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© Channel 12/AP - Fotomontage HLN

Une espionne d’Harvey Weinstein démasquée: “J’ai dû faire semblant d’être une victime”

Elle est blonde, mince et affiche un sourire radieux. Il n’était donc pas impossible que Stella Penn Pechanac soit l’une des victimes du producteur. C’est en tout cas ce que l’Israélienne de 36 ans a prétendu lorsqu’elle a contacté le New York Magazine pour partager “l’histoire d’Anna”. En réalité, tout était calculé. Stella Penn Pechanac travaillait pour Harvey Weinstein et était chargée de trouver des éléments compromettants sur ses accusatrices. 

Stella Penn Pechanac est une ancienne espionne qui a travaillé auparavant pour l’agence de renseignement israélienne Black Cube, une structure liée au Mossad, le fameux service secret israélien. En 2016, bien avant le scandale #MeToo, elle s’est approchée d’un journaliste du New York Magazine, Ben Wallace, qui enquêtait à l’époque sur diverses allégations d’abus sexuels contre Harvey Weinstein. Stella Penn Pechanac a prétendu être elle-même une victime qui voulait témoigner. Toutefois, le journaliste s’est vite rendu compte que quelque chose ne collait pas, car “Anna” s’intéressait un peu trop aux histoires des autres victimes. Il l’a aussi soupçonnée d’enregistrer leurs conversations.

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Harvey Weinstein © REUTERS

Rose McGowan

L’espionne a également approché l’actrice Rose McGowan, qui a accusé Harvey Weinstein de l’avoir violée. Elle s’est présentée, cette fois, sous le nom de “Diana Filip” et a pris un accent européen difficile à identifier. Elle lui a fait croire qu’elle était directrice d’une société londonienne de gestion de fortune et voulait lui parler pendant un dîner de gala. En quelque mois, l’espionne est parvenue à pénétrer dans la vie très privée de l’actrice. “Il n’y a personne en qui je puisse avoir autant confiance”, déclarait même cette dernière. L’espionne la suivait partout, de New York à la Californie.

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L’actrice Rose McGowan. © AP

Un livre

Tout cela n’était pourtant qu’une arnaque. Stella Penn Pechanac était durant tout ce temps au service d’Harvey Weinstein. Le producteur de films voulait “des informations qui l’aideraient à empêcher la publication d’un nouvel article négatif dans un grand journal new yorkais”. L’autre mission de l’espionne consistait à glaner des renseignements sur un livre dont le contenu serait très critique à son égard, un ouvrage qui serait d’ailleurs toujours en cours d’écriture. 

Campagne de dénigrement

L’objectif du rapprochement avec le journaliste Ben Wallace était de faire en sorte que certaines informations restes secrètes. “Harvey Weinstein était respecté”, explique l’espionne dans une interview accordée au Mail. “Tout le monde voulait travailler pour lui ou avec lui. Il a été confronté à de graves accusations et on avait des soupçons sur l’existence d’une campagne de dénigrement menée contre lui. J’avais déjà travaillé sur une campagne de ce style, mais dans le commerce. Là, c’était beaucoup plus grand”.

“Harvey était sûr à 100% qu’ils voulaient l’arrêter”, poursuit-elle. “Quand je l’ai rencontré, il était très vulnérable, même s’il avait la réputation d’être puissant, fort et dominant. Il m’a dit: ‘Quelqu’un essaie de m’attraper. J’ai besoin de votre aide. Tout ce qu’ils disent est un mensonge. Je n’ai jamais rien fait qui ne soit pas réciproque. Quelqu’un essaie de détruire ma société et ma famille. Je dois savoir qui c’est’”.

“Juste un travail”

Stella Penn Pechanac insiste sur le fait que ce n’était pour elle qu’un “travail” à l’époque. “C’était juste du théâtre”. 

Au sujet de sa relation avec Rose McGowan, elle déclare: “À bien des égards, nous sommes très semblables, donc le lien était réel. Dans un univers parallèle, dans une autre dimension, dans des circonstances différentes, nous aurions vraiment pu être amies. Mais les circonstances ont fait que tout cela était un mensonge. Je pense que Rose est très forte, très courageuse et je la soutiens dans ses actions. Je suis tellement désolée qu’elle ait pu se sentir trahie ou blessée par quelque chose que j’ai pu faire. Je suis désolée d’être entrée dans sa vie sous un faux prétexte. Ce n’était pas mon but de lui faire du mal”.