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Je marche en rue, je porte un mini-short et je n'ai pas peur

BlogNotre journaliste Déborah Laurent est installée en Californie une grande partie de l'année. L'occasion pour 7sur7 de vous fournir l'information la plus rapide et la plus complète possible (merci le décalage horaire!). Et l'occasion pour elle de constater les différences culturelles impressionnantes avec notre plat pays et d'apprendre à vivre en famille loin de tous. Elle en parle sur son blog personnel Sea You Son (et sur Instagram ici et Facebook ici). Nous vous proposerons chaque mardi l'un de ses articles de blog ici.

C'est un sujet délicat, qui ne devrait pas l'être: en Belgique, je ne peux pas m'habiller comme je veux. Enfin, si, je peux mais je dois en supporter les conséquences: remarques désobligeantes, regards insistants, mains aux fesses et j'en passe. En Californie, je peux marcher dans la rue vêtue d'un bikini si je veux et tout le monde s'en fout. C'est libérateur.

J'ai 34 ans. Depuis que je suis jeune fille, je ne me souviens pas d'un jour où je n'ai pas réfléchi à la manière dont j'allais m'habiller avant de sortir. Les vêtements que l'on porte permettent de renvoyer au monde l'image qu'on a envie de lui donner. L'humeur du jour définit généralement les fringues qu'on finit par porter. A-t-on envie ce jour-là de faire savoir qu'on existe en étant précédée par le bruit sec de nos talons hauts ou au contraire, d'avancer discrètement, dans un combo neutre jean-basket?

Pas un jour où je n'y ai pas pensé...
En Belgique, mes questionnements de style vont toujours de pair avec une inquiétude sourde... Une inquiétude qui complique tout. Je ne suis jamais sortie de chez moi sans penser à ce que ma tenue allait provoquer dans la rue. Dois-je prendre le métro seule? Ou rentrer à pied à la tombée de la nuit? Si oui, j'adapte mon look en conséquence. Est-ce que ma jupe n'est pas trop courte? Est-ce que mes talons me permettent de courir, si besoin? Est-ce que mon décolleté n'est pas trop provoquant? J'ai habité dans le quartier Anneessens lors de mes études; j'ai habité Schaerbeek, dans deux endroits différents; j'ai habité Saint-Gilles, dans le bas de la commune, puis dans le haut. Je ne me souviens pas d'un jour où je n'ai pas réfléchi à tout ça brièvement avant de m'habiller.

Je ne suis pas la seule
Je sais que je ne suis pas la seule. Il suffit de se souvenir du documentaire Femme de la rue de Sofie Peeters, que je vous remets ci-dessus. Je pense aussi à Touche Pas à Ma Pote créé en 2012 dans le but de lutter contre le harcèlement de rue en Belgique. Et je rappelle qu'il est désormais punissable par la loi. Si une loi existe, ça veut bien dire que je ne suis pas un cas isolé. Selon un article de La Libre Belgique paru l'année passée, qui relayait une étude de l'université de Gand, 86% des femmes ont été victimes au moins une fois d'intimidation sexuelle, 34% d'entre elles en souffrent encore aujourd'hui et 22% ne racontent à personne les événements les plus graves.

On me dira peut-être que c'est à moi de reprendre le pouvoir, que c'est moi qui décide d'être effrayée ou mal à l'aise... Au-delà du fait que la lutte quotidienne est fatigante, on déplace le centre du problème. Il ne s'agit pas d'avoir ou non confiance en soi. Il s'agit d'hommes mal éduqués, irrespectueux et agressifs. Ce ne sont pas aux femmes de se lever pour leurs droits, c'est à eux de les respecter. Marcher dans la rue en paix ne devrait pas être un combat. C'est tout.

Lisez la suite sur le blog et découvrez en quoi tout ça est différent en Californie.