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Eddy Merckx lors du Tour de France 1969 © REPORTERS

Ces 7 dates marquantes de la fantastique année 1969 d’Eddy Merckx

1969 est l’année la plus marquante de la carrière d’Eddy Merckx. Le “Cannibale” a presque tout remporté, dont son premier Tour de France. Cinquante ans plus tard, la Grande Boucle partira de Bruxelles en juillet pour rendre hommage au triomphe du Belge. Le journaliste de la VRT Johny Vansevenant vient de publier un livre “1969 - L’année d’Eddy Merckx”. Il retrace avec nous sept dates marquantes de cette saison pas comme les autres.

“1969 a été ma meilleure année mais aussi ma plus mauvaise”. Dans la salle gothique de l’Hôtel de Ville de Bruxelles, Eddy Merckx vient de parfaitement résumer, en une seule phrase, les douze mois hors du commun vécus il y a cinquante ans. En compagnie de ses proches, la légende du cyclisme a présenté mercredi matin publiquement l’ouvrage “1969 - L’année d’Eddy Merckx” écrit par Johny Vansevenant.

Le journaliste est déjà l’auteur de trois livres sur Eddy Merckx, mais il en fallait bien un autre pour se focaliser sur cette fameuse année. Celle où le Belge alors âgé de 23 ans est entré dans une autre dimension en raflant presque tout sur son passage. Celle aussi où ses nerfs ont été mis à rude épreuve, entre suspicions de dopage et drame personnel. Incontestablement, 1969 a grandement fait la légende du “Cannibale”. Voici pourquoi en sept moments clés.

1. Le 16 mars: passage de témoin sur le Paris-Nice

Le point de départ, l’élément déclencheur… et un symbolique passage de témoin entre deux champions. Eddy Merckx remporte son premier Paris-Nice (il en gagnera sept en tout). Avant la dernière étape, le suspense est à son comble. Eddy Merckx ne compte que quelques secondes d’avance sur ses poursuivants. La décision se fera lors du contre-la-montre du col d’Èze.

Spécialiste du chrono, Jacques Anquetil part une minute et demie avant le cycliste belge. Mais ce dernier le rattrape et le dépasse. “Il avait un immense respect pour Jacques Anquetil, mais il devait faire une telle performance pour s’assurer de gagner le Paris-Nice car Raymond Poulidor n’était pas loin”, se souvient Johny Vansevenant. “Il a dû humilier son idole et cela lui a fait mal”, poursuit-il.

À ce moment, Jacques Anquetil, quintuple vainqueur du Tour de France, dispute l’une de ses dernières courses. “Il a dit à l’arrivée: ‘C’est un couteau en plein cœur. Mais j’ai 35 ans. Eddy Merckx comprendra mieux comment je me sens quand il aura mon âge. Je plains ses adversaires car il n’est qu’au début de ses exploits’”, relate le journaliste de la VRT. Anquetil prendra sa retraite quelques semaines plus tard, pendant que Merckx remporta son premier Tour de France.

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Jacques Anquetil et Eddy Merckx © photo_news

2. Le 30 mars: démonstration sur le Tour des Flandres

Son exceptionnel mois de mars, avec un succès sur le Milan-San Remo en plus du Paris-Nice, s’achève le 30 mars par sa toute première victoire sur le Tour des Flandres en trois participations. “C’était un jour spécial, il y avait du vent et de la pluie”, relate l’auteur du livre. Mais Eddy Merckx impressionne son monde en s’échappant à 70 km de l’arrivée alors qu’il reste tous les monts à gravir.

Guillaume Driessens, son Directeur sportif, ne comprend pas cette décision alors qu’il a trois équipiers dans le groupe de tête: “Tu es devenu fou?”, lance-t-il. Mais Merckx redoutait le sprint, comme il l’a confié lors de la présentation du livre mercredi, et il a préféré prendre les choses en main. “Je sentais que je devais y aller à ce moment”, précise le cycliste belge, spécialiste de l’improvisation pendant ses courses.

Un choix payant puisqu’il s’impose en solitaire à Merelbeke avec plus de cinq minutes d’avance sur son plus proche poursuivant, l’Italien Felice Gimondi. Une performance impressionnante, le tout avec une blessure au genou.

