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Les chenilles processionnaires attaquent, selon les espèces, chênes et pins © BELGA

Habituez-vous à vous gratter: ces nouveaux insectes sont à nos portes

Enfant, vous n’aviez qu’à vous soucier des guêpes et moustiques, mais il vous faudra vous faire à l’idée que les nuisibles irritants vont se multiplier dans notre environnement. Les populations d’insectes jusque là connues uniquement dans le sud de l’Europe débarquent dans nos contrées. Certaines espèces, comme le moustique tigre ou les chenilles processionnaires ont déjà été repérées en Belgique.

Quelques festivaliers de Rock Werchter se souviendront sans doute plus longtemps des démangeaisons que des artistes rencontrés lors de cette édition 2019. Les chenilles processionnaires ont en effet perturbé le déroulement du festival et provoqué l’évacuation d’une partie de la plaine pour que des professionnels éliminent les insectes. Ces derniers, en raison de leur appareil urticant, provoquent de vives réactions. Il suffit d’entrer en contact avec les poils de ces chenilles velues - mais pas que: le vent peut également disperser les poils urticants jusqu’à 500 mètres - pour présenter des éruptions prurigineuses, érythèmes, conjonctivites voire problèmes respiratoires et œdème chez les personnes allergiques. Tous ces inconvénients persistent malheureusement longtemps. Les animaux ne sont pas épargnés. 

Les insectes concernés, qui colonisent les chênes, ont déjà pris leurs quartiers dans les provinces du Limbourg et d’Anvers où ils prospèrent dans les sables chauds et sablonneux. L’étendue de l’épidémie y est déjà bien connue de la population, et les firmes spécialisées dans leur éradication ne parviennent plus à rencontrer toutes les demandes. Progressivement, ces chenilles ont gagné d’autres provinces. Quand les chênes ne sont plus disponibles, elles s’attaquent volontiers aux hêtres, tilleuls et châtaigniers. Une espèce apparentée, la chenille processionnaire du pin, a été identifiée dans les Ardennes, confirme le biologiste néerlandais Arnold van Vliet. Cette variante du nuisible possède encore plus de poils que l’espèce dont les nids ont été délogés à Werchter la semaine dernière.  Dans tous les cas, n’essayez pas de combattre les chenilles vous-mêmes, mais faites appel à des spécialistes voire à la commune. 

Ces insectes font partie d'une “migration massive vers le Nord d’une population en provenance du sud de l’Europe”, analyse-t-il. Selon les spécialistes, cette évolution aujourd’hui flagrante est en réalité en cours depuis plusieurs décennies.

Moustique tigre et tique de l’horreur

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Moustique tigre © DR

L’exemple de cette migration qui vient immédiatement à l’esprit est naturellement le moustique tigre. Cette espèce exotique de moustique, autrefois active loin de nos latitudes, est de plus en plus présente chez nous, dans le Nord, confirmait en début d’année l’Institut de Médecine tropicale belge sur base d'une étude à l’échelle internationale. Celle-ci révélait que le moustique concerné avait été localisé à cinq endroits différents en 2018. Les chercheurs estiment donc que nous en rencontrerons de plus en plus au cours des années à venir. Mais avec cette animal aux pattes tigrées, en plus de l’inconfort, vient aussi la peur d’assister à l’arrivée de nouvelles maladies au nord de l’Europe. Les moustiques tigres peuvent en effet être porteurs de virus comme la dengue, la fièvre jaune et le zika. Rassurez-vous cependant, nous n’en sommes pas là, mais les experts estiment qu’il vaut mieux circonscrire la prolifération de l’espèce. 

