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Dans "Sibyl", Virginie Efira ose une scène de sexe assez crue... mais dans les bras de son partenaire dans la vie. © DR

Virginie Efira nue à l'écran mais dans les bras de son conjoint: “C’est plus facile”

InterviewNous l’avons rencontrée quelques heures avant la fameuse montée des marches. Virginie Efira nous confiait que l’excitation l’empêchait de dormir depuis trois jours. Elle se réjouissait des “beaux papiers” parus dans la presse au sujet de “Sibyl”, film de Justin Triet dont elle est l’héroïne et dans lequel elle ose quelques scènes torrides dans les bras de son conjoint à la ville, Niels Schneider.

Vous avez tourné deux films avec Justine Triet. Les deux héroïnes, Victoria et Sibyl, sont assez proches l’une de l’autre, elles partagent certaines attitudes. Ce sont des femmes un peu sur le fil... Vous comprenez que l’on fasse appel à vous pour jouer ce genre de rôles?

Ça n’a pas été le cas dès le départ... Au départ, je jouais des personnages très bien portants. Plus je vieillis, plus ils sont désaxés. Je comprends. Morphologiquement, il y a un truc de solidité chez moi. Je ne suis pas une brindille. Je dégage une forme d’autorité. Je pense que ça inspire à Justine une volonté de briser ça. Il y a des femmes où la vulnérabilité est plus perceptible tout de suite. Je donne l’apparence où tout va bien et ce qui est intéressant, c’est l’opposition: tu peux un peu malmener ça. Je donne à Justine des envies sadiques. (Elle rigole) C’est vrai qu’il y a eu d’autres rôles: celui de Verhoeven est complètement dingue. Mais pourquoi a-t-il pensé à moi?

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Virginie Efira sera bientôt à l'affiche du film "Benedetta" de Paul Verhoeven. © DR

Comment avez-vous préparé ce rôle de Sibyl? En fréquentant des thérapeutes?

Au moment où le film s’intéresse à Sibyl, ce n’est pas une psychanalyste qui fait extrêmement bien son travail. C’est quelqu’un qui dépasse les limites et qui commence à déborder. C’est un personnage en déconstruction. Elle a un problème d’identité. J’ai dû me mettre dans un état mental au lieu de me dire: “Ok, le personnage est comme ça, elle exerce son travail comme ça”. J’ai dû imaginer ce qu’elle avait dans la tête. C’était très personnel, ce n’était pas quelque chose à recopier de quelque part. J’avais déjà fait une psychanalyse. Les deux métiers que Justine me fait exercer dans ses films, ce sont ceux que j’aurais aimé faire si je n’étais pas actrice: avocate pénaliste et psychanalyste. Ça m’intéresse. Ce n’était pas un monde totalement inconnu.

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Il y a une scène où je le regarde Niels, mon conjoint, embrasser une autre fille devant moi. Ça m'a fait un choc physique, j'ai eu des soubre­sauts de larmes.

Virginie Efira

Les tournages avec Justine Triet ressemblent à celui auquel vous assistez dans le film?

Ce qui est spécial, c’est que les tournages de Justine ressemblent à ce qu’on voit dans le film, oui. C’est très chaotique. A un point tel où je me demandais: est-ce qu’elle le fait exprès? Il y a une confusion. Moi-même, j’utilise un vécu. Sans vouloir raconter toute ma vie privée, je tourne avec la personne avec laquelle je vis. Ca mélange beaucoup de choses. Je pense que de manière générale, tous les personnages que l’on joue sont un peu à l’intérieur de nous-mêmes.

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Virginie Efira dans "Sibyl". © DR

C’est plus facile de jouer avec son conjoint?

C’est spécial. On a tous les deux accepté de faire ça. Mais quand tu te retrouves dedans... Il y a une scène où je le regarde embrasser une autre fille devant moi. Niels est un acteur, je sais que ça arrive. Mais là, ça se passe sous mes yeux, à trois mètres. Ça m'a fait un choc physique. On sait qu’on a accepté le film, que c’est une fiction, c’est très bizarre... Mais non seulement tu ressens quelque chose qui n’est pas très agréable mais en plus tu macères là-dedans et tu l’utilises pour servir ton personnage. Au bout de six fois, quand Justine te dit: “On la refait”, j’en avais ras le bol. Tu crois que ça va aller, tu te crois solide mais après, j’ai eu des soubresauts de larmes. Après, ça va... Les choses sont saines: on se connaît. Mais c’est particulier...

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Et pour les scènes de sexe? C’est plus facile parce que c’est lui?

Oui, c’est plus facile sauf qu’il faut faire un écran. On connaît la personne mais ce n’est pas lui. Tu ne veux pas utiliser ta propre intimité. Tu dois presque imaginer quelqu’un d’autre sur le visage de l’autre. C’est bizarre. Mais tu sens que l’autre n’a pas peur, qu’il est avec toi, tu sais que tu ne risques pas de faire un geste qui va déplaire. C’est consenti.

Est-ce que c’est facile d’avoir des relations amoureuses équilibrées quand on est acteurs, sachant que vous avez parfois des scènes d’amour à tourner avec d’autres personnes?

Ca se passe assez bien. C’est un travail qui comporte des particularités par rapport à ça mais qui n’empêche pas d’avoir des valeurs qui vous sont propres, d’avoir un endroit privé, où on ne joue pas, un endroit stable. On fait tout ça, c’est un peu bizarre, mais après on reprend une place normale. Et puis, je n’ai pas 20 ans, j’en ai 42. Si tu es une jeune fille, que tu n’as pas encore ton identité, que c’est confus, que tu essaies de correspondre au regard d’un réalisateur, puis à un autre. C’est compliqué. Comme les gens qui ont un problème d’amour propre très fort et que la lumière est sur eux en permanence... Ils ne s’aiment pas et en même temps, tout le monde les regarde. Ça crée un problème de distorsion très fort. J’ai eu la chance que tout se passe lentement pour moi donc ce n’est pas trop compliqué à gérer. J’emprunte d’autres vies et puis, je reviens à la mienne plutôt simplement. Et puis, j’ai fait d’autres jobs, j’ai un enfant, ça va. J’ai d’autres choses.

Vous seriez prête à tourner une troisième fois avec Justine Triet?

Je ferais quinze films avec elle!

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