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Réunion de famille autour de Susan Sarandon, alias Lily, en phase terminale. © DR

Le film qu’on regrette d'avoir vu mais pas pour les raisons que vous croyez

7sur7 à TorontoLily est très malade, ça la met en colère et elle a pris la décision de se faire euthanasier à la fin du week-end. Week-end qu’elle entend bien passer calmement avec son mari, sa meilleure amie et ses deux filles dans sa grande maison au bord de l’eau. La fin de Lily a déjà été longuement discutée et même si le terme approprié pour désigner ce qui est prévu n’est jamais prononcé, tout le monde est d’accord pour laisser Lily choisir la façon dont elle veut mourir. Voilà le scénario de “Blackbird” qui est, typiquement, le film de festival qu’on regrette d’avoir vu. 

Non, pas parce qu’il est fondamentalement mauvais mais parce que son casting de choix (Susan Sarandon côtoie Kate Winslet, ça suffit à nous faire rêver) fait déplacer la grande foule alors que le film en lui-même n’a rien d’exceptionnel. Il éclipse dès lors des films moins “vendeurs” mais plus audacieux et c’est râlant. Parce que c’est à ça, surtout que doivent servir les festivals de cinéma: à faire émerger des talents, à bousculer nos croyances les plus ancrées, à nous offrir un regard neuf sur les choses...

“Blackbird” n’est pas désagréable à regarder mais dans le genre, on a connu plus sincère et plus original. Chaque personnage est un cliché vu et revu au cinéma. Il y a la mère de famille en phase terminale, qui fait respecter ses volontés, veut qu’on la laisse “faire toute seule” malgré ses difficultés évidentes à se mouvoir, offre un vibromasseur à sa fille aînée trop coincée, fume des joints, et “oh ça va, elle peut bien faire ce qu’elle veut puisqu’elle sera morte dans quelques heures”. Il y a la grande fille sérieuse (on lui a mis des lunettes) qui dirige sa famille d’un geste ferme et silencieux et d’un regard noir et qui a des avis sur tout, et particulièrement sur la manière dont sa jeune sœur mène sa vie.

La petite sœur, parlons-en, est lesbienne et est en couple avec un cliché ambulant aux cheveux courts, qui boit des bières en mettant ses pieds dans le canapé et qui joue au foot. Elle est aussi dépressive, bipolaire et pas prête pour un sou à laisser partir sa mère. Et puis, il y a le petit-fils, taiseux, observateur, qui se révèle au contact de sa frondeuse grand-mère.

Tout ce petit monde se retrouve à table, pour un repas de Noël organisé alors que ce n’est pas du tout la saison, et évidemment, les secrets et rancœurs ne tardent pas à gâcher la soirée.

Si la partition de chaque personnage est bien rodée et que chacun la joue assez bien pour arracher quelques sourires et quelques larmes, on ne croit pas un instant au lien de famille qui est supposé unir Susan Sarandon, Kate Winslet et Mia Wasikowska. Ça manque de chaleur, d’humanité, de sentiments. Mais parce qu’il y autant d’avis sur un film que de spectateurs dans la salle, on précise que notre voisine de siège a reniflé bruyamment tout au long du film en épongeant ses joues mouillées. 

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