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Une chaussure retrouvée sur l'épave de l'avion qui a été abattu. © AFP

Comment un avion de ligne peut-il être confondu avec un missile de croisière?

Le mercredi 8 janvier, un avion de la compagnie Ukraine Airlines International était abattu par un soldat iranien qui l’avait pris “par erreur” pour un missile de croisière. Les militaires qui gardaient une base iranienne située dans le désert, à l’ouest de l’aéroport, ont cru que l’objet se dirigeait droit sur eux et ont tiré. 176 civils sont décédés, principalement des Iraniens et des Canadiens.

Comment ce soldat a-t-il pu se tromper à ce point?

Il est possible que l’armée iranienne s’attendait à ce que les États-Unis ripostent cette nuit-là après les attaques contre les bases américaines en Irak. Selon les Iraniens, ces attaques ont eu lieu entre 1h45 et 2h15, heure locale.

Quelques heures plus tard, le vol PS752 a décollé de l’aéroport international de Téhéran, à 6h12 du matin. Selon le commandant des forces aériennes iraniennes Amir Ali Hajizadeh, il y aurait eu une “perturbation” dans les télécommunications. Par conséquent, selon lui, les militaires ont été mis dans l’incapacité de se concerter sur l’objet qui s’approchait et ils ont dû prendre une décision seuls, en seulement une dizaine de secondes. “Et ils ont pris la mauvaise décision”, a-t-il ajouté à la télévision. Un soldat a donc tiré un ou deux missiles à courte portée sur le Boeing 737-800, qui a pris feu avant de s’écraser à 6h18. 

Selon l’expert militaire Peter Wijninga du Centre d’études stratégiques de La Haye (HCSS), il se peut qu’à cause de cette défaillance de communication, l’aéroport ne soit pas parvenu à signaler à la base qu’un avion avait décollé. Cette nuit-là, huit autres avions remplis de civils ont décollé de Téhéran et six d’entre eux ont survolé la base militaire, explique Joris Melkert, expert en aviation et professeur à l’Université de technologie de Delft. La base a dû être prévenue de leur passage. Le tir est donc le fruit d'une erreur humaine, selon lui.

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Les restes de l'avion de ligne ukrainien. © AP

Les radars russes

L’avion aurait été abattu par une fusée Tor M1 de fabrication russe. Ces fusées sont tirées depuis un véhicule comprenant deux à trois personnes. Selon Peter Wijninga de HCSS, l’officier décide s’il faut tirer et le sous-officier exécute. D’après lui, les Russes n’envoient pas leurs équipements les plus modernes à l’étranger. Il s’agirait donc d’un vieux modèle avec un radar à rayon rotatif. “Chaque fois que le faisceau passe devant un objet volant, un point s’allume. Cela indique où se trouve un avion, dans quelle direction il vole et à quelle vitesse il se déplace”, explique-t-il.

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Sur cette image radar, on constate que l'Iran est assez peu survolée par les avions de ligne © Flightradar

Avec un aérodrome à proximité, les militaires dessinent souvent eux-mêmes les trajectoires de vol au crayon sur l’écran. Les radars plus modernes permettent une meilleure identification des vols ‘amis’ car sur un radar, tous les objets volants se ressemblent. Un soldat expérimenté aurait toutefois pu voir qu’il ne s’agissait pas d’une fusée, d’après les experts. “L’avion ukrainien se déplaçait à 500 kilomètres à l’heure, alors qu’un missile de croisière va jusqu’à 880 kilomètres à l’heure. On peut voir ça sur le radar”, explique Joris Melkert.

Les tirs sont-ils automatiques? Est-ce une personne qui décide?

“Presque tous les missiles à courte portée ont un mode automatique”, d’après Peter Wijninga. “L’ordinateur tirera immédiatement mais encore faut-il l’allumer”. Plusieurs rapports signalent que l’avion ukrainien a été touché par deux missiles. En mode automatique, surtout lorsque la cible est si proche, deux fusées sont toujours tirées en même temps, pour s’assurer que la cible est atteinte, dit-il. Les “dix secondes” mentionnées par les soldats iraniens comme “temps de décision” sont réalistes selon lui.

Que se passe-t-il concrètement dans les airs?

“Une fusée Tor se dirige vers sa cible à une vitesse de 2.500 à 3.000 kilomètres à l’heure”, reprend Peter Wijninga. “Sa tête est contrôlée depuis un radar au sol. L’avion de ligne n’avait donc aucune chance d’y échapper”. Une fois arrivée à proximité de sa cible, un capteur de la fusée s’anime et la fusée explose. L'onde de choc frappe l’avion. Les morceaux de la fusée frappent la cible comme de la grêle. Si les réservoirs de carburant sont touchés, un incendie se déclenche. C’est probablement ce qui s’est produit pour l’avion ukrainien.

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L'avion a clairement pris feu, comme l'indiquent plusieurs images d'amateurs © DR
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Un hommage a été adressé aux victimes de l'avion, à Téhéran
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Un hommage a été adressé aux victimes de l'avion, à Téhéran © AFP