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Quel football à l’heure du coronavirus? “Des ravages dans les clubs amateurs” (4/5)

DossierLe football n’est pas épargné par la pandémie du coronavirus et traverse une crise sans précédent. Les compétitions sont mises à l’arrêt, les clubs souffrent, les joueurs se retrouvent orphelins de leur métier et les supporters de leur passion. À quoi ressemblera le football dans les semaines et les mois à venir? À travers une série de cinq articles, 7sur7 tente de répondre à cette question. Après les répercussions sur l’économiesur les supporters et sur les joueurs, quatrième volet ce jeudi avec l’impact d’une telle crise sur le football amateur.

“On se focalise beaucoup sur le football professionnel, mais les ravages auront principalement lieu dans les clubs amateurs”. Jean-Michel De Waele, sociologue du sport à l’ULB, met le doigt sur un domaine souvent oublié au moment d’évoquer les conséquences de la crise du coronavirus sur le football. Pourtant, c’est un véritable coup de massue qui s’est abattu sur les clubs des plus basses divisions.

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Financière­ment, c’est une catastrop­he. (...) Je ne sais pas comment on va faire

Nicolas Lenoir, président de Ronquières

“Si le Real Madrid perd 100 millions d’euros, il le sent passer mais il peut continuer à vivre. Pour un petit club, avec de maigres trésoreries, avoir 5.000 ou 6.000 euros de moins, cela peut signifier sa mort”, poursuit l’universitaire. Le budget des clubs sera réduit de manière conséquente en l’absence des importantes recettes de fin de saison. “Cela peut aller jusqu’à 25.000 euros de pertes”, nous souffle David Delferière, président de l’ACFF, l’aile francophone du football amateur.

En annulant son tournoi annuel et son stage de Pâques, le RFC Ronquières (P3) a, par exemple, dû renoncer à ses principales rentrées d’argent. “Financièrement, c’est une catastrophe. On estime la perte à 5.000 ou 6.000 euros sur ces deux événements, ce qui est colossal pour un petit club comme le nôtre. Je ne sais pas comment on va faire”, s’inquiète Nicolas Lenoir, président du club du Hainaut.

Des clubs amateurs en danger? 

D’autres difficultés sont attendues. “Les buvettes risquent d’être fermées pendant un certain temps, les sponsors peuvent se mettre en retrait durant quelques mois. Les rentrées par les cotisations seront peut-être retardées car certains parents vont avoir besoin de temps en cette période. Les problèmes sont du même ordre partout, et plus accentués au niveau provincial”, constate David Delferière.

Des clubs peuvent-ils mettre la clé sous la porte dans de telles conditions? “Les clubs sont gérés par des bénévoles qui s’engagent à titre personnel. Le football leur coûte de l’argent. Ils devront se poser des questions par rapport à leur investissement. C’est eux qui devront dire ce qu’ils vont faire. Si les formateurs et les joueurs demandent le même défraiement plutôt que d’être solidaires de la crise, ce sera plus difficile de boucler le budget”, poursuit-il.

Solidarité et aides

À Ronquières, comme ailleurs, on est loin de baisser les bras. “À chaque fois qu’on a eu une difficulté, on a réussi à la surmonter. On se battra comme d’habitude. On va devoir être créatifs pour faire rentrer de l’argent, par exemple avec la vente d’objets divers. Cela peut éviter de se reposer uniquement sur les sponsors”, lance Nicolas Lenoir.

Les dirigeants peuvent aussi compter sur une belle solidarité pour traverser cette période. “Par leur propre initiative, les joueurs ont laissé au club leurs indemnités du mois de mars. C’est à féliciter”, témoigne le dirigeant. De son côté, David Delferière se sent suffisamment soutenu par la ministre Valérie Glatigny. Il rappelle aussi que la fédération a supprimé trois mois de cotisation et d’assurance pour les clubs. “C’était un coût de 700.000 euros pour les 700 clubs francophones. On a déjà donné 10% de notre budget de 7 millions d’euros par ce premier geste”, rappelle-t-il.

Les cotisations en question

Malgré cette situation délicate et inédite, les clubs vont devoir préparer tant bien que mal la saison prochaine. “C’est hyper compliqué. Il y a toujours ce grand point d’interrogation”, reconnaît Nicolas Lenoir. “Tout peut aller très bien dans quelques mois, mais on devrait passer par une période très difficile. On risque d’avoir des équipes de jeunes en moins. Heureusement, les clubs sont autorisés à inscrire leurs équipes en septembre”, ajoute David Delferière.

Un autre problème risque de rythmer le travail des dirigeants, celui des cotisations. “D’habitude, on envoie le courrier à la fin du mois de mai avec les préinscriptions. Mais je ne pense pas qu’on va le faire aussi tôt. Ce serait malvenu. Personne ne sait quand on va pouvoir jouer la saison prochaine. Il faut aussi penser à certains parents pour qui cette crise est difficile financièrement”, estime le président de Ronquières, qui refuse catégoriquement d’augmenter le montant des cotisations.

Le plan pour la saison prochaine

Les familles accepteront-elles de voir leurs enfants jouer au football, sport de contact, la saison prochaine? Le risque de voir le nombre d’affiliés diminuer existe en cette période d’incertitude. “Il y a du contact dans la plupart des sports. Je ne crois pas que des parents favorisent un sport plutôt qu’un autre. J’espère que non. Il y aura peut-être des gens qui vont avoir peur, mais le gamin mordu du foot va vouloir continuer à tout prix”, espère Nicolas Lenoir.

Les mordus de foot veulent continuer à tout prix, mais restent dans l’attente des dates de reprise pour la saison prochaine. Une bonne nouvelle est tombée mercredi à l’issue du Conseil National de Sécurité (CNS): les entraînements sportifs en extérieur peuvent reprendre à partir de lundi prochain, à condition que le groupe ne dépasse pas vingt personnes, que les distances de sécurité s’appliquent entre les joueurs et que les vestiaires restent fermés. Pour le moment, toutes les compétitions sportives restent annulées jusqu’au 31 juillet minimum.

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J’ai bon espoir qu’on reprenne la compétiti­on en septembre

David Delferière, président de l’ACFF, l’aile francophone du foot amateur

David Delferière explique la stratégie de l’ACFF. “Nous avons un plan de reprise en trois étapes: les entraînements génériques et sans contact, les entraînements collectifs et la compétition. Notre idéal est de reprendre les entraînements normaux en juillet et la compétition officielle en septembre. C’est un plan à géométrie variable au niveau des dates, mais pas au niveau du contenu. En fonction de ce qu’on nous permettra de faire, on décalera les dates. Mais j’ai bon espoir qu’on reprenne la compétition en septembre”, explique-t-il.

Selon L’Avenir, l’ACFF aurait demandé aux provinces de renoncer à l’organisation d’une coupe provinciale senior. “Le plan C sera peut-être de supprimer le tour final”, poursuit David Delferière. Selon lui, la saison blanche serait “le scénario catastrophe qui pourrait être une réalité à en entendre certains virologues”. Une piste qui a heureusement pris du plomb dans l’aile avec les annonces du CNS. 

Retrouvez vendredi matin la suite et fin de notre dossier sur le football à l’heure du coronavirus. Nous nous intéresserons aux conséquences sanitaires, avec notamment la question du port du masque sur les terrains. 

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