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Eddy Merckx © AP

3. Le 22 avril: son premier Liège-Bastogne-Liège

Deuxième du Paris-Roubaix et cinquième de la Flèche wallonne, le champion belge arrive en revanchard au Liège-Bastogne-Liège. “Je vais leur montrer qui est réellement Eddy Merckx”, dit-il la veille du départ.

Il remporte pour la première fois cette course au terme d’un fabuleux travail d’équipe. Le “Cannibale” s’envole avec deux coéquipiers dévoués: Roger Swerts et Victor Van Schil. Le premier se fait distancer après “un problème de dérailleur”, mais le deuxième tient le coup avec Merckx.

Les deux coureurs se soutiennent mutuellement dans cette longue offensive de 100 kilomètres. Jusqu’au moment de l’arrivée, où la question est désormais de savoir qui des deux compères traversera la ligne en premier. Homme de groupe, Merckx souhaite laisser la victoire à Van Schil. Mais pour ce dernier, la question ne se pose même pas.

“Bien sûr que c’est toi qui va gagner, et si tu tombes et que tu te casses la jambe, je vais t’emmener jusqu’à la ligne d’arrivée”, lui aurait-il dit. Grâce à son fidèle équipier, Merckx remporte la course. Le troisième, Barry Hoban, arrivera huit minutes plus tard.

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Eddy Merckx et Victor ‘Van Schil lors de l’arrivée de Liège-Bastogne-Liège © BELGA

4. Le 1er juin: exclu du Giro pour dopage

“La plus grande humiliation de sa carrière” selon Johny Vansevenant. Eddy Merckx porte alors le maillot rose du Tour d’Italie en ayant gagné quatre étapes. Il est quasiment assuré de glaner un 2e Giro d’affilée. Mais son aventure tourne à la catastrophe quand du Fencanfamina, un stimulant, est trouvé dans ses urines après l’étape de Savone. Il est exclu de la compétition.

“Il avait eu huit contrôles négatifs avant celui-ci. Il savait qu’en tant que leader, il serait contrôlé. Et soudain, il est positif. Il m’a raconté qu’un équipier de Felice Gimondi (son principal concurrent) est venu chez lui deux jours avant avec un coffre d’argent pour lui demander s’il était prêt à céder le Giro. Merckx avait évidemment refusé. Mais du coup, il se demande si cet argent n’a pas été utilisé autrement”, témoigne l’auteur de “1969 - L’année d’Eddy Merckx”. La suspension est levée le 10 juin “au bénéfice du doute”, lui permettant de disputer le Tour de France.

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Eddy Merckx lors de la présentation du livre © Photo News

5. Le 29 juin: maillot jaune à Woluve Saint-Pierre

Pour la première fois de sa carrière, Eddy Merckx endosse le mythique maillot du Tour de France. Incroyable clin d’œil du destin, cela arrive à… Woluve Saint-Pierre, la ville où il a grandi et fait ses premiers tours de roue. Il reconnaîtra après sa carrière que c’était son souhait le plus cher.

“C’était fantastique, mais il y avait un élément de frustration. Le Tour a commencé à Roubaix lors d’un prologue, et il a été battu. Donc il n’a pas été en Belgique avec le maillot jaune sur ses épaules”, nuance Johny Vansevenant.

Faema gagne tout de même le contre-la-montre par équipes à Woluve-Saint-Pierre, permettant à Merckx de prendre la première place du classement général. “Il était extrêmement content, les habitants de Woluve-Saint-Pierre également. Le jour d’après, lors du départ de la ville, il y avait beaucoup de personnes dans les rues. Il est également passé par Tervuren, où il a habité, cette fois avec le maillot jaune”, poursuit le journaliste.

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Eddy Merckx lors de la présentation du livre © BELGA

6. Le 20 juillet: victoire du Tour de France

Eddy Merckx remporte le Tour de France pour sa première participation avec une immense avance de 18 minutes sur son dauphin. En plus du maillot jaune, Merckx quitte Paris avec dans ses valises le maillot vert du classement par points, le maillot du meilleur grimpeur et le classement de la combativité, tandis que sa formation Faema termine en tête du classement par équipes.

