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Les vérités de Zahia: “Je fais passer mon propre plaisir avant tout”

InterviewZahia Dehar ne fait pas grand-chose pour qu’on la regarde dans les yeux. Dans “Une fille facile” de Rebecca Zlotowski, elle est souvent seins nus. Lorsque nous l’avons rencontrée pour parler de ce film dont elle est la vedette, le tissu de sa très courte robe blanche s’ouvrait largement sur sa poitrine atomique qu’elle jure n’avoir jamais retouchée. “Émue” et “heureuse” de faire ses premiers pas d’actrice à Cannes, Zahia, douce, franche et drôle, nous explique qu’elle a été repérée par Rebecca Zlotowski lorsqu’elle s’est mise à lui suivre sur Instagram.

“Elle m’a envoyé un message et m’a proposé un rendez-vous. On s’est beaucoup appréciées. Quand elle m’a parlé du film, du personnage de Sofia, j’étais très excitée. J’ai toujours été attirée par des femmes comme ça, complètement libres et qui résistent aux restrictions et aux attentes de la société. J’ai toujours aimé regarder des films avec des femmes comme ça, comme Isabelle Adjani dans L’été meurtrier. C’est libérateur.”

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Si les gens me voient comme une mauvaise fille, je n’en ai rien à faire. Mon plaisir est important, pas l’opinion des gens

Zahia Dehar

À l’écran, Zahia joue une fille qui troque son corps contre des cadeaux onéreux. On peut difficilement parler de rôle de composition, elle qui a été révélée au monde en tant qu’escort-girl de luxe. “C’est dur pour les femmes comme moi. Dans la société, on aime mettre les femmes dans des boîtes. Il y a les gentilles et les mauvaises filles. Mais c’est quoi une mauvaise fille finalement? Moi j’admire les filles faciles, ce sont des femmes très fortes, libres. Une fille facile, c’est une femme qui est capable de profiter de sa propre sexualité comme un homme le fait. Elle n’a pas peur des jugements de la société, elle ne se soumet pas à cette morale ridicule que la société lui impose.”

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Son propre plaisir avant tout

Elle le répétera régulièrement tout au long de l’interview: “Je fais passer mon propre plaisir avant tout. Si les gens me voient comme une mauvaise fille, je n’en ai rien à faire. Mon plaisir est important, pas l’opinion des gens.”

Zahia sait de quoi elle parle, elle qui a été mise au ban de la société quand le monde a appris qu’elle avait couché avec Franck Ribéry et Karim Benzema. “Quand une femme veut profiter de sa propre sexualité comme un homme peut le faire, la société ne l’aime pas. On devrait pouvoir vivre notre vie privée comme on le souhaite. Les hommes sont libres de faire ce qu’ils veulent. Je ne veux pas qu’on leur enlève cette liberté. Je veux juste la même chose pour les femmes.”

“J’ai pensé au suicide”

Ce qui a très vite été baptisé “l’affaire Zahia” a éclaté en 2008. Elle s’en rappelle sans émotion particulière, confiant dans un sourire que le foot n’a jamais été sa passion et ne l’est toujours pas aujourd’hui. Elle admet cependant: “J’avais 18 ans. J’ai commencé ma vie avec cette énorme étiquette, j’étais comme une criminelle alors que c’était ma vie privée. Je pensais que ma vie était foutue. Je me disais que je n’allais rien pouvoir faire de ma vie, que personne n’allait vouloir travailler avec moi. J’ai pensé au suicide. Mais un jour, j’ai décidé d’être fière de ça. Je n’ai rien fait de mal. J’ai décidé de faire ce que j’avais envie de faire, malgré cette étiquette. Il m’a fallu six mois pour me relever.”

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L’actrice débutante rappelle que ses activités d’escort-girl ne sont qu’une “petite partie de [sa] vie.” “Et ce n’était pas un travail, c’était quelque chose qui appartenait à ma vie privée. Je ne crois pas en l’amour mais j’aime les belles robes et les beaux sacs à main. C’est mon choix. On vit dans un monde matérialiste. Ce qui domine dans ce monde-là, ce n’est pas l’amour, c’est l’argent.”

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Je ne crois pas en l’amour mais j’aime les belles robes et les beaux sacs à main. C’est mon choix.

Zahia Dehar

“Toute cette idée de l’amour, du couple, on célébre ça comme si c’était important. Mais pour moi, c’est très superficiel. L’amour véritable, c’est quand vous n’attendez rien en retour. Je vis le vrai amour tous les jours: quand je vois ces bébés phoques être tués à la télé et que je pleure pour eux, c’est de l’amour.”

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Zahia Dehar, la réalisatrice Rebecca Zlotowski et Benoît Magimel © Photo News

À 12 ans déjà...

De l’amour, elle en a pour sa mère qui l’a toujours soutenue. “Ma mère est très ouverte d’esprit. Et si je pense ce que je pense aujourd’hui, c’est grâce à elle. Quand j’avais 12 ans et que j’allais à l’école avec une jupe très courte, les autres parents étaient choqués et demandaient à ma mère pourquoi elle me laissait sortir comme ça. Elle me soutenait. Je n’avais pas peur de ne pas avoir d’amis. Je m’en moquais d’être aimée. Pourquoi aurais-je eu envie d’être aimée par des gens aussi stupides?”

Zahia ne sait pas de quoi son avenir sera fait. Elle sera peut-être actrice, elle rencontrera peut-être un homme qui, enfin, lui fera croire aux jolis sentiments. Un homme “intelligent” qui connaîtra sa valeur et “qui me connaîtra exactement telle que je suis”.