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Ces triplés ont été séparés à la naissance et ne l'ont appris qu'à l'âge de 19 ans. © DR

L'incroyable histoire de ces triplés séparés à la naissance

C’est une histoire absolument incroyable. Le genre d’histoire qu’on ne voit qu’au cinéma. Elle est pourtant bien réelle.

Robert Shafran, Eddy Galland et David Kellman sont nés le même jour. Ils ont le même père et la même mère. Ces triplés ont été séparés à l’âge de six mois par l’agence d’adoption où ils avaient été placés par leur maman, adolescente et célibataire à l’époque. Ils ont tous les trois vécus 19 ans sans savoir qu’ils n’auraient jamais dû avancer seuls dans l’existence.

Leur vie a basculé le jour où Robert a débarqué à l’université fréquentée par Eddy. Alors qu’il ne connait personne, les gens qu’il croise le saluent avec enthousiasme, certaines filles se jettent dans ses bras. Robert hallucine... Jusqu’à ce qu’il découvre l’existence de son double parfait: Eddy a le même visage que lui et la même date de naissance. Ils sont jumeaux. La presse locale s’intéresse à cette rencontre insolite. Suite à la publication, un troisième larron entre dans la danse: David se manifeste. Lui aussi est né au même endroit, à la même date, de la même mère. Ils sont triplés. Tim Wardle a fait de cette histoire un excellent documentaire, primé au festival de Sundance: “Three Identical Strangers” ou “Trois étrangers identiques”.

“Quand le producteur est venu avec cette idée, je me suis dit directement que c’était la meilleure idée de documentaire que je n’avais jamais entendue. J’ai étudié la psychologie à l’université, j’ai deux frères, ma femme est juive et psychothérapeute. C’était une histoire pour moi”, confie celui qui planche aujourd’hui sur un film au sujet du fiasco du Fyre Festival. “Cette histoire de trois frères séparés à la naissance était une histoire humaine irrésistible parce que certes, c’était une histoire qui avait fait la Une des tabloïds mais il y avait une profondeur à l’histoire, un moyen de creuser ça. De se poser des questions au sujet de l’inné et de l’acquis, du destin, de la nature de la famille...”

“Three Identical Strangers” commence presque comme une comédie. Les triplés sont heureux de se rencontrer et enchaînent les émissions télévisées. On leur offre une apparition dans le premier film avec Madonna “Recherche Susan désespérément” et on les applaudit parce qu’ils dansent de la même façon, fument les mêmes cigarettes depuis toujours et aiment le même genre de filles. Les choses se gâtent ensuite et le conte Disney vire au drame...

Dans les années 1990, leur relation a commencé à se fissurer. Bobby a quitté le restaurant qu’il avait ouvert avec ses frères et Eddy a été diagnostiqué bipolaire. On apprend alors que les triplés ont été séparés dans un dessein machiavélique et illégal. Sous la direction d’éminents psychiatres, dans le cadre d’une étude sur l’inné et l’acquis (qu’est-ce qui fait partie de nous intrinsèquement et quelles sont les choses dans notre caractère dont on hérite à cause ou grâce à notre éducation et notre environnement?), les trois bébés ont été placés dans trois familles au profil très différents: une famille de classe ouvrière, une famille de classe moyenne et une famille aisée. Pendant des années, les enfants ont été scrutés, filmés, étudiés comme des rats de laboratoire. 

Le documentaire fait parler les triplés face caméra. Il a fallu quatre ans pour les convaincre de participer au documentaire. “Quand vous voyez le film, vous comprenez pourquoi ils ont tant de mal à faire confiance aux gens”, note Tim Wardle. “Je pense que les médias leur ont promis beaucoup de choses qui n’ont jamais abouti dans les années 80-90. L’histoire a ses points forts mais aussi ses points faibles. C’était dur pour eux de revisiter les points faibles. Ça a pris du temps, je les ai rencontrés longtemps, eux et leurs proches, sans caméra avant qu’ils acceptent.” Ce qu’ils disent aujourd’hui est illustré par des images d’époque. C’est bouleversant, tant pour eux que pour le spectateur. Le réalisateur du film et ses sujets ont appris des choses au cours du tournage qui donnent un éclairage assez monstrueux des dérives de la psychologie alors balbutiante.

Ce documentaire passionnant a permis aux frères de reprendre contact. “Ce n’était pas l’objectif du film mais c’est super de savoir que c’est arrivé grâce à ça. Ils ne se parlaient plus et le tournage a été une sorte de catharsis. Ça leur a fait du bien que des gens soient témoins de ce qu’il leur est arrivé, que des gens voient ce qu’on leur a fait.”

Après le documentaire, l’histoire des triplés va donner naissance à un film. Le scénariste sera celui des films “Bohemian Rhapsody”, “Darkest Hour” ou “The Theory of Everything”.