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© Sea You Son

Faire ses courses à minuit et ne jamais attendre à la caisse: le supermarché US est un rêve éveillé

BlogNotre journaliste Déborah Laurent est installée en Californie une grande partie de l'année. L'occasion pour 7sur7 de vous fournir l'information la plus rapide et la plus complète possible (merci le décalage horaire!). Et l'occasion pour elle de constater les différences culturelles impressionnantes avec notre plat pays et d'apprendre à vivre en famille loin de tous. Elle en parle sur son blog personnel Sea You Son (et sur Instagram ici et Facebook ici). Nous vous proposerons chaque mardi l'un de ses articles de blog ici.

En Belgique, arpenter les rayons du supermarché est une corvée. Je fais mes courses en ligne et ne me déplace, mon sac réutilisable sous le bras (quand je ne l'oublie pas), qu'en cas d'extrême nécessité. C'est tout le plaisir de la vie d'expatrié: tu te découvres des passions inattendues. En vivant à l'étranger, trouver de quoi s'alimenter est une aventure en soi, une activité dans la journée, un nouveau paysage à explorer. Je traîne régulièrement mes tongs au Ralphs, où les fruits et légumes sont tellement lisses et brillants qu'on les croirait en plastique et j'adore le salad bar et le présentoir des fromages européens qui coûtent un demi-loyer du Whole Food Market, le magasin bio bobo américain. Faire ses courses ici ou là-bas, ce n'est en tout cas pas pareil. Voici les différences notables.

On oublie le rush à la caisse vers 19 heures, à l'approche de la fermeture du magasin: déjà, il y a assez de caisses (souvent plus d'une dizaine) et de personnel pour qu'il n'y ait jamais, jamais, la file. S'il y a deux personnes devant vous, une caisse s'ouvre illico pour vous éviter l'attente. Ce qui explique peut-être pourquoi je n'ai jamais vu un Américain resquiller, dépasser quelqu'un, lui filer un coup de coude pour être le premier dans la file, avant de l'ignorer. Un comportement d'un égoïsme et d'une impolitesse crasse que je constatais quotidiennement en Belgique. Ici, personne ne dépasse parce qu'il n'y a pas de raison de dépasser. Voilà.

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En Californie, on peut abandonner son caddie de supermarché au milieu du parking. Tout le monde le fait, c'est complètement normal. © Sea You Son

S'il n'y a pas de rush de fermeture, c'est également parce que les magasins ferment bien plus tard que chez nous. Et ouvrent bien plus tôt. Et sont ouverts sept jours sur sept. Le supermarché le plus proche de chez moi ouvre tous les jours de 6 heures du matin à, tenez-vous bien, 1 heure du matin. Sauf le dimanche où l'heure de fermeture est décalée à 7 heures. Le Walmart ouvre à 6 heures et ferme à minuit et le Whole Food Market ouvre à 6 heures et ferme à 22 heures. J'ai déjà fait mes courses à minuit, juste pour dire de l'avoir fait une fois dans ma vie: en pleine nuit, croyez-moi, la lumière blafarde des néons ne rend justice à personne. Grâce à ces horaires assez incroyables, pas de petite mamie derrière laquelle on soupire le samedi matin, à la caisse: le spectre horaire est assez large pour que tout le monde s'éparpille.

Pas de carte d'identité, pas de bière
Vous le savez, aux Etats-Unis, la consommation d'alcool est interdite en-dessous de 21 ans. Au supermarché, comme dans un bar, si vous achetez de l'alcool (une simple bière suffit), vous devez dégainer votre carte d'identité. L'année de naissance doit être obligatoirement vérifiée et encodée à la caisse. Pas d'ID (prononcez aïe-die), pas d'alcool. Même si le caissier vous connaît et même si vous paraissez bien plus que 21 ans, aucune exception ne sera faite. Je vous passe le jour où mon mari, 39 ans au compteur et quelques cheveux blancs pour en attester, est rentré bredouille parce qu'il avait oublié son passeport dans le tiroir de la cuisine, alors que tout le monde l'attendait pour prendre l'apéro qu'il était chargé d'acheter. Je reviendrai sur la consommation d'alcool aux Etats-Unis plus tard, le sujet est vaste.

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Des goûts et des couleurs étranges au rayon chips. © Sea You Son

S'ils sont très regardant sur l'alcool, ils ne le sont franchement pas avec les médicaments. Il y a des rayons pharmacie dans la plupart des supermarchés qui proposent des médicaments en vente libre qui sont vendus, chez nous, sur ordonnance. L'homéopathie est quasiment inexistante. Un pharmacien est également disponible derrière son guichet pour délivrer les médicaments sur ordonnance. Le principe de la petite pharmacie de quartier qui n'est dédiée qu'à ça n'existe pas ici.

En bout de caisse, il n'est pas rare que quelqu'un emballe vos emplettes. L'exercice n'est pas ici réservé qu'aux scouts désireux d'empocher un peu de sous en vue du grand camp d'été (je l'ai fait, un chapeau de Père Noël vissé sur la tête, je connais mon sujet). Il s'agit là d'un employé du magasin, payé pour vous aider à ne pas perdre de temps. Pendant qu'il range vos courses (avec soin, je dois dire), vous payez tranquille et vous pouvez faire la conversation avec le caissier qui vous demandera, très probablement, si vous avez trouvé tout ce que vous vouliez. Ce n'est pas une question rhétorique, il attend vraiment une réponse de votre part et si vous répondez non, il fera en sorte de régler votre problème. A chaque fois, j'hallucine. En mai dernier, à Cannes, j'ai demandé gentiment à une caissière si elle pouvait me faire de la monnaie pour que je puisse prendre un chariot, elle a soupiré bruyamment, agacée: "Mais madame, il y a l'accueil pour ça." Faire de la monnaie ne lui aurait pas coûté plus d'énergie ou de temps que de me répondre comme ça... Le service client est bien différent en France et en Belgique et on aurait des enseignements à en tirer.

Je vous parle encore sur le blog de l'habitude que les Américains ont au supermarché et que je n'arrive pas à prendre et de la solution géniale (et gratuite) qu'ils ont trouvée pour faire qu'on puisse faire nos courses en paix avec de jeunes enfants. Lisez la suite sur Sea You Son