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Matthias et Maxime avant le baiser qui changera tout. © DR

Xavier Dolan baisse d’un ton: une caresse plutôt qu’une baffe

En 2016, Xavier Dolan recevait le Grand Prix au Festival de Cannes pour son film avec Vincent Cassel, Léa Seydoux, Marion Cotillard, Gaspard Ulliel et Nathalie Baye. On s’imaginait, une fois ses larmes séchées, qu’il mangerait le monde avec son premier film tourné en anglais. 

“The Death and Life of John F. Donovan” offrait un premier rôle à Kit Harington (Jon Snow dans “Game of Thrones) et s’offrait un casting de choix: Natalie Portman, Susan Sarandon et Kathy Bates font partie de l’aventure. Le film fut loin d’avoir le succès escompté. On sait Xavier Dolan passionné, travailleur. La pression l’aurait-elle rendu fébrile?

Il présentait hier sur la Croisette “Matthias et Maxime” sans tambour ni trompette. Un film intime, tourné avec sa bande de copains et dans lequel il joue le rôle de Maxime. Matthias et Maxime sont amis depuis toujours. Pour un court-métrage amateur, ils sont amenés à s’embrasser. Un baiser dont on ne verra rien mais qui changera tout. 

Maxime est sur le point de s’envoler pour l’Australie. Deux ans de voyage sans plans définis sont au programme. Dans les jours qui précèdent son grand départ, on assiste au questionnement de Matthias, en couple avec une femme, et au désarroi de Maxime, qui voit son ami s'éloigner.

Xavier Dolan nous parle d’amour, de la relation qu’on entretient avec sa mère, celle-là même qu’il avait tuée pour son premier film présenté au Festival de Cannes il y a dix ans, de la place qu’on prend ou de celle qu’on nous attribue dans un groupe d’amis. “Matthias et Maxime” est doux, nettement moins flamboyant que les précédents films de Xavier Dolan. Un soulagement pour certains, une petite déception personnelle. 

Nous, ce qu’on aime chez Dolan, c’est son hystérie, ses éclats de voix, la musique qui explose dans les oreilles. Xavier Dolan baisse d’un ton et perd en puissance ce qu’il gagne en sensibilité. Il faut être à l’écoute, c’est un film qui murmure et qui déroule un fil délicat. Pas de baffe monumentale, comme le furent “Laurence Anyways” ou “Mommy” sur la Croisette mais une caresse.