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Harvey Weinstein, le 21 avril 1989. © Getty Images

“Je suis le shérif de cette p... de ville”: il y croyait et personne ne lui a donné tort

“Je suis le shérif de cette putain de ville de merde”. Voilà la phrase qu’Harvey Weinstein a lâchée avant d’attaquer physiquement un journaliste du New York Observer qui tentait de prendre la défense de sa petite amie de l’époque, elle aussi journaliste. L’altercation n’avait rien de sexuel mais la petite phrase de Weinstein prouve qu’il estimait que tout lui était dû et que tout lui était permis.

Nous étions alors en novembre 2000. Trois ans auparavant, Weinstein violait Rose McGowan après la projection du film “Going All the Way” au festival de Sundance. Dix-sept ans plus tard, le New York Times et le New Yorker brisaient enfin l’omerta qui régnait jusqu’alors dans l’industrie du cinéma sur les pratiques immondes de Weinstein et mettaient fin brutalement à sa toute-puissance.

Une puissance dont Weinstein n’a jamais douté. Une productrice ayant refusé ses avances raconte qu’il lui a hurlé au visage: “Vous ne savez pas qui je suis?” Sept mots qui en disent long sur l’estime que Weinstein avait de lui-même.

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Avec Gwyneth Paltrow en 1999. © Bei/REX/Shutterstock

Le documentaire “Untouchable”, sorti hier sur nos écrans, revient sur ces longues années où les agissements de Weinstein étaient tus. Tout le monde savait, personne n’a rien à fait, de peur de perdre son poste ou de voir sa réputation ternie. Ceux qui ont suivi l’histoire de près n’apprendront rien de plus sur l’affaire qui a donné naissance au mouvement #MeToo. Mais le film donne la parole aux victimes alors que la justice tarde à leur rendre leur dignité. 

Toutes racontent la même chose: Weinstein savait comment ferrer ses proies. Il promettait généralement un job qui avait des chances de bouleverser la carrière d’une actrice, lui donnait rendez-vous pour en parler, l’isolait dans une chambre d’hôtel et la menaçait de la réduire à néant si elle ne se soumettait pas à ses exigences sexuelles. “L’intouchable” permet de remettre la vérité au centre des débats: ce n’est pas parce qu’elles ne se sont pas débattues qu’elles étaient consentantes.

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© AFP

Le documentaire dénonce surtout le silence et l’immobilité des médias. Ils sont tous coupables, chacun à leur façon, d’avoir permis ces agissements, d’avoir protégé un monstre. Weinstein détruisait chaque reportage avant même sa publication. Il réduisait ses victimes au silence à coup de menaces et de chantage, empêchant du coup les journalistes de faire leur travail. En effet, impossible d’accuser le producteur sans témoignage tangible. 

“L'intouchable” donne la parole aux femmes agressées mais aussi aux anciens collègues du roi d’Hollywood qui ont passé outre des accords de non-divulgation draconiens. Alors que le procès de Weinstein devrait débuter le 9 septembre, qu’il continue à nier les faits qui lui sont reprochés et que l’avocat qui assurait sa défense vient de le lâcher, il peut être intéressant de se remettre l’histoire en tête. À voir dès à présent au cinéma.