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Bart De Wever, Elio Di Rupo et Paul Magnette en 2014. © REUTERS

“Le PS est le meilleur allié de Bart De Wever”

Pour la N-VA, la Belgique ferait mieux de passer au confédéralisme. Tout le monde y serait gagnant, veulent faire croire les nationalistes flamands. Bien qu’étant toujours le premier parti du pays, la N-VA ne pourra transformer la Belgique sans partenaire(s) francophone(s). Selon certains experts, le meilleur allié du parti de Bart De Wever est tout trouvé: le Parti socialiste.

On l’a constaté encore davantage après le triple scrutin du 26 mai: la Belgique est plus que jamais divisée sur le plan politique. Les Flamands votant toujours plus à droite, les francophones encore plus à gauche. La Belgique en tant qu’Etat fédéral a-t-elle encore du sens alors que ses deux principales communautés semblent diamétralement opposées sur le plan politico-idéologique?

La N-VA abat la carte confédéraliste

“La différence entre la Flandre et la Wallonie n’a jamais été aussi grande”, déclarait Bart De Wever le soir des élections. Une différence qui implique, selon lui,  de “mettre la carte confédéraliste sur la table, tant à gauche qu’à droite.”

Sans évoquer le confédéralisme, le constitutionnaliste Marc Uyttendaele a admis que la situation au fédéral pourrait aboutir à une impasse et qu’il faudra peut-être retourner aux urnes. De nouvelles élections qui permettraient de se prononcer sur les questions institutionnelles et, en particulier, sur l'avenir de la Belgique, ensemble ou séparément, expliquait le compagnon de Laurette Onkelinx (PS) sur La Première.

Le PS, un parti aux penchants régionalistes

Marc Uyttendaele ne parle évidemment pas pour le PS. Il n’empêche, les socialistes ne fermeraient pas totalement la porte à de nouveaux ajustements communautaires. D’autant plus que le premier parti de Wallonie a toujours eu un fort penchant régionaliste. Comme le souligne Het Nieuwsblad, le PS et le CVP, devenu CD&V, ont toujours été le moteur des différentes réformes de l’Etat.

“Ils ont chacun obtenu davantage de pouvoir dans la région qu’ils dominaient”, explique le politologue de la VUB Dave Sinardet au journal flamand. Cette tendance réformiste s’est considérablement ralentie côté francophone à partir du moment où la Wallonie a commencé à traîner la patte économiquement parlant, souligne l'expert. 

Il n'est pas question ici d’un nationalisme wallon à la N-VA, mais plutôt de transférer des compétences de la Communauté française (devenue FWB) vers la Région wallonne. Le partage des compétences fédérales n’est qu’un effet secondaire. Plusieurs personnalités du PS sont par ailleurs considérées comme régionalistes, parmi lesquelles Pierre-Yves Dermagne et Jean-Claude Marcourt, tous deux candidats à la ministre-présidence wallonne.

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“La loi de finance­ment est une épée de Damoclès au-dessus de la Wallonie”

Pierre Vercauteren, professeur de sciences politiques à l’UCL-Mons

Un autre élément, et non des moindres, laisse à penser que le PS ne fermera pas forcément la porte à de nouvelles aventures communautaires: la nouvelle loi de financement qui répartit les recettes de l’impôt des personnes physiques entre les différentes entités du pays. La Région wallonne pourrait ainsi perdre plusieurs dizaines de millions d’euros chaque année à partir de 2024. Ce qui a poussé Elio Di Rupo à déclarer, avant les élections, que la Wallonie pourrait mettre sur la table cette loi qu’il a lui-même contribué à élaborer si de nouvelles actions communautaires devaient avoir lieu. 

“Di Rupo et Magnette sont des hommes de pouvoir”

“Cette loi, c'est une épée de Damoclès au-dessus de la Wallonie”, soutient Pierre Vercauteren, professeur de sciences politiques à l’UCL-Mons, interrogé par Het Nieuwsblad. Car les nationalistes flamands risquent bien de se montrer gourmands lors des négociations. Cependant, Pierre Vercauteren ne pense pas que le PS soit demandeur d’une nouvelle réforme de l’Etat.

Dave Sinardet se montre nettement moins catégorique. “En soi, le PS est le meilleur allié de Bart De Wever. Di Rupo et Magnette sont des hommes de pouvoir”, explique le politologue flamand. “S’il le faut vraiment, ils ne diront pas non, même si je trouve qu’il y a, des deux côtés de la frontière linguistique, beaucoup de “divas” qui ne cessent de marteler que la situation est si compliquée en Belgique. Ailleurs en Europe, les cartes ne sont pas plus évidentes. Et Là-bas, ils parviennent à former un gouvernement”, constate Dave Sinardet.

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