Un véritable triomphe, plus d’un mois après l’épisode du Giro. Si son avance est si impressionnante, c’est que Merckx est arrivé en revanchard sur le Tour. “Il voulait montrer chaque jour qu’il n’avait pas besoin de se doper”, assure Johny Vansevenant. Un esprit de vengeance qui lui a permis de soulever (et de grimper) des montagnes.

Son retour au pays a été mémorable. La Belgique attendait un gagnant belge depuis 30 ans. “Tout le monde suivait son parcours. Toute la Belgique était derrière lui lors des accusations du Giro. L’effervescence était incroyable quand il est revenu à Bruxelles. Il a été au balcon de l’Hôtel de Ville, il a été reçu par le Roi Baudouin. Cela veut dire que tu as fait quelque chose pour ton pays”, rappelle l’auteur. Assurément le plus beau souvenir de sa carrière.

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Eddy Merckx et sa femme chez le roi Baudouin et la reine Fabiola © Photo News

7. Le 9 septembre: l’accident de Blois

Après ce Tour 1969, Eddy Merckx est victime d’un accident lors d’une course derrière derny sur le vélodrome de Blois. Son entraîneur et lui font un salto de plus de 10 mètres. Fernand Wambst décède sur le coup, le cycliste belge est inconscient et transporté à l’hôpital, dont il sort quatre jours plus tard.

“Il revient rapidement en course mais plus rien ne sera comme avant. Il ne peut plus grimper sans sentir une douleur permanente à la hanche ou au dos. Il souffrait énormément. Il ne gagnait plus les étapes avec plusieurs minutes d’avance, mais il continuait de gagner tout de même”, se souvient le journaliste. Un handicap qui ne l’a effectivement pas empêché de continuer d’accumuler les victoires pendant toute sa carrière.

C’est le quatrième ouvrage que Johny Vansevenant consacre à Eddy Merckx. “Après la biographie (parue en 2015 à l’occasion des 70 ans d’Eddy Merckx, ndlr), je pensais que tout était dit sur Eddy”, a déclaré l’auteur. “Puis, quand Christian Prudhomme, le patron du Tour de France, a annoncé il y a deux ans que Bruxelles accueillerait le Grand Départ du Tour en hommage à Eddy, je me suis dit que je ne pouvais pas en rester là, et j’ai voulu écrire un livre sur l’année 1969, qui est véritablement l’année Eddy Merckx”.

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Le livre “1969 - L’année d’Eddy Merckx” © VTM NIEUWS

Eddy Merckx a collaboré au livre. “Il y avait déjà eu plusieurs livres sur moi, mais celui-ci parle de l’année 69. J’ai gagné d’autres Tours de France par la suite, mais le Tour 1969 reste la plus belle victoire de ma carrière”, dit Eddy Merckx, qui remporta encore le Tour en 1970, 1971, 1972 et 1974.

Le livre, publié en français et en néerlandais aux Éditions Lannoo & Racine (une version anglaise est en cours de traduction), revient sur cette année en donnant la parole à Eddy Merckx, sa famille, ses équipiers et d’autres coureurs qui ont animé cette année 69. L’ouvrage propose plus de 250 photos, la plupart inédites.

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Johny Vansevenant et Eddy Merckx © Photo News
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Eddy Merckx et Johny Vansevenant durant la présentation du livre © BELGA
  1. Raymond Poulidor est décédé à l’âge de 83 ans
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    MISE À JOUR

    Raymond Poulidor est décédé à l’âge de 83 ans

    L’une des figures les plus populaires du cyclisme, Raymond Poulidor s’est éteint à l’âge de 83 ans, rapporte l’Equipe mercredi. Hospitalisé depuis le 8 octobre dernier en raison d’une grande fatigue, l’ancien coureur français est décédé à Saint-Léonard-de-Noblat dans sa commune du limousin, mercredi à 2 heures du matin, écrit le quotidien sportif français. Raymond “était très fatigué depuis le dernier Tour de France”, avait expliqué son épouse il y a quelques semaines.