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Michel Blanc. Avant-première du film DOCTEUR? à Paris le 21 novembre 2019. © Photo News

Michel Blanc : “Sans les crétins du Splendid, je ne sais pas comment j’y serais arrivé”

“Docteur?”, c’est l’histoire d’une rencontre improbable. Celle de Serge (Michel Blanc), un médecin de garde sur Paris le soir du réveillon de Noël, qui est sur le point de se faire virer, et de Malek (Hakim Jemili), un livreur Uber Eats. C’est depuis l’hôtel Amigo, à Bruxelles, “où il se sent comme chez lui” et après s’être enfilé des rognons à la liégeoise à “La Taverne du Passage”, que Michel Blanc (67 ans) s’est confié sur ce feel-good movie qui a eu sur nous l’effet d’un traitement miracle contre le blues hivernal.

La comédie, ça vous avait manqué?

“Tout ce que je ne fais pas me manque. Et, ici, l’idée était très originale. Ça faisait longtemps que je n’avais pas reçu un scénario aussi bien fait, aussi intelligent... et qui m’a fait rire en plus. Je joue le personnage de Serge, un mec un peu bourru, un peu secoué par la vie, qui n’est pas facile de rapport. C’est un ours. C’est un bon médecin mais il n’a plus le goût de rien. S’il continue de travailler, c’est uniquement parce qu’il n’a pas le choix financièrement. Pour ne pas se faire virer, il accepte, à contrecœur, de bosser le soir du réveillon de Noël, et ce malgré son mal de dos.”

Qui va se transformer en sciatique et le forcer à demander à Malek, un livreur Uber Eats, de se faire passer pour lui auprès de ses patients...

“Oui. Et, grâce à Malek, Serge va réapprendre à aimer la vie. À la fin, vous verrez, ils se rendent plus heureux l’un l’autre. J’aime bien ça.”

On peut parler d’un miracle de Noël?

“Non, parce que ce sont des éléments factuels. Ce n’est pas un conte de fées, ce n’est pas une féerie. Leur histoire n’est possible que parce que nous sommes le soir du réveillon de Noël. Parce que tout le monde est en famille et qu’il n’y a personne d’autre pour remplacer Serge.”

Vous vous souvenez avoir fait une rencontre fortuite comme celle-là dans votre vie?

“Celle des crétins du Splendid, quand j’avais 14, 15 ans. On était dans le même lycée et on a commencé à monter des pièces ensemble. J’avais envie de devenir comédien mais, sans eux, je ne sais pas comment j’y serais arrivé.”

Vous connaissiez Hakim Jemili, qui joue Malek?

“Non, je ne le connaissais pas du tout. Je ne suis pas très Instagram, Youtube. Lui, il est à fond là-dedans et dans le stand-up. Mais, entre nous, il y a tout de suite eu une entente. Ça circulait bien, c’était une partie de ping-pong très rapide, très efficace.”

Il paraît que vous vous êtes inspirés de situations réelles pour raconter l’histoire des patients du film. C’est vrai?

“Tout vient du vécu, et de l’imaginaire aussi, de Tristan Séguéla, le réalisateur. Il nous a raconté qu’un médecin, un peu cow-boy, avait mis son pouce dans la bouche de son bébé pour le faire taire parce qu’il criait trop. Par contre, moi, j’ai refusé de jouer cette scène. J’ai dit à Tristan: ‘Tu trouves une astuce, mais je ne mets pas mon pouce dans la bouche d’un nourrisson.’ On ne peut pas jouer, secouer un enfant. Là, le métier d’acteur s’arrête. Ça les traumatise les gosses. Surtout qu’on ne fait pas qu’une prise. Ça me paraissait déontologiquement essentiel.”

Et vous, vous avez déjà vécu une expérience un peu traumatisante avec le corps médical?

“Non. J’ai des médecins très sérieux. Même si, quand j’étais un enfant, j’allais voir un médecin qui était un ancien militaire. Il était un peu brutal. Il préférait dégainer le bistouri quand il aurait suffi d’un peu de pommade. Aujourd’hui, plus personne n’oserait se comporter de cette manière parce que tout le monde porte plainte pour tout.”

Médecin, c’est un métier que vous auriez pu faire?

“C’est un métier fascinant, mais non, et pour deux raisons. La première, c’est qu’il faut faire minimum sept ans d’études, puis une spécialisation. La deuxième, c’est qu’il faut être capable de se protéger face à la douleur, à la souffrance, à l’annonce de la mort. Mon Dieu, je ne saurais pas dire à quelqu’un qu’il est en phase terminale.”

C’est la troisième fois que vous jouez les docteurs. Vous avez appris des trucs, à force?

“Sur le tournage, j’étais surveillé par un vrai médecin qui m’a appris les bons gestes, comment mettre un tensiomètre. Tout le monde a eu affaire à un médecin au moins un jour dans sa vie, il fallait que je sois crédible.”

Citation

“Ça m’est déjà arrivé de me retrouver sur un tournage en me disant: ‘Je fais une merde’”

Quels sont vos projets pour 2020?

“J’ai lu pas mal de trucs pour le théâtre. Mais, pour que je me lance là-dedans, faut vraiment que la pièce soit géniale, sinon, c’est une corvée. Qu’on ait mal au crâne ou une rage de dents, on est obligé de monter sur scène tous les soirs. Annuler une représentation, ça coûte une fortune. Et puis, ça signifie aussi que je ne dînerai pas avec la personne avec laquelle je vis cinq soirs par semaine. Donc, pour l’année prochaine, il n’y a rien de précis. Tant que je peux, je continue à être pointilleux. Parce que ça m’est déjà arrivé de me retrouver sur un tournage en me disant: ‘Je fais une merde. J’ai beau faire tout ce que je peux, je suis pas bon et le scénario non plus. Mais, je n’ai pas le choix. Faut aller jusqu’au bout.’ Peut-être qu’un jour j’accepterai des rôles qui ne sont pas géniaux, mais intéressants quand même. Pas un truc honteux non plus.”

“Docteur?”, par Tristan Séguéla et avec Michel Blanc, en salles le 11 décembre.