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Les sauveteurs sur le site du crash, à gauche / Robin Ramaekers de VTM NIeuws © AP/DR

Pourquoi l’Iran reconnaît soudain sa faute et quelles conséquences? L’avis de notre expert

Après avoir démenti haut et fort durant des jours, l’Iran a enfin reconnu sa responsabilité dans le crash du Boeing ukrainien, abattu par un missile. Après avoir clamé que ce scénario était impossible, un général iranien endosse désormais la dure réalité des faits: les passagers et l’équipage sont morts par sa faute. Pourquoi ce revirement soudain du régime, qui plaidait jusque là l’incident technique de l’appareil d’Ukraine Airlines. Le journaliste et expert de VTM Robin Ramaekers répond aux questions qui se posent aujourd’hui.

Mercredi, l’avion d’Ukraine Airlines se crashait peu après son décollage de Téhéran. Un drame qui a coûté la vie aux 176 occupants de l’appareil, principalement des civils iraniens et canadiens, mais aussi ukrainiens, suédois et britanniques. Une catastrophe qui survient étrangement en pleine escalade du conflit entre les USA et l’Iran et c’est évidemment pourquoi tous les regards se sont tournés aussitôt sur le régime iranien. 

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Les restes de l’appareil, abattu peu après son décollage de Téhéran © AFP

Malgré les éléments accablants, le gouvernement iranien a persisté plusieurs jours en plaidant le problème technique de l’appareil, qui avait été contrôlé à peine quelques jours avant le crash. Finalement, l’Iran a changé son fusil d’épaule ce samedi, concédant que son armée avait commis une erreur: le Boeing a bel et bien été abattu en plein vol, pris à tort pour un missile de croisière ennemi. L’avion ukrainien a été descendu par un missile balistique à courte portée, ne laissant aucune chance aux passagers et à l’équipage. Amir ali Hajizadeh, commandant de la branche aérienne des Gardiens de la révolution iranienne, dit endosser la totale responsabilité de cette grave erreur. “Le soldat n’a eu que dix secondes pour décider quoi faire”, a-t-il justifié.

Pourquoi cette volte-face?

“Je pense que le régime iranien, sous pression devant les éléments à charge d’une part, mais aussi sous pression diplomatique venue des USA et de l’Europe d’autre part, a décidé de reconnaître sa faute”, explique Robin Ramaekers de VTM. “Cette pression venue d’Europe a eu un grand rôle à jouer si on regarde la problématique dans une perspective globale. L’Iran a relativement peu d’alliés. Si l’Europe à son tour met le pays sous pression en déployant elle aussi des sanctions, la nation se retrouve peu à peu dans une situation sans issue. Donc je crois que l’Iran s’est un peu dit ‘C’est un mal pour un bien’. C’était une manière de relâcher un peu la pression et rebondir à nouveau”. 

Pourquoi l’Iran rejette encore partiellement la faute sur les États-Unis? 

Le ministre iranien des Affaires étrangères a en effet ajouté que tout cela est arrivé “en raison de l’aventurisme américain” dans la région, lequel a placé l’Iran sur des charbons ardents. “Si les Américains n’avaient pas pris la décision d’éliminer le puissant général iranien Soleimani, nous n’en serions, selon l’Iran, pas là aujourd’hui. L’Iran n’en démordra jamais, mais c’est parce que c’est un peu une guerre de perception. L’enjeu est naturellement de garder le contrôle sur ce que son propre peuple pensera de ses actions”, analyse le reporter. 

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Amir Ali Hajizadeh lors de sa conférence de presse © EPA

Mais alors, le peuple iranien va-t-il reprocher l’incident au régime?

“C’est délicat. Car en reconnaissant ses torts, le régime est sur un terrain glissant. La grande majorité des passagers était d’origine iranienne. Cela est encore plus douloureux pour la population d’Iran, surtout maintenant que l’on sait que le gouvernement lui-même a pris la décision d’abattre l’appareil. C’est aussi pour cela qu’il faut comprendre pourquoi le ministre des Affaires étrangères pointe toujours les États-Unis du doigt. Il s’agit de tenter de limiter les dégâts en disant à son peuple: ‘Oui, mais ce sont quand même les Américains qui ont commencé, pas nous’”. 

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Les Iraniens rendent hommage aux victimes à Téhéran © EPA

Le crash peut-il mettre le régime en danger?

“Non. L’élimination du général Soleimani par les Américains a fait émerger un grand mouvement nationaliste en Iran. Et même maintenant que le régime a reconnu s’être trompé, il y a encore une chose qui unit les Iraniens, et c’est ce sentiment nationaliste prégnant. Maintenant, en tant que citoyen, que vous soyez pour ou contre le régime, la perception générale est que le pays est en situation défensive, il a été attaqué. Il y a bien sûr eu des manifestations populaires spontanées au cours des derniers mois, contre les conditions socio-économiques difficiles dans le pays, mais présentement le peuple se sent dans le même bateau que le régime”.

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Hommage aux victimes du crash à Téhéran © EPA

L’Iran dédommagera-t-il les proches des victimes?

“Je le pense, mais il reste à voir dans quelle mesure. Les victimes étaient quasi toutes des Iraniens ou des personnes avec des racines iraniennes, donc je pense que le régime n’y verra pas d’objection. Il y aura sûrement un genre de démarche en dommages et intérêts”, conclut-il.

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Les photos de l’équipage ont été exposées à l’aéroport de Kiev © AFP