Comment retourner au cinéma en toute sécurité après le Covid-19? Tout est encore hypothétique mais plusieurs pistes sont sur la table.
Plein écran
Comment retourner au cinéma en toute sécurité après le Covid-19? Tout est encore hypothétique mais plusieurs pistes sont sur la table. © thinkstock

Masqués, placés “en damier”, prise de température à l’entrée: comment ira-t-on au cinéma après le confinement?

InterviewLa vie telle qu’on l’a connue avant le Covid-19 ne sera plus la même après. La question est de savoir si les changements qui seront opérés dans nos habitudes seront temporaires ou s’ils s’inscriront dans la durée. Nos loisirs risquent de se voir transformés. On le sait: boire un verre en terrasse, cet été, ça risque d’être compliqué. L’horeca reprendra du service après... tout le reste. Idem pour les cinémas, qui étaient les premiers à fermer et qui seront les derniers à rouvrir.

Comme avant? Pas si sûr. Aux États-Unis, des premières pistes pratiques sont évoquées. “L’expérience du cinéma ne sera plus simplement ‘amener des gens à voir un film’. La sécurité et la protection des clients et des employés seront de la plus haute importance”, déclare Mark Malinowski, vice-président du marketing mondial pour Showcase Cinemas à ABC News. Ils imaginent que les gens seront installés “en damier” au lieu d’être assis les uns à côté des autres et ce, dans une salle remplie de moitié, au mieux. Une façon de respecter la distanciation sociale. Différentes mesures sont mises en place dans les cinémas en Chine, en Corée du Sud et à Singapour: il n’y a, par exemple, plus d’employé pour scanner les cinéphiles mais un kiosque automatique qui prend, en outre, leur température.

Le ciné, cet endroit confiné où ça tousse pendant deux heures

Qu’en est-il en Belgique? Nous avons sondé le secteur et il est certain d’une chose: le retour à la normale dans les salles obscures n’est pas attendu avant plusieurs mois. Sous couvert de l’anonymat, une professionnelle de l’industrie en Belgique nous dit: “Je ne remets pas les pieds dans les salles de cinéma tant que je n’ai pas l’assurance que le virus est sous contrôle. Je sais que beaucoup veulent faire passer un message optimiste dans les médias mais beaucoup de questions se posent. Si on rouvre les cinémas, est-ce que les distributeurs prendront le risque de mettre des nouveaux films en risquant de ne pas rentrer dans leurs frais, puisque les gens ne se bousculeront pas pour y aller? Si les salles rouvrent et qu’il n’y a personne dedans, est-ce que les cinémas seront encore soutenus financièrement par l'État comme ils le sont actuellement, en restant fermés? Déjà en temps normal, ce n’est pas une économie très rentable.”

Elle souligne le problème chinois: “Les cinémas ont rouvert, ils ont mis des vieux films à l’affiche et il n’y avait personne. Ils ont refermé.”

Le masque obligatoire dans la salle? Sûrement

Nicolas Gilson, programmateur et directeur ad intérim au Cinéma Palace dans le centre de Bruxelles, espère évidemment pouvoir “ouvrir normalement”. En été? Ça serait bien. Mais il table plutôt sur septembre. “Les vrais amoureux du cinéma, ils reviendront. Mais il va falloir tout recommencer en termes de communication, comme si on ouvrait pour la première fois.”. Il n’y a qu’un seul mot d’ordre: il faut “rassurer” les spectateurs. En rendant le masque obligatoire au cinéma? C’est une idée. Au Palace, on envisage d’en mettre à disposition des gens. “D’autres salles se disent qu’elles demanderont aux gens de venir avec leur propre masque et qu’ils les contrôleront à l’entrée. Sans masque, pas de cinéma.” 

Nicolas pense qu’il va falloir adapter la circulation des spectateurs “pour que les gens ne se croisent pas”. L’entrée d’un côté, la sortie de l’autre. “Mais un cinéma n’est pas un autre” et ce n’est pas possible partout. Jérome Branders, du cinéma Aventure à Bruxelles, confirme que dans son cinéma, c’est impossible.

Le cinéma Palace à Bruxelles.
Plein écran
Le cinéma Palace à Bruxelles. © photo_news

Les gens placés en quinconce? “Mais qu’est-ce qu’on fait avec les couples et les familles?”

On peut cependant imaginer que les gens puissent être placés en quinconce par un employé. “Mais qu’est-ce qu’on fait avec les familles et les couples?”, s’interrogent d’une même voix Nicolas et Jérôme. “Et comment ça se passe pendant le film quand les gens passent devant les autres pour aller aux toilettes?” 

