Au secours, la nouvelle copine de son frère est sa gynéco

Quand elle lui dit qu’il ferait bien de sortir avec une femme comme la gynécologue qui vient de l’avorter au lieu de toujours traîner avec des folles, Sophia ne s’attendait pas à ce que son frère Karim s’exécute avec autant de joie. 

Sophia et Karim enchaînaient jusque là les relations éphémères, qui ne risquaient pas de bouleverser leurs habitudes. Là, en plus d’avoir choisi une femme qui la connaît intimement, Karim est vraiment amoureux. Plus son frère est heureux avec sa nouvelle copine, plus Sophia s’enfonce dans la mélancolie.

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Elle est triste mais qu’est-ce que c’est drôle

L’équilibre entre le frère et la soeur change rapidement et on assiste à la redistribution des cartes en souriant. C’est que Monia Chokri a fait ses armes de réalisatrice au bon endroit: elle était actrice chez Xavier Dolan avant ce premier film (avec Niels Schneider, qu’elle a engagé dans son film, elle faisait partie du triangle des “Amours imaginaires”). Comme lui, elle manie très bien le tragi-comique.

Sophia est au fond du trou entre ses huit ans d’études qui ne débouchent sur aucun job, les gens qui lui parlent en permanence de l’importance d’avoir un enfant alors qu’elle n’en veut pas, et son frère qui roucoule. Et pourtant, on rigole. Les personnages de Monia Chokri ont un sens de la répartie délicieux. Leurs échanges sont tour à tour drôles, touchants, explosifs, absurdes.

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Une sorte de Tanguy nouvelle génération

La trentenaire Sophia a encore des airs d’adolescente révoltée, elle n’a pas très envie de grandir et ça la rend attachante. Sophia, jouée par Anne-Elisabeth Bossé, très connue au Québec, ne trouve pas de sens à sa vie et beaucoup de jeunes adultes sortant des études se trouvent dans le même cas qu’elle. Elle aurait aimé rester dans le giron parental ou fraternel encore un peu pour ne pas affronter “la brutalité du monde”, comme elle aime le rappeler. C’est une sorte de Tanguy 2019. On pourrait croire qu’elle a pris son émancipation dans la pratique mais elle reste gentiment attardée, par choix. 

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Monia Chokri constate: “Il y a peu de films sur la relation frère-soeur.” Et c’est vrai. “La femme de mon frère” rend hommage à la famille au sens large. Sophia aime rappeler que le noyau familial nous construit et que plusieurs générations sont impactées par la façon dont notre famille primaire (parents, frère, soeur) fonctionne. “La femme de mon frère” est un film bien de sa génération. Seul bémol pour ce film présenté en ouverture de la sélection Un certain regard: quelques longueurs et une fin qui s’étiole alors que le rythme était soutenu jusque là.