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Yolande Moreau © photo_news

Yolande Moreau: "J'ai toujours eu un sentiment d'usurpation, d'illégitimité"

INTERVIEWLa comédienne belge est nommée aux Magritte du cinéma dans la catégorie meilleure actrice pour son rôle dans le film "I feel good", de Gustave Kervern et Benoît Delépine, dans lequel elle interprète Monique, directrice d'un centre Emmaüs, aux côtés de Jean Dujardin. Avant la cérémonie, Yolande Moreau revient avec nous sur ce film mais aussi sur son parcours. Elle évoque également son enfance et nous parle de ses projets. Rencontre.

Vous êtes nommée aux Magritte du cinéma dans la catégorie meilleure actrice pour votre rôle dans "I feel good". Qu'est-ce que cela représente pour vous?
Ça fait toujours très plaisir. Mais je place les choses à l'endroit où elles sont.

Vous y jouez le rôle de Monique, qui dirige une communauté Emmaüs près de Pau. Un rôle important pour vous?
Important, je ne sais pas trop ce que ça veut dire. Mais en tout cas, j'aime les films de Gustave Kervern et Benoît Delépine. J'aime bien leur cinéma, leur ton subversif. Chaque fois, ils parlent de faits de société, de choses très actuelles, avec énormément de légèreté et d'humour, et de poésie aussi. On rit et en même temps ils parlent de choses graves. J'aime beaucoup ce ton-là.

Où placez-vous ce film dans votre filmographie?
Il est plus porteur d'espoir que les autres. Il est plus joyeux. Il donne des possibilités vers l'avenir. Pour les déçus de la gauche et de la droite, il y a peut-être des autres voies à exploiter.

Vous jouez avec Jean Dujardin. Était-ce une première?
Oh, il y a des années, on avait joué ensemble dans son premier film. Il était mort de trouille.

Comment s'est passé le tournage?
C'est très agréable de jouer avec lui.

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Jean Dujardin et Yolande Moreau dans "I feel good". © DR

Vous avez déjà reçu 3 Césars, 1 Magritte du cinéma et d'autres récompenses...
Elles sont exposées dans ma grange en Normandie. C'est fait avec humour, elles sont mélangées avec des statues de la Vierge et des E.T. en plastique, avec une petite statue que m'a faite mon petit-fils en terre et avec des coquilles de moules peintes en dorée. Il a 13 ans maintenant, ça passe vite.

Que représentent ces récompenses à vos yeux?
C'est une reconnaissance de la profession. Et en même temps, jamais rien n'est acquis.

Vous seriez déçue de ne pas obtenir ce Magritte?
Non, je ne serai pas déçue. En plus, Cécile de France est magnifique dans "Mademoiselle de Joncquières". Je suis très contente d'être nommée.

Vous jouez actuellement un spectacle sur Jacques Prévert...
Avec Christian Olivier. Il y a plein de morceaux mis en musique, des textes sans musique... Je chante aussi. On découvre un autre Prévert que celui que les enfants connaissent.

Quand allons-nous pouvoir découvrir ce spectacle en Belgique?
J'aimerais beaucoup. Des contacts ont été pris. C'est un spectacle avec lequel je m'amuse beaucoup. Il y avait longtemps que je n'étais pas remontée sur les planches.

Vous êtes également réalisatrice de films et de documentaires. Travaillez-vous actuellement sur un nouveau projet?
Je vais peut-être m'y remettre. J'ai du temps en mars et en avril. Ce serait un film.

"J'étais persuadée que ce métier n'était pas fait pour moi, dites-vous. J'ai toujours eu un sentiment d'usurpation, d'illégitimité." Pourquoi?
Les raisons pour lesquelles on fait ce métier sont souvent assez troubles. Il y a bien sûr l'amour des textes. Mais il y a aussi le désir d'être aimé qui est plus trouble. Moi je suis timide.

La 9e Cérémonie des Magritte du cinéma: ce samedi en direct sur La Deux et Auvio à 20h.

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Jean Dujardin et Yolande Moreau dans "I feel good". © DR

"À l'école, je vivais une forme d'inadaptation"

Votre papa était marchand de bois, votre maman femme au foyer. Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance?
J'ai eu une enfance plutôt heureuse. Avec mes parents, on allait camper. On chantait dans la petite 2 CV. J'ai bien aimé tout ça.

"À l'école, je vivais une forme d'inadaptation", dites-vous. Pourquoi?
Je n'ai pas trop aimé l'école, la rigidité... À l'adolescence, j'étais quand même un peu dissipée, j'avais envie d'autre chose. Mais j'ai quand même des bons souvenirs des amis, de mes copines. Ce qui, à mon avis, est quand même assez important.

Pendant votre enfance, vous étiez pieuse. Qu'est-ce qui vous a guidé vers Dieu?
C'est à l'époque de ma communion solennelle. J'étais assez mystique. Ça me faisait du bien. J'avais une exaltation.

"Mais dès 14 ans, c'était fini", ajoutez-vous. Que se passe-t-il alors?
J'ai rencontré d'autres univers et la sexualité. J'ai découvert les Beatles, Bob Dylan, Donovan... Et ça a changé bien des choses.

De quoi rêviez-vous alors?
Je rêvais de retour à la nature, d'être autonome, dans une ferme. Et je continue à essayer de réaliser ces rêves. Je fais de la permaculture, on a des moutons...

Bruxelles est votre ville natale. Néanmoins, vous vivez en Normandie depuis plus de 20 ans. Pourquoi?
Le hasard de nos parcours. Mon mari travaille avec un chef opérateur en France. Et moi j'ai travaillé 12 ans dans la compagnie de Jérôme Deschamps. Comme les enfants sont grands, on s'est vraiment rapproché de Paris.

Bruxelles ne vous manque pas?
Oh que si! J'aime aussi les gens en Normandie. Mais je retourne souvent à Bruxelles. Je viens encore en février.

Vous êtes quatre fois grand-mère...
Je suis très fière de mes petits-enfants, de ce qu'ils deviennent, de comment ils évoluent... On aurait bien voulu les voir plus souvent. J'ai été maman très tôt et donc je suis aussi grand-mère très tôt. Mes petits-fils viennent voir mon spectacle la semaine prochaine et j'en suis éperdument contente.