Il ne faut jamais cesser d'y croire: la preuve avec ce film belge présélectionné aux Oscars

Il a eu du mal à y croire et pourtant: Hollywood s'intéresse à lui. Nicolas Boucart, réalisateur originaire de Tournai, est présélectionné pour les Oscars avec son court-métrage "Icare". Le 22 janvier, jour de l'annonce des nominations complètes, il pourra peut-être prendre ses tickets d'avion pour Los Angeles... Entre-temps, il défendra "Icare" aux Magritte. Rencontre.

Un deuxième court-métrage belge présélectionné aux Oscars

Un deuxième court-métrage belge est présélectionné aux Oscars: "May Day" d'Olivier Magis et Fedrik De Beul. Tourné dans le quartier Anneessens à Bruxelles, le film est l'histoire d'un entretien d'embauche très particulier. "On n'a pas vraiment de contact, mais il n'y a pas du tout de concurrence. Je serais très heureux qu'il soit nominé, même si je ne le suis pas."

Il était une heure du matin, cette nuit-là. Son téléphone l'a averti de l'arrivée d'un SMS une première fois. Puis une seconde. Nicolas Boucart n'a pas compris tout de suite pourquoi son producteur français le félicitait. Il a survolé le document qu'il venait de lui envoyer plusieurs fois avant de percuter et de voir le nom de son court-métrage dans la liste des Live Action Short Films préselectionnés pour les Oscars. Le réalisateur tournaisien a eu du mal à y croire.

Et pour cause: son film, "Icare", n'a pas eu la carrière européenne, celle qui permet généralement d'accéder au tapis rouge hollywoodien, espérée. "C'est un film qui n'a pas le canevas ou qui n'est pas dans l'air du temps des festivals européens", analyse Nicolas. "J'ai douté, je me suis dit que c'était un mauvais film. Ça a été très dur: c'est un film qui m'a pris un temps de dingue, à tourner, à monter, qui m'a pris beaucoup d'énergie. Pendant trois, quatre mois, on était presque sans rien...", se rappelle-t-il. Les choses ont bougé en avril 2018: il a été présenté au Newport Beach Film Festival. Le mois suivant, il était montré à Nashville. "Et puis, il y a eu ce festival à Bruxelles."

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"Icare" a reçu le Grand prix national au Brussels Short Film Festival. "C'était la première fois qu'un prix au BSFF permettait d'être éligible aux Oscars. En fait, tout ça, c'est beaucoup de hasard." Depuis que son film a trouvé sa place dans la short list des Oscars, Nicolas constate: "Le regard des gens change. Je suis technicien dans le cinéma depuis longtemps et j'ai toujours fait de la réalisation. Mais désormais, on me donne de la crédibilité en tant que réalisateur. Et surtout, il y a un intérêt pour le film, les gens ont envie de le voir, ça me fait du bien. C'est amazing", rigole-t-il.

"Icare", c'est la preuve qu'il ne faut jamais baisser les bras et continuer à y croire même si tous les voyants sont a priori au rouge. Et parce qu'une bonne nouvelle ne vient jamais seule, le film a reçu une nomination aux Magritte. "C'est important en Belgique, c'est une reconnaissance dans son pays. Le fait d'être nominé aux Oscars, a dû jouer sur la curiosité des gens, bien sûr. Mais la qualité du film reste la même."

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Les Oscars annonceront leurs nominés le 22 janvier. Si "Icare" passe cette étape, Nicolas s'envolera pour Los Angeles. Le 4 février, un dîner rassemblera tous les nominés. Ensuite, il faudra faire campagne, comme en politique, jusqu'au dimanche 24 février, date de la cérémonie. "Il faut être présent, vendre son film, le rendre visible. Plus les gens le voient, plus ils en parlent, plus ils s'influencent et plus on a de chance d'avoir des votes." 

Bien qu'enthousiaste, le réalisateur belge ne se fait pas trop d'illusions. "J'ai une chance sur un million d'avoir l'Oscar. À moins que ça soit l'histoire du siècle: l'outsider qui fait une percée... Être nominé, déjà, ça serait incroyable." (Lisez la suite sous la vidéo.)

"Icare", ça raconte quoi?

"Icare" est l'histoire d'un inventeur obsédé par la seule chose que l'homme n'a jamais réussi à faire: voler. "Il pense que les gamins sont purs, comme les anges, et qu'ils sont les seuls qui réussiront à voler." Dans sa maison au bord des falaises, il est prêt à tout pour faire voler Joseph. "Icare" tient sa source du livre "Monsieur Vertigo" de Paul Auster. Dans ce livre, Maître Yéhudi promet à un enfant de neuf ans de lui apprendre à voler. "Il est dur et c'est à la fois son protecteur. La dualité du personnage était intéressante, ça m'est resté en tête."

"Icare" fait également directement référence à la mythologie grecque. Icare est mort d'avoir volé trop près du Soleil avec des ailes de cire créées par son père. "On peut souhaiter à tout le monde d'aller jusqu'au bout de ses rêves mais il y a des limites morales et éthiques à respecter. Dans le film, il dépasse largement tout le pensable. Mais s'il avait réussi, tout le monde lui aurait dit que c'était génial. Vu qu'il n'y arrive pas, on peut le condamner. On sait tous qu'il y a eu des milliers d'expériences sur le corps humain pour mettre des vaccins au point. Et on s'en lave les mains: on s'en sert pour mieux vivre aujourd'hui. On profite tous à un moment donné du malheurs des autres."

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"Icare" a été tourné sur l'île de Groix, dans une réserve naturelle protégée. Ce qui a compliqué les choses. "Ce sont les seuls endroits où il y a peu de tourisme et pas de balises, de petits poteaux partout." 

La nomination dans la short list des Oscars a en tout cas donné des ailes à Nicolas: il travaille sur son premier long-métrage. "Tout petit, j'adorais déjà raconter des histoires. J'étais le roi des Playmobil", rigole-t-il. "À 11, 12 ans, je filmais avec la caméra de mon père. Je suis passé par l'Inraci parce que mes parents me disaient qu'il faillait s'assurer un peu derrière. L'Inraci, c'est technique, je suis chef machino. Ça m'a servi à être à l'aise sur un plateau de tournage mais j'ai eu moins de temps pour écrire et pour réaliser. J'ai 38 ans et je réalise mon quatrième court-métrage. Quand t'es plus jeune, tu oses plus de choses. En vieillissant, tu te poses plus de questions. La short list, ça me fait du bien ça me fait dire: allez, ça me permet d'avoir un peu ma chance..."

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