Des insectes moins dangereux, mais aussi peu souhaitables, se déplacent également vers notre pays, comme certaines sortes de coléoptères nuisibles. Le scolyte par exemple qui, malgré sa petite taille, fait des ravages dans les pins sous l’écorce desquels il se faufile pour se nourrir. En Wallonie, cet insecte ravageur suscite déjà l’inquiétude car il s’en prend aux épicéas. Plus de 500.000 m3 de bois sont touchés. Si l’un de vos arbres est touché, il est essentiel de le faire abattre et éliminer car il peut servir de nurserie et accélérer la pullulation des scolytes. En savoir plus.

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Le coléoptère européen est dit ravageur car il décime les forêts © Getty Images/iStockphoto

De nombreuses nouvelles libellules, sauterelles, araignées et fourmis ont également été identifiées dans nos régions. Mais que dire de la tique géante, parfois appelée “tique de l’horreur” dans les médias, qui a rejoint la liste des insectes présents en Europe du Nord? La hyalomma, son vrai nom, vit normalement en Afrique et en Asie mais a été repérée en Allemagne récemment. À la différence de la tique commune, dont nous avons tous appris à nous méfier pour éviter la maladie de Lyme, la tique géante n’attend pas dans les sous-bois et herbes hautes qu’une jambe passe pour s’y loger. L’insecte part activement à la recherche d’un hôte pour survivre. Pas (encore) de panique, car le hyalomma n’a pas encore été recensé en Belgique. Il n’est donc pas encore nécessaire de craindre la fièvre hémorragique de Crimée-Congo dont la tique géante est le vecteur... 

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Hyalomma © Getty Images/iStockphoto

Le climat, toujours lui

La faute à quoi? Sans nul doute, l’homme est responsable du déménagement de ces indésirables. Involontairement, l’homme, en devenant de plus en plus mobile, a emporté avec lui des espèces au cours du siècle dernier. “L’histoire de la pyrale du buis en est un exemple”, explique Peter Berx, entomologiste. “C’est une plante indigène, mais comme il est moins cher de le faire pousser en Chine, on l’a fait à grande échelle là-bas. Et apparemment, on a importé par la même occasion ces pyrales qui n’ont malheureusement pas de rival naturel dans nos régions”. 

Mais plus que la mobilité, c’est le climat qui est en cause. La hausse des températures favorise la prolifération et la migration d’insectes chez nous, alors qu’avant, ils n’auraient pas passé l’hiver. Pour le reste, il y a une part d’évolution naturelle. Pour les spécialistes, il est urgent d’investir davantage pour étudier ces phénomènes à long terme comme le font nos voisins néerlandais ou allemands. En Belgique, les experts notent deux tendances: une diminution de la population d’insectes dans leur globalité, et une immigration tangible de certaines espèces. 

“On ne s’étonne pas de voir certains oiseaux ici, ni de voir les feuilles mortes rester à leur place”

En soi, l’évolution des espèces est dans l’ordre des choses, “mais cela va beaucoup trop vite à mon sens”, s’inquiète Peter Berx. “Les insectes et donc par extension notre écosystème ne parviennent plus à s’adapter”. Cela affaiblit la biodiversité, et donc la capacité de défense de la nature contre les espèces invasives. “Les gens ne s’en inquiètent pas”, s’étonne Wouter Dekoninck, un autre entomologiste. “On trouve normal de voir de nouvelles espèces d’oiseaux voler ici, mais la plupart des gens ne pensent pas au fait que ces oiseaux se nourrissent de certains insectes. Ni au fait que les feuilles mortes qui tombent en hiver sont précisément compostées par les insectes. Comme il y en a moins, les feuilles restent sur le sol beaucoup plus longtemps”. 

Il est trop tôt pour céder à la panique mais pas pour agir. Le biologiste Erik Matthysen de l’université d’Anvers ajoute: “Nous devons en tout cas nous inquiéter de l’installation chez nous de nuisibles comme la tique géante. Si elle venait nous menacer en Belgique, je ferais tout mon possible pour nous en débarrasser”, prévient-il. Quant aux arbres malades de nos jardins, il convient de les faire enlever par des professionnels et ainsi éviter des contaminations à grande échelle.