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100 jours sans gouvernement: pourquoi ça bloque?

Depuis le scrutin du 26 mai dernier, 100 jours se sont écoulés. Le bilan? Des gouvernements ont vu le jour à Bruxelles et en communauté germanophone. En Flandre et en Wallonie, où l'on bat des records d’attente, de nouveaux exécutifs pourraient être instaurés dans un futur relativement proche. La situation demeure plus complexe au fédéral. Elle pourrait perdurer et même conduire à de nouvelles élections. Retour sur les raisons du blocage. 

6 décembre 2011, le gouvernement Di Rupo naît après une crise politique longue de 541 jours. Un record absolu qui paraît encore bien lointain, malgré la barre franchie des 100 jours sans gouvernement. Un cap symbolique basé sur le décompte  des jours écoulés depuis le 26 mai dernier et qui tend à travestir la réalité. La Belgique ne jouit plus d’un exécutif de plein exercice depuis 259 jours et l’entrée en action du gouvernement minoritaire Michel II. 

“Un gouvernement en affaires courantes dispose de peu de leviers pour agir et se retrouve confronté à de grandes difficultés pour confectionner un budget. Il ne peut prendre aucune décision et procéder à aucune nomination, ce qui place plusieurs dossiers en attente. En temps normal, ce n’est pas toujours dramatique, mais le contexte actuel est particulier”, entame le politologue Pascal Delwit.

“En interne, le précédent gouvernement laisse un déficit important qui nécessite un assainissement. L’inconnue règne autour du Brexit et le commerce international est marqué par de vives tensions entre la Russie et la Chine, notamment. Sans oublier la situation socio-économique de l’Allemagne qui se dégrade. Ce sont des éléments qui nous poussent à réagir.” 

Le temps commence-t-il à presser pour les négociateurs en quête d’une nouvelle majorité? “Le plus tôt est le mieux, mais le plus cohérent est le mieux aussi”, tempère le professeur de l’ULB. “Plusieurs éléments expliquent le blocage actuel.”

Difficulté arithmétique 

En premier lieu, évidemment, le verdict des urnes. “Pour aboutir à une majorité, il faut au moins 76 sièges sur 150. Le Vlaams Belang (18) et le PTB-PVDA (12) en comptabilisent 30, au total. Or, on imagine mal ces partis faire partie du gouvernement. Autrement dit, il faut dégager 76 sièges sur 120, ce qui restreint la marge de manoeuvre.”

“Historiquement, on essaye également de conserver une certaine équité, qu’il y ait un nombre important de députés dans chaque rôle linguistique. Même si on a ouvert la boîte de Pandore en 2014 avec un rôle francophone très minoré”, poursuit Pascal Delwit. “Mais du côté néerlandophone, il paraît peu probable que l’on l’accepte cela. Trouver 76 sièges sur 120 et faire en sorte de ne léser aucun rôle linguistique, cela s’avère très complexe.” 

Des choix électoraux opposés

Autre obstacle, la difficulté d’allier le PS, premier parti francophone, et la N-VA, premier parti en Flandre. “C’est évident, l’axe du comportement électoral est différent au nord et au sud du pays. Pour une bonne part de l’électorat du PS, c’est inconcevable de gouverner avec la N-VA et vice-versa, même si la N-VA se montre plus ouverte à gouverner avec le PS.” 

Pascal Delwit rappelle qu’une majorité comprenant le PS et la N-VA n’est pas la seule alternative possible et évoque la possibilité d’une coalition arc-en-ciel (écologistes, socialistes et libéraux), potentiellement élargie au CD&V. 

“Pour l’instant, pour des raisons qui m’échappent un peu, les informateurs privilégient le schéma d’association avec le PS et la N-VA, malgré les signaux très négatifs envoyés par les socialistes. Peut-être qu’à un moment, il faudra envisager l’autre solution.”

Une tendance internationale

“En Europe, depuis quelques années, les formations de gouvernements s'avèrent de plus en plus complexes. Regardez en Espagne, ils essayent de former un gouvernement depuis six mois. La formation du gouvernement allemand a été très compliquée, idem aux Pays-Bas. On est dans une situation où la fragmentation des systèmes politiques devient telle qu’il s’avère ardu de former des coalitions qui relèvent un sens politique”, avance Pascal Delwit avant de souligner une spécificité belge.

“Chez nous, le scrutin fédéral, c’est quasiment deux élections parallèles avec lesquelles il convient de composer. Si vous suivez une campagne au nord et sud du pas, vous avez le sentiment de ne pas être dans la logique d’une même et unique élection.” 

Retour aux urnes?

Le blocage actuel est-il susceptible de provoquer de nouvelles élections? “Cela n’est jamais arrivé en Belgique, mais le scénario est possible. Si les différents schémas envisagés finissent par échouer et que l’on se retrouve face à une réelle impasse...”