Les supporters vont-ils se précipiter dans les stades lorsqu’ils le pourront?
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Les supporters vont-ils se précipiter dans les stades lorsqu’ils le pourront? © AFP

Quel football à l’heure du coronavirus? “Le supporter s’habitue à Netflix et Fortnite” (2/5)

DossierLe football n’est pas épargné par la pandémie du coronavirus et traverse une crise sans précédent. Les compétitions sont mises à l’arrêt, les clubs souffrent, les joueurs se retrouvent orphelins de leur métier et les supporters de leur passion. À quoi ressemblera le football dans les semaines et les mois à venir? À travers une série de cinq articles, 7sur7 tente de répondre à cette question. Après les répercussions économiques, deuxième volet ce mardi avec les conséquences de cette période sur les supporters. 

Beaucoup de passionnés se posent la question: le foot leur manque-t-il vraiment? Quand les différentes compétitions ont été interrompues vers la mi-mars, la perspective d’un quotidien sans football, confiné qui plus est, en effrayait plus d’un. Au fil des jours et des semaines, les grands événements sportifs prévus dans les prochains mois ont été reportés.

Un printemps sans les championnats et sans la Ligue des Champions? Un été sans l’Euro et sans les Jeux Olympiques? Ce qui était inimaginable il y a encore quelques mois est devenu une réalité. Et finalement, les mordus de foot semblent avoir fait leur deuil. Le contexte sanitaire fait que le sport est actuellement loin d’être une priorité. Avec quelles conséquences?

“Je ne sens pas une soif de football”

“Il y a un bémol sur l’attractivité du sport. Les supporters s’habituent à vivre sans foot. Ils consomment plus de divertissements concurrents, comme basiquement Netflix et Fortnite. On peut se demander si les habitudes des gens auront changé quand le football reprendra. Après, la popularité du football est telle...”, entame Pierre Maes, expert des droits télévisés sportifs. “Sur 100.000 supporters, peut-être que 10% vont s’en détourner. Mais il en restera toujours 90.000”, nuance Philippe Godin, psychologue du sport à l’UCLouvain.

“On pourrait avoir une année mi-blanche. Comment va s’adapter le public? Il y a des supporters qui avaient toute leur vie sociale construite autour du football. Peut-être que ces gens se découvrent d’autres passions. Est-on dans une soif de football? Je ne la sens pas. Je ne crois pas que tout le monde n’attend qu’une chose: voir du football à la télévision”, estime Jean-Michel De Waele, sociologue du sport à l’ULB.

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Un match à huis clos à la télévision, c’est chiant

Pierre Maes, expert des droits télévisés sportifs

Cela ne fait désormais plus aucun doute: la reprise du football s’effectuera à huis clos le temps que la pandémie soit derrière nous. Pour certains observateurs, cet environnement d’un stade vide ne permettra pas à une partie des supporters de retrouver cette flamme en regardant un match. “La frustration va continuer. Les gens ne pourront pas aller au stade et regarderont des rencontres à la télévision qui n’auront pas la même saveur. Un match à huis clos à la télévision, c’est chiant”, redoute le Belge Pierre Maes. 

Cette image triste d’un football sans supporters pourrait défendre la cause… des supporters. “C’est une revanche pour eux, cela va les réhabiliter. On va bien voir que les matches à huis clos ne fonctionnent pas. Les clubs et les télévisions vont se rendre compte que les fans ne sont pas là que pour acheter des maillots. Remplir les stades est tout aussi important. Les championnats où on s’en sortira le mieux sont ceux qui dépendent le moins de la télévision mais d’autres revenus, dont les supporters”, explique le sociologue Jean-Michel De Waele.

“L’après-coronavirus sera profitable aux supporters”

Les clubs pourraient donc se tourner vers une gestion plus proche du fan, plus locale. “Cela va montrer le rôle important joué par les supporters dans les stades. Et les clubs peuvent favoriser une stratégie d’implantation locale, revenir sur ce qui fait l’essence d’un club de football, c’est-à-dire représenter un territoire, en devenant une plateforme d’échange”, note Anthony Alyce, fondateur d’Ecofoot.

“L’après-coronavirus sera profitable aux supporters, qui, par leur absence, vont montrer leur puissance”, poursuit Jean-Michel De Waele. Faut-il encore que ces derniers se précipitent dans les stades lorsqu’ils le pourront. “Cela ne va pas changer pour le passionné absolu. Mais il y aura une modification. On va sans doute constater une diminution de l’affluence, plus ou moins significative en fonction des régions et des pays”, prédit le psychologue Philippe Godin.

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Le football devrait rester un sport de fête, mais les bases vont vaciller

Philippe Godin, psychologue du sport à l’UCLouvain

Jean-Michel De Waele va dans le même sens: “S’il y a bien un endroit où tout le monde est proche, ce sont les stades. Je pense que beaucoup vont refuser de s’y rendre pendant des mois. Remplir les stades ne sera pas simple. Il faudra aussi voir quelle image auront les joueurs alors que certains refusent de baisser leur salaire”.

“Les supporters vont être plus attentifs à l’hygiène et à la santé. Continuer d’assister à des matches avec des mesures de protection va diminuer le côté chaleureux et amusant. Le football devrait rester un sport de fête, mais les bases vont vaciller. Pendant un moment, il y aura moins ces festivités, mais cela reviendra vers une normalité qui ne sera plus jamais celle que nous avons connue”, conclut Philippe Godin.

Retrouvez mercredi matin la suite de notre dossier sur le football à l’heure du Covid-19. Nous nous intéresserons aux conséquences sur le footballeur et sur le jeu d’une telle période sans compétition. 

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Le football sera-t-il toujours aussi populaire quand il reviendra? © photo_news
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