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"Portrait de la jeune fille en feu": la rébellion sous les jupons

Avec "Portrait de la jeune fille en feu", en lice pour la Palme d'or, la réalisatrice Céline Sciamma raconte avec pudeur une histoire d'amour interdite entre deux femmes aux destins opposés, dans un XVIIIe siècle corseté.

1770: l'une est blonde, le visage fermé, et engoncée dans sa robe longue quand l'autre, la poitrine décolletée, s'épanouit dans sa vie d'artiste.

Adèle Haenel - qui avait déjà tourné avec Céline Sciamma en 2007 pour "Naissance des pieuvres" - et Noémie Merlant sont à l'écran Héloïse et Marianne, deux femmes dont les vies vont se mêler alors que rien ne les prédestine à se rencontrer.

Sortie du couvent pour se marier à un homme dont elle ignore tout, Héloïse doit selon les conventions de l'époque poser pour que l'on réalise son portrait. Lequel doit être remis à son futur époux.

Refusant de prendre la pose, comme si cette peinture l'assignait définitivement à son rôle d'épouse, elle a eu raison d'un premier peintre. A charge pour Marianne, la nouvelle peintre mandatée par la mère qui a connu le même sort, de mener à bien la commande.

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Un amour brûlant entre deux femmes

La jeune artiste à qui l'on demande de se faire passer pour une dame de compagnie va gagner progressivement la confiance de son modèle, qui baisse la garde et se laisse apprivoiser par la peintre dont elle envie la liberté.

De cette complicité, va naître un amour brûlant, mais toujours traité avec pudeur, avant que la réalité ne les rattrape.

"Si ces femmes se savaient condamnées à des vies tout tracées, elles étaient traversées pour autant par d'autres choses. Elles étaient curieuses, intelligentes, avaient envie d'aimer", souligne Céline Sciamma dans les notes d'intention du film.

Présente dans trois films à Cannes ("Le Daim" à la Quinzaine, "Les héros ne meurent jamais" à la Semaine de la critique), Adèle Haenel livre une interprétation tout en retenue de son personnage à la colère intériorisée, quand Noémie Merlant apporte la lumière d'une femme affranchie qui va jouer le rôle d'initiatrice.

Après “Bande de filles”

C'est la première fois que Céline Sciamma se retrouve en compétition. Après "Bande de filles" sur des jeunes femmes noires de banlieue qui bravent les interdits, en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs en 2014, elle s'intéresse une nouvelle fois à deux femmes combatives qui se soudent dans l'adversité.

La cinéaste qui, avec le collectif "50/50 pour 2020" avait posé sur les marches du Palais des festivals 2018 aux côtés de 82 autres femmes, afin de défendre la parité et l'égalité dans le monde du 7e art, défend une fois de plus la liberté des femmes.

C'est donc en tailleur pantalon, avec un pin's du collectif qu'elle a monté les marches dimanche soir. Elle fait partie des quatre femmes en lice pour la Palme d'or, sur 21 films sélectionnés.