à cette phrase de Victor Hugo: “Mes amis, retenez ceci, il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs.”