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Quel football à l’heure du coronavirus? “Des joueurs vont s’écrouler, d’autres vont rebondir” (3/5)

DossierLe football n’est pas épargné par la pandémie du coronavirus et traverse une crise sans précédent. Les compétitions sont mises à l’arrêt, les clubs souffrent, les joueurs se retrouvent orphelins de leur métier et les supporters de leur passion. À quoi ressemblera le football dans les semaines et les mois à venir? À travers une série de cinq articles, 7sur7 tente de répondre à cette question. Après les répercussions sur l’économie et sur les supporters, troisième volet ce mercredi avec l’impact d’une telle période sans compétition sur les joueurs.

Déjà deux mois sans le moindre entraînement collectif, sans le moindre match. Outre les blessures, le footballeur n’a jamais connu une telle période de disette. Si les principaux championnats européens font le maximum pour reprendre dans les plus brefs délais, d’autres, comme la Pro League et la Ligue 1, ont déjà acté la fin de saison et une reprise pour l’exercice 2020-2021, au plus tôt au mois d’août.

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Cela va faire beaucoup de bien à 90% des joueurs de reposer leur corps et leur cerveau

Frédéric Waseige

Alors oui, le footballeur, loin de rester inactif, s’entretient physiquement autant que possible. Mais les circonstances sont particulières. “Ce sont des sportifs professionnels, encadrés de manière professionnelle. Mais il est difficile de maintenir une intensité élevée quand il n’y a pas le défi, le match”, débute le préparateur physique Frédéric Renotte. Cette absence de compétition peut aussi leur permettre de recharger les batteries. “Cela va faire beaucoup de bien à 90% des joueurs de reposer leur corps et leur cerveau”, poursuit Frédéric Waseige, consultant pour VOO.

Yannick Ferrera, ancien entraîneur du Standard et aujourd’hui à la tête d’Al-Fateh, en Arabie saoudite, estime aussi que les joueurs ont l’occasion d’en tirer profit. “Je dis à mes joueurs de profiter de ce break pour faire des choses dont ils n’ont pas l’habitude et de pallier des manquements. Tous les joueurs ont l’occasion d’attraper ou de rattraper une base aérobie monstrueuse. S’ils y parviennent, on pourra gagner du temps durant la préparation et commencer avec des intensités élevées”, nous explique-t-il.

“Le footballeur, c’est comme un pianiste, il doit répéter ses gammes”

La reprise, justement, est un point d’interrogation après cette période inédite. Pour un début de saison classique, six semaines de préparation sont suffisantes. Mais l’interruption qui précède est alors d’environ un mois. “C’est une première, mais je pense qu’une durée de préparation traditionnelle sera suffisante”, estime Frédéric Renotte.

Six semaines, mais en mettant l’accent sur quels aspects? “Le début d’une préparation classique est principalement axé sur l’aérobie. Si les joueurs font bien leur boulot en ce moment, on va pouvoir éviter ces longs exercices à faible intensité et directement toucher un maximum de ballons. Le footballeur, c’est comme un pianiste, il doit répéter ses gammes. Il n’aura plus touché le ballon durant des mois, c’est sans précédent. Je n’hésiterai pas à planifier des séances techniques supplémentaires”, ajoute Yannick Ferrera.

Des blessures en cascade? Pas forcément

Le manque de contact avec le ballon sera effectivement à prendre en compte. Frédéric Waseige est plus confiant. Selon lui, les joueurs ne tarderont pas à retrouver leurs sensations. “Ce qui est acquis n’est jamais perdu. Les choses vont revenir sans aucun problème techniquement. Tous les canaux entre le cerveau et les pieds existent, il faudra juste rouvrir les vannes”, nous explique-t-il.

Concernant les risques de blessures, Frédéric Renotte, préparateur physique, ne veut pas faire de généralités. Selon lui, “la reprise de la compétition ne sera pas particulièrement dangereuse” pour les joueurs et leur schéma corporel automatisé. Cependant, “les joueurs les plus touchés physiquement par ce confinement représenteront plus de risques”. Un autre facteur sera tout de même à prendre en compte: leur état d’esprit face à cette reprise. “Certains sont plus angoissés que d’autres et en souffrent plus. Il y a une corrélation avec le physique”, analyse-t-il.

“Ceux qui sont forts mentalement s’en relèveront”

Au-delà des blessures, certains footballeurs pourraient avoir des difficultés à retrouver leur niveau de jeu d’avant le coronavirus. On pense notamment à ceux qui approchent de la fin de carrière. “C’est possible de voir des joueurs s’écrouler, mais d’autres vont rebondir. Ce sera la majorité des cas, ils ont déjà une force de caractère, une personnalité. Ceux qui sont forts mentalement s’en relèveront”, ajoute Frédéric Renotte.

Philippe Godin, psychologue du sport à l’UCLouvain, partage le même avis: “Pour une minorité, cela peut laisser des séquelles. C’est une forme de traumatisme ce qu’on est en train de vivre. Le football ne sera plus la priorité. Et cela peut accélérer l’envie de prendre sa retraite et de s’occuper de son après-carrière.”

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Les joueurs vont peut-être se rendre compte de la chance qu’ils ont d’être grassement payés pour jouer au foot

Yannick Ferrera, entraîneur

Tout dépendra aussi de la façon dont les joueurs ont vécu la crise. “Pour celui qui ne le vit pas bien, il peut y avoir des manifestations d’un état dépressif, d’une certaine agressivité, de comportements extrêmes”, prévient le psychologue. “Son état d’esprit dépendra de ce que le club a mis en place. Il faut maintenir le contact le plus intense possible avec le joueur pour éviter que la rupture soit effective. Il y aura moins de conséquences si le lien a été maintenu”, poursuit-il.

Ces plusieurs semaines de confinement peuvent avoir le mérite de créer un manque chez le joueur, qui sera alors plus motivé au moment de reprendre. “J’ai conseillé à mes joueurs de regarder des documentaires sur des sportifs, comme ‘The Last Dance’ sur Michael Jordan. Avec le manque, les joueurs vont peut-être se rendre compte de la chance qu’ils ont d’être grassement payés pour jouer au foot. En prenant conscience de cela, il est possible que les joueurs soient plus motivés à l’avenir”, positive Yannick Ferrera.

Du beau football dès la reprise? 

“L’enthousiasme va être là, les joueurs ont faim. On voit en début de saison de très bonnes rencontres. Il n’y aura pas de régression de la qualité des matches de football liée au confinement”, avance Frédéric Renotte. Attention tout de même: une reprise à huis clos risque de peser dans la balance. “Cela m’étonnerait de voir du très beau football. Jouer sans la passion populaire, sans l’engouement, cela peut être compliqué”, craint Jean-Michel De Waele, sociologue du sport.

“Un match de foot à huis clos ce n’est pas un match de foot. Cela a une influence dans l’intensité, dans l’investissement émotionnel. Le foot sans public, c’est comme de la cuisine sans épices, cela ne sert à rien... Mais c’est une situation extraordinaire, donc il faudra s’adapter et passer par cette étape”, redoute également Frédéric Waseige.

Retrouvez jeudi matin la suite de notre dossier sur le football à l’heure du coronavirus. Nous nous intéresserons aux conséquences de la crise sur les clubs amateurs.

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