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“Gemini Man”: deux Will Smith à l’écran mais surtout deux gros problèmes

Critique“Gemini Man” est une prouesse technologique mais il y a deux problèmes majeurs. 

Jerry Bruckheimer est l’un des plus grands producteurs de films à Hollywood. Il tournait autour de “Gemini Man” depuis 1997. “La technologie ne suivait pas la créativité des auteurs. On a dû attendre Ang Lee pour arriver à le faire. On a plein de versions plutôt horribles de ce film. On a fait des tests. On l’avait mis sur une étagère.” Fallait-il vraiment le dépoussiérer ?

Parce que si Ang Lee s’est senti à la hauteur, le résultat, aujourd’hui sur grand écran, est déstabilisant. Oubliez la 3D telle que vous la connaissez, on est ici dans une autre dimension. Le film a été tourné en 4K, 3D et à 120 images par seconde, contre 24 habituellement. Les premières minutes du film montrent Will Smith dans le rôle du tueur Henry qui se met en place pour sa dernière mission. Il est à... Liège et il s’apprête à viser le passager d’un train à grande vitesse. On a l’impression d’avoir le doigt sur la gâchette à sa place. On ne le regarde pas faire, on est avec lui, couché dans l’herbe. Cette immersion totale est perturbante et captivante à la fois.

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Ang Lee et Will Smith sur le tournage de "Gemini Man". © DR

Le rendu est tellement incroyable qu’on peut presque compter les poils sur les bras de Will Smith. Les acteurs n’ont même pas pu être maquillés : les caméras, trop puissantes, dévoilaient la couche de fond de teint sur la peau.

La technologie est remarquable même si certains face-à-face entre Will Smith et son double virtuel sonnent faux. Le vrai problème, c’est la pauvreté du scénario. Comme si tout le monde avait été trop concentré sur la prouesse technologique que pour se rendre compte de l’immense vacuité de l’histoire. C’est un film d’action qui ne vaut que pour ses scènes d’action, le reste n’est que du remplissage. Clive Owen, dans le rôle du vilain, passe complètement à côté de son sujet. C’est l’électrocardiogramme plat. Et on ne comprend même pas la présence permanente de Mary Elizabeth Winstead: son rôle n’a aucun intérêt.

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“Le but est de faire revenir les gens au cinéma”

La mission de Jerry Bruckheimer est cependant réussie. Pour lui, l’idée de “Gemini Man” “est de proposer une nouvelle expérience” aux spectateurs. “On n’avait pas eu de significative avancée technologique au cinéma depuis un moment. Ici, c’est un grand saut. C’est une immersion totale. Vous êtes au cœur de l’action, avec les acteurs et on met un petit moment avant de s’habituer. Parce qu’on n’est pas habitué à voir les choses avec une telle clarté. C’est une technologie pionnière. On doit réinventer le cinéma. Les gens sont si à l’aise chez eux avec leurs grandes télévisions. Il y a tellement de bonnes choses faites pour le petit écran désormais. Mais avec la technologie il y a des choses que vous ne pouvez pas voir chez vous, à la maison. On fait revenir les gens au cinéma.”

Un seul conseil donc: pour profiter du spectacle et voir à quoi le cinéma de demain pourrait ressembler, “Gemini Man” doit impérativement se voir dans une salle de cinéma compatible avec son procédé. En 2D, ça n’a pas le moindre intérêt. Le problème? Le monde n’est pas encore prêt pour un film aussi à la pointe. Aux États-Unis, à peine 14 cinémas ont la possibilité de diffuser le film tel qu’il devrait être vu puisque tel qu’il a été tourné : en 120 images par seconde. La majorité des salles 3D ne vont que jusqu’à 60 images par seconde. Celles qui peuvent diffuser en 120 images par seconde ne le font qu’en 2D. Un casse-tête sans solution, actuellement.

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    Avant, lorsque l’on voulait voir un film, il suffisait d’aller au cinéma. On y voyait pendant une heure et demi des acteurs jouer leur texte, selon une mise en scène méticuleusement construite. Désormais, il est possible que le décor soit entièrement composé à l’ordinateur, peut-être même aussi les acteurs. Et surtout, le dernier film hollywoodien à gros budget est disponible sur la télé de notre salon.