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Franck Dubosc dans "All Inclusive" de Fabien Onteniente. © BestImage

Franck Dubosc: "Je n'ai plus envie de plaire à tout le monde"

L'humoriste, acteur et réalisateur français retrouve son complice Fabien Onteniente pour "All Inclusive", une excellente comédie balnéaire, le 13 février au cinéma. Nous l'avons rencontré.

"All Inclusive" est le 5e film que vous écrivez et tournez avec Fabien Onteniente. Le premier "Camping" remonte à bientôt 15 ans. J'avais l'impression que c'était beaucoup plus proche de nous...
Moi aussi. J'ai rencontré ma femme à la sortie de "Camping". C'était il y a 15 ans. C'est pour ça que le maillot de bain commence à être sur la dernière plage cinématographique pour moi. J'ai 55 ans. Je ne sais pas si je vais pouvoir porter le maillot de bain encore longtemps. Dans la vie, oui. Mais au cinéma, faut voir.

Comment parleriez-vous de ce parcours en commun avec Fabien Onteniente depuis "Camping", au cinéma comme dans la vie?
On a plutôt une relation professionnelle. On est copains mais on ne se voit pas dans la vie. Régulièrement, on a envie de remettre le couvert et on se voit. Et entre les deux, on ne se voit plus. Parfois, on se téléphone. Mais c'est plus une relation amicalo-professionnelle.

"Je lui dois mon succès et peut-être que la réciproque est vraie", dites-vous.
Il y a eu "Camping", puis "Disco". On a tous les deux connu le gros succès ensemble. On le sait l'un et l'autre.

Vous incarnez Jean-Paul Cisse, un personnage haut en couleur, un peu caricatural malgré tout.
Aujourd'hui, si je tends sans doute vers des plaisirs différents au cinéma, je dois aussi penser à une partie du public qui a encore envie de rire avec ce style de personnage.

Et vous?
Moi je m'amuse à faire ce genre de personnage. Mais je ne voudrais pas trop en faire. De temps en temps, c'est rigolo. J'ai deux parties de carrière. J'ai aussi celle où j'ai envie de me faire plaisir. Ça ne veut pas dire faire des personnages sérieux mais avec un tout petit peu plus d'émotion comme dans "Tout le monde debout". Il m'a fallu ce film pour que je me rende compte que le public venait aussi quand je me faisais plaisir.

Vous en doutiez avant?
J'en doutais. Et d'ailleurs ça m'a servi pour mon nouveau spectacle que j'ai écrit après "Tout le monde debout" en utilisant la même méthode, me plaire avant de calibrer l'humour. Avec l'âge, je sais que j'ai envie de faire rire différemment, avec plus de vérité. Patrick Chirac, Didier Travolta ou Jean-Paul Cisse sont des personnages en plastique, mais je leur donne mon émotion. Certains ont su aller la chercher, d'autres se sont satisfaits de l'extérieur. Maintenant, j'essaie de faire des personnages où l'intérieur se voit autant que l'extérieur sans avoir besoin de gratter.

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© DR

Jean-Paul Cisse est une sorte d'ange de l'amour presque surréaliste. De quelle manière avez-vous construit ce personnage?
En essayant de m'écarter un peu de Patrick Chirac tout en en gardant l'essence. Patrick Chirac est candide, on a essayé de faire de Jean-Paul Cisse un personnage plus viril, plus brut de décoffrage. Ensuite, on a essayé qu'il ne soit pas trop séducteur, il n'est pas venu pour ça. C'est un personnage énigmatique qui est là pour essayer de resouder les morceaux. Il le fait mal mais c'est un homme plein de solitude.

On assiste aux retrouvailles entre Josiane Balasko et Thierry Lhermitte...
À la base, le choix de les réunir est plutôt un hasard, même si nous avons écrit la scène qui les rassemble façon clin d'œil aux "Bronzés". Fabien a pensé à Josiane pour jouer Lulu, puis il a proposé à Thierry d'être le directeur du club. Et c'est là qu'on s'est dit qu'on devait écrire cette scène qui est très émouvante d'ailleurs.

C'est votre 4e film avec François-Xavier Demaison, dont le vôtre. Vous êtes devenus amis. Qu'est-ce qui vous rassemble?
On avait tourné "Disco" mais c'est "Les têtes de l'emploi" qui nous a rapproché un peu plus. On s'est aussi vu dans l'intimité. Je vois peu d'acteurs en dehors des tournages, deux ou trois, François-Xavier en fait partie. On s'entend bien, c'est quelqu'un d'optimiste. Moi je suis parfois angoissé. Il l'est aussi mais il ne le montre pas. Et il m'amène de la sérénité. Il est positif et j'aime ça. Et on a toujours des choses à se dire.

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Josiane Balasako et Thierry Lhermitte dans "All Inclusive". © BestImage

"Ma femme et mes enfants m'ont appris à m'aimer moi-même"

2018 a été marquée par le gros succès de votre 1er film de réalisateur "Tout le monde debout", film drôle mais aussi très tendre. Est-ce que cela a changé vos envies pour l'avenir?
Je n'ai plus envie de plaire à tout le monde. Aujourd'hui, j'ai d'abord envie de me plaire à moi-même. J'ai 55 ans et il était temps.

À certains moments de votre carrière, vous ne vous plaisiez pas?Pratiquement toute ma carrière. Je n'ai jamais été autosatisfait de ce que je faisais. La scène m'a amené un petit peu plus de plaisir. "Tout le monde debout" me plaît à 100% et qu'importe si ça plaît ou pas.

C'est la première fierté de votre parcours professionnel?
Oui, oui... Même si j'ai aimé "Camping".

Pourquoi aviez-vous envie de plaire à tout le monde?
C'est une envie depuis tout petit. Je voulais qu'on me regarde, qu'on m'apprécie. Mais pour cela, il faut déjà s'apprécier soi-même. Même en amour, quand une femme tombait amoureuse de moi, je n'y croyais pas, parce que je ne m'aimais pas. Ma femme et mes enfants m'ont appris à m'aimer moi-même.

"Je n'ai pas eu le succès que j'espérais"Quel regard portez-vous sur votre parcours?
Je suis étonné d'être encore là. Et en même temps, j'ai tellement travaillé pour ça. Je suis même aussi étonné que ça demande encore autant d'énergie à rester encore là. Mais quand, petit, je me rêvais vedette de cinéma, je pensais m'arrêter avant ça. Je n'avais pas besoin d'autant de succès. J'en ai eu plus que ce que j'espérais. 

En vous retournant sur votre vie, que vous inspire le coup d'œil dans le rétro?
À mon âge, il y en a plus derrière que devant. Donc je vais ralentir mais hélas c'est difficile.

"Fifty/fifty" le 23/3 à 20h au Cirque royal.
Réservations: www.ticketmaster.be

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Franck Dubosc. © Carole Bellaiche.