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Jean-Pierre Dardenne et Luc Dardenne © AFP

Une Palme d’Or géniale, deux films belges au palmarès et Antonio Banderas au sommet

VidéoLe Festival de Cannes 2019 restera dans les mémoires comme une année faste. Les films présentés méritaient, pour la majorité, leur place en compétition.

La cérémonie a commencé avec quelques images marquantes du tapis rouge de ce Festival de Cannes: Marion Cotillard, Elle Fanning, Alain Delon, Leonardo DiCaprio et Brad Pitt, Sylvester Stallone, Elton John, l’émotion de Claude Lelouch, les frères Dardenne, présents sur le tapis rouge de la cérémonie de clôture... 2019 fut impeccable.

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Edouard Baer, maître de cérémonie. © AFP

En entrant en scène, Edouard Baer a constaté: “Voilà, c’est fini, il est temps de se compter, de se reconnaître...” Et d’interroger: “qui a été touché par l'érotisme sulfureux de Kechiche?” Et tout le monde de rigoler dans la salle... Edouard Baer a alors imaginé des discussions, des disputes autour du cinéma: “Tu n’as pas été au cinéma? Non, chérie, je suis à Cannes, je n’ai pas le temps. Adieu polémiques, veaux, vaches, cochons, noeuds papillon. Nous resterons avec une petite marque indélébile en nous... L'émotion. C’est ça qu'on cherche, non, l'émotion?”

Meilleur court-métrage

“La distance entre le ciel et nous” du Grec Vasilis Kekatos.

Caméra d’Or, le prix du meilleur premier film

Un prix à l’unanimité pour “Nuestras Madres”, film belge francophone en espagnol. Le long métrage avait déjà remporté mercredi le Prix SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) à la Semaine de la Critique, section parallèle du Festival consacrée aux cinéastes débutants.

Premier long métrage de fiction de César Diaz produit par Need Productions, “Nuestras Madres” évoque le parcours d’un personnage en quête de ses origines, alors que le Guatemala juge au même moment des militaires à l’origine d’une guerre civile qui a fait des centaines de milliers de morts durant des décennies.

Le film renvoie à la propre histoire du réalisateur, né en 1978 et dont le père a disparu en 1981.

Sur scène, César Díaz a dédié son prix aux victimes du conflit guatémaltèque

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Cesar Diaz © EPA

Alejandro Inarritu, président du jury, est alors entré en scène et a confié: “Ça a été un énorme privilège de représenter le jury cette année. La sélection était incroyable, ça a été un vrai défi. On avait des réalisateurs iconiques à côté de nouvelles voix, du monde entier, dans des genres différents.” Il a regretté de devoir donner “si peu de récompenses à tous ces gens qui en mériteraient tant”. Il rappelle que “les prix ne sont l’opinion que de neuf personnes dans le monde”.

Mention spéciale du jury

Le jury a décidé de remettre une mention spéciale à Elia Suleiman pout “It must be heaven”. C'était son troisième film présenté à Cannes.

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Elia Suleiman © AFP

Meilleur scénario

Céline Sciamma pour “Portrait d’une jeune fille en feu”. “Ce prix me ramène à ma solitude initiale”, a confié la réalisatrice émue.

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Céline Sciamma © AFP

Prix d’interprétation féminine

Emily Beecham pour “Little Joe” de l’Autrichienne Jessica Hausner. “Je suis stupéfaite. J’ai reçu un coup de fil ce matin: on me disait que je devais revenir. J’ai fait ma valise, j'ai pris l’avion, j’ai oublié ma brosse à dents.” Dans le film “Little Joe”, Emily Beecham incarne une scientifique qui développe une plante génétiquement modifiée aux effets secondaires troublants.

En 2009, Emily Beecham avait été distinguée comme “meilleure actrice” au Festival du film indépendant de Londres pour son interprétation de Joanna, une jeune femme qui décide de venir nonne, dans “The Calling”, réalisé par Jan Dunn.

Plus récemment, elle a joué dans le déjanté “Hail, Cesar! “ des frères Coen, mais elle a surtout marqué les esprits en interprétant Daphné, dans le film homonyme de Peter Mackie Burns. Emily Beecham est surtout connue au petit écran pour son interprétation de “The Widow” (La Veuve) dans la série américaine post-apocalyptique “Into the Badlands”.

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Emily Beecham © REUTERS

Meilleure mise en scène

Les frères Dardenne pour “Le Jeune Ahmed”. “Merci au jury pour cette récompense pour ce film, qu’on a voulu comme une ode à la vie”, a déclaré Luc Dardenne en recevant ce prix, auprès de son frère Jean-Pierre, évoquant des “temps sombres difficiles, où des populismes identitaires montent”.

“Nous avons voulu filmer un appel à la vie, à la différence, ce qui est aussi la mission, la vocation du cinéma”, a encore souligné le réalisateur. “Le jeune Ahmed” raconte l’histoire d’un jeune garçon radicalisé de 13 ans. Lisez notre critique ici et notre interview des frères Dardenne ici.

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Luc Dardenne et Jean-Pierre Dardenne © AFP

Prix du jury

Un ex-aequo pour le Prix du jury: “Les misérables” et “Bacurau” repartent avec la récompense. Ladj Ly, réalisateur des “Misérables” a confié: “Le seul ennemi en commun qu’il y a entre ces gens dans mon film et les policiers: c’est la misère. Je dédie mon prix à tous les misérables de France.”

Prix d’interprétation masculine

Antonio Banderas pour le film de Pedro Almodovar, “Douleur et gloire”. Notre critique est à lire ici.

“Vous n’avez pas idée de combien j’aimerais parler français. Mais je ressens le besoin de parler espagnol... Lorsque je montais les marches et que j’ai vu Thierry Frémeaux, il m'a demandé: combien de temps ça t'a pris pour venir? Je pense qu’il voulait savoir savoir si je venais de Londres ou d’Espagne. Ma première réponse a été: 40 ans.”

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Antonio Banderas © REUTERS

Il a rendu hommage à Pedro Almodovar, qu’il interprète dans le film. “Il m’a tellement donné tout au long de ma vie. Cette récompense lui est dédiée. On a parcouru la vie professionnelle, tout le monde pense qu'on vit sur un tapis rouge mais c’est beaucoup de sacrifices.”

Grand Prix du Jury

“Atlantique” de Mati Diop, qui a livré un discours ému... et interminable.

Palme d’Or

Il avait déjà beaucoup plu avec “Okja” produit par Netflix. Sans surprise, “Parasite” de Bong Joon-Ho repart avec la Palme d’Or. Ce film raconte l’histoire de la famille de Ki-taek. Père, mère, frère et soeur sont au chômage. Un jour, le fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais dans la riche famille Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne... “Parasite” est un drame mais pas que... C’est un film aussi drôle que tordu et violent. C’est une jolie Palme d’Or: du vrai cinéma, où tous les genres s’entremêlent, mais accessible à tous.

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Bong Joon-Ho, Palme d’Or pour “Parasite”. © REUTERS