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Béatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg dans "Lux Aeterna" © DR

Faites brûler Charlotte Gainsbourg sur le bûcher, qu’on en finisse

En dix ans de Festival de Cannes, c’est la première fois qu’on voit le film présenté en séance de minuit... à minuit. C’est que les nuits sont déjà bien trop courtes, on n’a pas besoin de ça. Mais le nouveau film de Gaspar Noé ayant la politesse de ne durer que 51 minutes, on lui a laissé sa chance. A-t-on bien fait? La réponse est compliquée...

On connaît désormais le cinéma de Gaspar Noé: le viol terrible du film “Irréversible”, l’éjaculation en gros plan de “Love” ou encore la soirée défoncée de “Climax”. On a rangé notre innocence et on ne se rend donc plus à une projection d’un film de Gaspar Noé sans y être mentalement préparé. On avait donc lu le pitch de “Lux Aeterna”: “Béatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg se racontent des histoires de sorcières...”

Effectivement, le film commence avec les deux actrices, dans leurs propres rôles, qui discutent longuement de leurs souvenirs de tournage et de la scène à venir. L’écran est divisé en deux. Béatrice Dalle s’agite et cause sans discontinuer à gauche. Charlotte se marre à droite. On fait pareil: Béatrice Dalle fait mouche avec son style brut de décoffrage et anti-langue de bois. On comprend que Béatrice réalise un film dans lequel Charlotte joue une sorcière. Dans la scène à venir, Charlotte doit être brûlée vive sur un bûcher.

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Béatrice Dalle a trouvé aussi provocateur qu’elle en la personne de Gaspar Noé. Ils s’allument une cigarette alors qu’ils posent devant les photographes. © EPA

Une fois sur la plateau, la tension monte. Béatrice Dalle est aux prises avec un producteur qui lui met la pression et un chef opérateur qui veut qu’elle soit virée. Charlotte Gainsbourg est harcelée par un jeune réalisateur qui veut absolument lui parler de son nouveau projet tandis qu’elle s’inquiète pour sa petite fille qui vient de lui raconter par téléphone un incident qui s’est déroulé à l’école. Les deux jeunes actrices râlent parce qu’elles sont seins nus alors que ce n’était pas prévu dans leur contrat. La tension est à son comble, le ton monte, personne ne s’écoute, tout le monde s’énerve. Le split screen du début sert désormais à montrer toutes les magouilles qui se jouent en coulisses, à suivre les différents protagnistes sur le plateau de tournage.

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Gaspar Noé fait parler les gens en même temps, ça s’agite, ça s’énerve, ça hurle, ça se prend la tête. C’est la cacophonie totale, à l’écran comme dans les oreilles. Il voulait parler, notamment, de l’hystérie qui peut régner sur les plateaux de tournage. On espère quand même pour lui que ça ne dégénère pas à ce point-là à chaque fois... 

Les cinq dernières minutes de cette expérience cinématographique rendraient n’importe quelle personne en pleine santé épileptique. Ou sourde. Les images clignotent, les couleurs vives explosent, s’enchaînent à l’écran à un rythme soutenu. Charlotte Gainsbourg est attachée au bûcher et on aurait bien envie d'aller y bouter le feu, pour épargner nos yeux. 

“Lux Aeterna” n’est pas inintéressant. Gaspar Noé a le mérite de faire des propositions de cinéma. Mais ça ne parlera qu’à ceux qui aiment bien ce cinéma excessif.