Les heures de séances seront plus que probablement modifiées, pour laisser du temps aux gens d’acheter leurs places sans se bousculer et de s’installer. Et justement, est-ce qu’on vendra encore des places de cinéma au cinéma à l’avenir, ou tout se fera en ligne? Nicolas n’est pas trop pour le tout en ligne. “Il faut favoriser les paiements Bancontact ou sans contact, on est tous d’accord sur ce point, mais ça m’ennuie pour les gens plus âgés ou pour les gens défavorisés qui profitent de l’article 27 et qui reçoivent des bons d’accès à la culture. Ils paient en cash, généralement. Il faudrait exiger le montant juste, peut-être?” 

Le nettoyage des sièges entre chaque séance?

Jérôme à L’Aventure se dit que, vu que la capacité des salles va être forcément réduite, si les gens achètent leurs places en ligne, ils pourront savoir que les 30 places mises à disposition dans telle salle pour tel film sont vendues. “On peut annoncer ça facilement sur Internet.” Et ça permet aux gens de réserver une autre séance ou en tout cas de ne pas être sortis de chez eux jusqu’au cinéma pour rien. Autre piste envisagée à L’Aventure: le nettoyage des sièges en tissu entre chaque séance. Mais comment faire pour bien faire? La question est en suspens.

Une salle de cinéma de L'Aventure à Bruxelles.
Plein écran
Une salle de cinéma de L'Aventure à Bruxelles. © Photonews

La prise de température à l’entrée de la salle? “On n’est pas médecins”

Peut-on envisager une prise de température à l’entrée des cinémas? Nicolas balaie l’idée: “Non, on n’est pas médecins. Il faut compter sur l’intelligence des gens: pourquoi iraient-ils au cinéma s’ils ont de la fièvre?” Et les vitres en plexiglas, comme c’est actuellement imaginé dans les avions? Inenvisageable. “Il faut réfléchir à ce que représente le cinéma, à sa nature”, nous dit Jérôme. “Le cinéma, c’est quelque chose qu’on vit ensemble.” “Le cinéma, c’est du lien social”, enchérit Nicolas. “C’est une relation entre spectateurs, qui dialoguent entre eux.”

Dans tous les cas, tout est encore hypothétique. “On attend tous la même réponse: quand et comment? Qu’on ne nous annonce pas la veille qu’on peut rouvrir le lendemain”, prévient Jérôme. “Et avec quels films?”, se demande-t-il encore. “Et qu’est-ce qui sera économiquement viable?” 

Nicolas souligne le problème de la traçabilité. Si quelqu’un, sans savoir qu’il était infecté par le Covid-19, s’est rendu au cinéma alors qu’il était déjà susceptible de transmettre le virus à d’autres, on fait quoi? “On ferme le cinéma pendant 15 jours, on doit prévenir les gens sur les réseaux: attention, vous avez fait une séance avec quelqu’un de contaminé? Il nous faut une ouverture rassurante, rassurée. L’idée, ce n’est pas que les gens aient peur d’aller en salle.” 

Jérôme espère que tout le monde y mettra du sien, “qu’on ne nous demandera pas des montants astronomiques pour programmer des films, qu’on pourra proposer des chouettes contenus, originaux, sans surcoût.” En espérant que les cinémas ouvrent au bon moment pour éviter le scénario asiatique. “En France, on parle de mi-juillet. Aux USA, le nouveau Christopher Nolan est toujours annoncé pour le 17 juillet. “Les vacances sont compromises, les gens auront envie de se détendre. Juillet, ça serait pas mal. Mais on en saura peut-être un peu plus demain, lors de la prise de parole de Sophie Wilmès.” Il reste trois mois. On croise les doigts.

  1. Tout ce que vous ne savez pas sur le film “Braveheart”, qui fête ses 25 ans

    Tout ce que vous ne savez pas sur le film “Braveheart”, qui fête ses 25 ans

    Le film “Bravehaert”, produit, réalisé et interprété par Mel Gibson, fête ses 25 ans. Il est sorti en mai 1995 aux États-Unis. Retour sur cette épopée historique de trois heures qui montrait la bataille qui montrait William Wallace mener son armée d'Écossais à une victoire bouleversante sur les forces royales d’Angleterre. Voici tout ce que vous ne savez probablement pas sur ce film qui a marqué la carrière de Mel Gibson.