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Je vis au pays des armes à feu: qu'est-ce que ça change?

BlogNotre journaliste Déborah Laurent est installée en Californie une grande partie de l'année. L'occasion pour 7sur7 de vous fournir l'information la plus rapide et la plus complète possible (merci le décalage horaire!). Et l'occasion pour elle de constater les différences culturelles impressionnantes avec notre plat pays et d'apprendre à vivre en famille loin de tous. Elle en parle sur son blog personnel Sea You Son (et sur Instagram ici et Facebook ici). Nous vous proposerons chaque mardi l'un de ses articles de blog ici.

Jürgen Schmieder est allemand, comme son nom l'indique. Il est journaliste et vit en Californie depuis six ans. En tout début de mois, il racontait ici que son fils de neuf ans a appris à l'école comment arrêter le saignement d'une blessure par balle et où se cacher pour éviter de se faire tirer dessus en cas de fusillade pendant les heures de classe. Il connait aussi par coeur la devise de son école: "Run. Hide. Fight." "Cours. Cache-toi. Bats-toi." Les trois choses à faire en cas de tuerie de masse, dans leur ordre de priorité et selon les possibilités que la vie nous laisse. "Les élèves sont également invités à s'observer", écrit Jürgen. "Parce que certains massacres sont planifiés six à douze mois à l'avance. Dans quatre massacres sur cinq, au moins une personne connaissait le plan et n'en a informé personne."

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Jürgen parle du rêve californien et écrit: "Le paradis peut se transformer en enfer à tout moment." Il se demande à quel moment faut-il décider de quitter la Californie et revenir "à la maison". Sa réflexion se base sur du concret: les chiffres avancés font froid dans le dos. En 2018, les Etats-Unis n'ont pas connu plus de 4 jours sans fusillade de masse. Au cours des 238 premiers jours de l'année, la période la plus longue sans fusillade de masse a été de quatre jours, en mars. Jürgen vit avec la peur d'une fusillade et je dois admettre que si je n'en suis pas au point de me demander si je dois rentrer pour l'éviter, j'ai, moi aussi, les sens en alerte. On s'adresse différement aux gens quand on sait qu'ils sont susceptibles d'être armés, c'est une réalité. C'est en tout cas la mienne.

Je vous l'expliquais ici: quand on a visité l'école d'Ezra pour la première fois, on nous a dit que les enfants étaient préparés au pire, régulièrement, par le biais d'exercices. Je n'ai pas eu de détails précis mais je ne vois toujours pas comment un enfant de trois ans peut comprendre l'horreur qui pourrait se jouer sous ses yeux et s'y préparer en conséquence. Et puis, franchement: qu'importe l'âge, peut-on vraiment se préparer à un taré qui forcerait la porte, armé jusqu'aux dents? Je pense souvent aux gamins de l'école de Sandy Hook à Newtown, dans le Connecticut. Le tueur avait exécuté sa mère avant de se rendre dans l'école où elle avait travaillé comme bénévole. Il a fait 27 victimes, dont 20 enfants entre 6 et 7 ans. Pourquoi? La question restera sans réponse.

J'y pense régulièrement en ouvrant la porte de l'établissement scolaire de mon fils: on y entre sans forcer, avec une facilité déconcertante. Une simple porte en verre à pousser et nous voilà dans le sas d'entrée. On inscrit notre nom et l'heure d'arrivée. La directrice prend la température de chaque enfant et on pousse ensuite une seconde porte en verre, là encore, sans système de sécurité sophistiqué. Je me dis qu'en plus des exercices anti-fusillades, peut-être que ça vaudrait la peine de renforcer la sécurité du bâtiment. Je me rappelle alors que l'école de Sandy Hook venait de se munir de caméras pour identifier ses visiteurs et que la porte était verrouillée. Ca n'a malheureusement pas empêché l'horreur de s'inviter au petit matin du 14 décembre 2012.

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Je vis dans un pays où une jeune fille de 13 ans peut être enlevée chez elle, sous la surveillance de ses parents, par un fou furieux qui l'a repérée à l'arrêt de bus. (#JaymeCloss). Il lui a suffi de faire sauter la serrure avec un fusil de chasse, de mettre une balle dans la tête du père, une seconde dans celle de la mère, pour que la voie soit libre. Donc oui, j'admets: je regarde autour de moi à la plaine de jeux, je scrute les visages pour détecter une inquiétude, un regard en coin suspect, je regrette qu'Ezra soit dans la classe visible depuis le parking. Je flippe quand un sac traîne par terre et qu'il ne semble appartenir à personne (#AttentatDeBoston) et je m'installe près des sorties de secours au cinéma (#FusilladeDAurora). 

Mais finalement, est-ce que je suis plus effrayée ici qu'en Belgique ou en France? Je vous donne la réponse dans le post du blog. Je vous explique aussi comment acheter une arme en Californie.

  1. Bijoux, déco, Tupperware: comment expliquer le succès de la vente à domicile?
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    À l’heure où l’on commande tout ce dont on a besoin, du pratique à l’inutile, en deux clics, y a-t-il encore de la place pour les ventes à domicile? Celles qui nous poussent à réunir quelques copines pour écouter une démonstratrice faire la description de produits qui vont changer notre quotidien, notre style, voire carrément notre vie. Si l'on s'intéresse aux chiffres, la réponse est oui. Rien qu’en 2018, 611 homeparties, toute marques confondues, ont été organisées en Belgique quotidiennement. “Homeparties”, c’est le mot qu’on utilise aujourd’hui pour désigner ce qu’à l’époque de nos mamans, on appelait “réunions” ou “démonstrations”. Qu’est-ce qui explique leur succès?