Elisabeth Moss
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Elisabeth Moss © AFP

“Si ce film est aussi perturbant, c’est parce que c’est réel”

7sur7 à HollywoodDans “The Handmaid’s Tale”, Elisabeth Moss parle peu mais son regard d’acier et sa mâchoire serrée suffisent à nous faire connaître le fond de sa pensée. Dans “The Invisible Man” (de Leigh Whannel, dont on vous proposait l'interview ici) au cinéma mercredi, elle interprète une nouvelle fois une femme qui refuse l’oppression masculine et elle se bat, littéralement, contre du vent, puisque l’homme qu’elle affronte est invisible. Prouesse: elle arrive à être crédible. Et même mieux: à nous terrifier. Nous avons rencontré la victime et son bourreau à Los Angeles: Elisabeth Moss et Oliver Jackson-Cohen, connu notamment pour son rôle de Luke Crain dans la série d’horreur produite par Netflix “The Hauting of Hill House”. Interview croisée.

Elisabeth, le personnage que vous interprétez dans “The Invisible Man”, Cecilia, est une femme forte, maligne. C’est plutôt rare dans un film d’horreur. Les victimes sont souvent des filles qui hurlent et qui ouvrent la porte qu’elles ne devraient absolument pas ouvrir en essayant de s’échapper. C’est l’intelligence de ce personnage qui vous a convaincue d’accepter le rôle?

Elisabeth Moss: Je voulais faire un film d’horreur depuis mes 11 ans. Mais je voulais faire un film vraiment bon et vraiment effrayant. Ce film-là, je me suis dit qu’il était pour moi parce qu’il y avait un personnage intéressant, stimulant, il y avait un véritable arc dramatique. Cette relation abusive était en quelque sorte cachée dans un ensemble vraiment flippant. J’ai eu l’impression que je pouvais y apporter quelque chose, quelque chose qui, selon moi, allait aider l’histoire. Lee a écrit un très, très bon scénario. Il y a eu quelques changements dans les dialogues, on a changé deux, trois choses dans la relation entre Adrian et Cecilia. C’était un voyage très excitant. Et c’est raconté du point de vue de la victime, ce qui est très rare.

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Avez-vous ressenti une responsabilité à l’idée de dépeindre ces deux personnages? Parce que leur relation est très actuelle: c’est un homme qui utilise son pouvoir et sa richesse pour abuser d’une femme.

Oliver: Oui. Ça aurait été très facile de déplacer cette histoire au sujet de l’homme invisible dans un territoire humoristique. Mais vous savez que c’est une situation que beaucoup de gens vivent. Des gens intelligents. C’est une histoire importante. On a beaucoup discuté de la relation de Cecilia et Adrian, et on a tous les deux trouvés important de rendre cette histoire aussi vraie que possible. Parce que c’est ce qui rend le film aussi perturbant: c’est que c’est réel.

Oliver Jackson-Cohen joue l'homme invisible.
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Oliver Jackson-Cohen joue l'homme invisible. © Photo News

Plus Cecilia implore les gens de la croire, moins c’est le cas. Elisabeth, ce rôle, c’est une manière de soutenir les femmes qui sont coincées dans ces relations dévastatrices?

Elisabeth: Absolument. Il y a des hommes et des femmes qui sont dans ces situations dans notre génération. Je peux seulement parler de mes expériences en tant que femme, de ma perspective, mais je pense qu’on a toutes, à des degrés plus ou moins forts, connu ça. On essaie de dire quelque chose et personne ne croit ce qu’on dit. On nous croit folles ou trop sensibles ou trop compliquées. C’était important pour moi que nous soyons aussi inclusifs que possible au sujet des différentes formes d’abus qui peuvent se passer. Des abus mentaux, émotionnels, psychologiques, qui peuvent faire tellement de dégâts. C’est traumatisant. On voulait être sûrs de trouver la vérité et de l’honorer autant que possible.

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Comment expliquez-vous qu’on pense à vous pour ce genre de personnages? Des femmes qui sont au centre de relations abusives mais qui se battent pour s’en sortir?

Elisabeth Moss: En tant que femmes, nous pouvons êtes fortes, nous pouvons avoir peur et nous pouvons nous battre. Je cherche des personnages qui ont ces différentes couches, ces différentes épaisseurs. Je suppose que je suis connue pour jouer ce personnage mais c’est parce que c’est ça qui m’intéresse. C’est ça qui me stimule.

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Quelle a été la partie la plus difficile lors du tournage? Le côté émotionnel ou bien les scènes d'action dans lesquelles vous vous battez contre l’homme invisible?

Elisabeth: La partie physique, clairement. Je suis plus habituée à l’aspect émotionnel. Le physique était plus difficile pour moi. Je n’ai absolument aucun intérêt pour le sport. Je ne cours pas, je ne fais rien.(Elle rit.) C’était un nouveau challenge d’avoir ces choses physiques à faire, j’ai dû m’entraîner pour ces combats, j’ai dû répéter. Je suis arrivée à être cette personne pendant un certain temps. Mais je me disais que j’aurais peut-être dû aller à la salle de sport avant. (Elle éclate de rire). J’ai dû m’échauffer avant de jouer certaines scènes. Ça ne m’était jamais arrivé.

Oliver, en quoi était-ce important que le personnage de l’homme invisible soit riche?

Oliver: Parce que c’est comme ça qu’il croit la contrôler. Beaucoup pensent que c’est l’argent qui donne le pouvoir et c’est cet argent qui permet à Adrian de créer ce costume qui lui permet d’être invisible. Le fait qu’il y ait de l’argent en jeu fait qu’on croit moins Cecilia. Les gens pensent: tu vis dans une belle maison, tu as de beaux vêtements, tais-toi. Arrête. La façon dont les gens opèrent, comme Adrian le fait, est tellement complexe. Ce sont des gens polyvalents, ils savent comment présenter les choses, ils manipulent les autres en permanence. Leigh a rencontré des femmes qui ont vécu ces relations abusives. C’est de la violence physique mais aussi émotionnelle, psychologique. Elle part, il pleure, elle revient. C’est une tactique. C’est un cycle terrifiant. Leigh a écrit son film de manière à ne pas exploiter ces situations mais il a écrit quelque chose d’incroyablement vrai sur ce qu’est la réalité pour beaucoup de gens.

Que pouvez-vous dire sur les prochaines saisons de The Handmaid’s Tale et de The Haunting of Hill House?

Elisabeth Moss: On va faire un crossover, je serai un fantôme dans la saison 2 de “The Haunting of Hill House”.
Adrian: Et moi, une servante dans “The Handmaid’s Tale”.
Elisabeth, en riant: Plus sérieusement, on commence à tourner début mars, jusqu’en août. Je ne peux pas vous dire grand-chose, vous vous en doutez. Mais je suis contente de retrouver June, qui me pousse à être une femme forte et à défendre les causes que je considère comme importantes.
Adrian: Et pour “The Haunting of Hill House”, le tournage est fini. Mais je ne peux rien vous dire de plus. Il faut attendre la date de diffusion.